Chefferie du PCC: l’arrivée de Kevin O’Leary brouille les cartes

Les ambitions politiques de Kevin O’Leary étaient bien connues depuis plusieurs mois.
Photo: Jonathan Hayward La Presse canadienne Les ambitions politiques de Kevin O’Leary étaient bien connues depuis plusieurs mois.

Il n’y a pas de doute, l’arrivée du célèbre et controversé Kevin O’Leary dans la course à la chefferie du Parti conservateur brouille les cartes puisqu’il se classe, d’entrée de jeu, parmi les meneurs. Qui donc en subira les conséquences ? Kellie Leitch et Maxime Bernier, prédisent au Devoir les équipes de plusieurs candidats.

Les ambitions politiques de Kevin O’Leary étaient bien connues depuis plusieurs mois. Les conservateurs attendaient seulement qu’il confirme qu’il tenterait lui aussi de succéder à Stephen Harper. La grande annonce est venue mardi. Presque instantanément, les équipes de certains candidats à la chefferie conservatrice ont mené leurs sondages. Le verdict est le même, ont-ils confié au Devoir : Kevin O’Leary arrive deuxième ou troisième, en grugeant des appuis à Kellie Leitch et Maxime Bernier. De l’avis de deux campagnes, c’est Kellie Leitch qui écoperait davantage.

Le directeur de campagne de l’ex-ministre ontarienne reconnaît que M. O’Leary, comme Mme Leitch, se présente comme un candidat anti-establishment qui promet d’apporter de grands changements. « Kevin O’Leary est une menace pour toutes les campagnes », argue cependant Nick Kouvalis, en notant que l’homme d’affaires partage surtout les idées économiques de Maxime Bernier. « À notre avis, Kevin O’Leary et Maxime Bernier, en terme de politique, sont identiques. Et les membres conservateurs vont le constater au fil des quatre prochains mois. »

Aspect français

Le camp de Maxime Bernier ne s’en inquiète pas. Au contraire, que son principal rival soit Kevin O’Leary ou Kellie Leitch, l’équipe de l’ancien ministre beauceron le voit d’un bon oeil. Car ni l’un ni l’autre ne parle français. « Les membres sont conscients qu’il faut avoir l’appui de comtés francophones au Québec. Et pour ces deux candidats, ce sera difficile de convaincre des francophones au Québec et hors-Québec », a-t-on fait valoir au Devoir.

Mais l’entourage de Steven Blaney n’est pas convaincu que l’importance du français dans l’esprit des conservateurs protégera les appuis de Maxime Bernier. Ce dernier aurait déjà perdu des partisans au profit de Kevin O’Leary sur les médias sociaux, a-t-on plaidé. Steven Blaney fait surtout campagne au Québec en défendant ardemment la gestion de l’offre que promet d’abolir M. Bernier. L’équipe Leitch prédit de son côté que l’arrivée de M. O’Leary coûtera cher à M. Bernier en Ontario et en Alberta. Kellie Leitch s’est abstenue de critiquer M. O’Leary jusqu’à présent, mais elle s’en est prise à M. Bernier à plusieurs reprises lors du débat francophone cette semaine.

Le candidat Andrew Scheer estime que les francophones du pays ne pardonneront pas à Kevin O’Leary d’avoir snobé ce débat. « Il y avait un seul débat en français, il se lance 12 heures après. Quel message est-ce qu’il envoie aux Québécois ? », a déploré sa campagne. Le porte-parole de Michael Chong, Chisolm Pothier, est du même avis et affirme que le bilinguisme est « non-négociable. Et cela semble éliminer O’Leary et plusieurs autres candidats, honnêtement ».

La quête des deuxième choix

Signe que l’ex-dragon et vedette télévisée inquiète aussi les candidats qui semblent en milieu de peloton, Andrew Scheer a maintes fois accusé Kevin O’Leary au cours des dernières semaines de manquer de respect envers les francophones du pays.

Lisa Raitt de son côté a mis en ligne début janvier le site Internet « Stop Kevin O’Leary ». Une simple stratégie de cueillette d’informations sur les membres conservateurs, a plaidé sa campagne en niant craindre l’homme d’affaires. Son arrivée dans la course éclipserait carrément Mme Raitt des meneurs, selon l’équipe d’un de ses rivaux.

Mais plusieurs camps notent, sous le couvert de l’anonymat, qu’une candidature controversée comme celle de M. O’Leary peut leur être favorable dans une course avec 14 candidats. Car en polarisant le débat, il ne sera pas le deuxième ou troisième choix de conservateurs qui n’adhèrent pas à son discours. Des appuis essentiels lors d’un vote préférentiel, qui peuvent permettre à des candidats un peu moins populaires de récolter les votes de partisans des candidats rapidement éliminés.

Aura-t-il les votes ?

Plusieurs conservateurs ont par ailleurs noté que Kevin O’Leary devra convaincre ses supporteurs de devenir membre du Parti conservateur d’ici fin mars, s’ils veulent pouvoir voter et le faire élire. L’une des campagne relate qu’en moyenne seulement 20 % des appuis récoltés sur les médias sociaux ne deviennent des membres dûment inscrits au parti.

Kevin O’Leary affirmait, mercredi, avoir fait parvenir au parti ses documents de candidature, accompagnés de 300 signatures et des 75 000 $ réclamés pour se porter candidat. Vendredi après-midi, il ne figurait pas encore parmi la liste de candidats officiels sur le site Internet du Parti conservateur — un délai qui n’a rien d’anormal a-t-on indiqué au parti.


 
1 commentaire
  • Gaston Bourdages - Inscrit 21 janvier 2017 05 h 47

    Un dauphin de monsieur Trump que...

    ...monsieur O'Leary ? Je soupçonne et appréhende que si.
    Il est de ces gens qui, comme monsieur Bernard Gauthier, savent exploiter le désabusement quasi général, la perte de confiance, le cynisme ambiant face à l'ensemble des pouvoirs en disant des choses qui sont vraies. Des choses pas mal plus pesantes que des «vraies affaires»
    Les scandales politiques, style de ceux abordés à la Commission Charbonneau, laissent des traces.
    Il y a de la malpropreté dans l'air et ces populistes nous disent qu'ils vont nous en débarrasser.
    À celles et ceux que ces gens dérangent, arrêtez de tirer sur le messager et cherchez plutôt à vous approprier ce qu'ils disent de vrai (pouvoir écrire «vrai» en gras, je le ferais) et mettez-le en place.
    Sans prétention,
    Gaston Bourdages,
    Écrivain.