Kevin O’Leary parlera anglais, français… et emplois

M. O’Leary a répondu, en anglais, «je ne comprends pas» lorsque «Le Devoir» lui a demandé «quel est votre niveau de français en ce moment»?
Photo: Chris Young La Presse canadienne M. O’Leary a répondu, en anglais, «je ne comprends pas» lorsque «Le Devoir» lui a demandé «quel est votre niveau de français en ce moment»?

Kevin O’Leary a non seulement finalement confirmé qu’il briguerait la chefferie du Parti conservateur mercredi, il a en outre fait son mea culpa. L’homme d’affaires anglophone promet désormais qu’il saura bientôt parler non pas deux mais trois langues officielles : anglais, français… et emplois.

Ce sont les conservateurs québécois qui ont convaincu l’homme d’affaires anglophone qu’il devait parler français s’il veut tenter de succéder à Stephen Harper. Kevin O’Leary a rencontré des membres du caucus québécois la semaine dernière. Leur message était unanime : pas la peine de briguer la direction du parti s’il ne parle pas le français.

 

« J’ai changé de position », a admis M. O’Leary en entrevue avec Le Devoir mercredi. « Je vais essayer très fort. Parce j’ai deux ans pour maîtriser suffisamment la langue pour débattre avec Justin Trudeau en 2019, en français et en anglais, a-t-il fait valoir. Mais il y aurait trois langues qui seront débattues : l’anglais, le français, et les emplois. Moi, je vais m’améliorer en français, mais je vous garantis que [Justin Trudeau] demeurera illettré dans la langue de l’emploi. »

 

Un français à travailler

M. O’Leary a cependant du pain sur la planche. S’il martèle sur toutes les tribunes depuis quelques jours, en français, que son « français devient mieux chaque jour », son niveau de bilinguisme semble se limiter à ces quelques mots. Lorsque Le Devoir lui a demandé « quel est votre niveau de français en ce moment », M. O’Leary a répondu, en anglais, « je ne comprends pas ». « Je commence tranquillement à reconnaître quelques éléments », a plaidé l’anglophone né à Montréal.

L’an dernier, lorsqu’il annonçait songer à la chefferie conservatrice, M. O’Leary avait minimisé l’importance d’apprendre le français en arguant que les jeunes Québécois « sont presque tous bilingues » et qu’ils veulent avant tout, comme les anglophones, parler d’économie, peu importe dans quelle langue.

Mais l’absence de Kevin O’Leary au débat francophone de la course à la chefferie mardi soir — alors que l’homme d’affaires s’apprêtait à confirmer sa candidature dès le lendemain — a fortement irrité parlementaires et militants conservateurs. « Insultant » et « méprisant », ont-ils dénoncé tour à tour.

« Ils se trompent, leur a rétorqué Kevin O’Leary mercredi. Ce n’était pas un débat. C’était une série de clips médias que 13 personnes [l’ensemble des candidats à la chefferie] avaient du mal à livrer », a-t-il critiqué, en notant qu’il participerait aux deux débats restants à cette course dont un qui se déroulera dans les deux langues.

« Pendant ce temps-là, moi j’ai joint 1,1 million de Canadiens sur les médias sociaux. Je crois que j’ai pris la bonne décision pour ma campagne », a-t-il tranché.

Déclarations-chocs

L’ex-« dragon » a souvent fait les manchettes à coups de déclarations-chocs. Mais il a tenté de se dissocier de certains de ses propos des dernières années. Comme cette idée de vendre les sièges du Sénat aux candidats les plus offrants. Kevin O’Leary en avait simplement discuté il y a trois ans lors de l’une de ses émissions. « C’était de la bonne télé », a-t-il argué mercredi, en disant qu’il ne fallait pas prendre toutes ses déclarations pour des positions politiques. Pourtant, il défendait cette même idée pas plus tard que la fin de semaine dernière, en entrevue avecCTV, en disant qu’il « serait heureux d’en discuter ».

L’an dernier, en critiquant la première ministre d’Alberta, Rachel Notley, il affirmait que quiconque aspire à diriger une province ou le pays devrait à tout le moins avoir l’expérience d’avoir géré pendant deux ans une entreprise qui a engrangé des ventes d’au minimum 5 millions de dollars. Là encore, « ce n’est pas une politique », dit-il, même s’il aimerait voir davantage de gens d’affaires en politique.

Se présentant comme un homme d’affaires aguerri ayant une vaste expérience internationale, Kevin O’Leary a vivement critiqué les politiques économiques du gouvernement Trudeau. « C’est un désastre. Personne ne lui a demandé de faire des déficits pour les 38 prochaines années. C’est insensé ! » Il promet des baisses d’impôt pour les entreprises, la construction d’oléoducs vers l’est et l’annulation de la taxe sur le carbone. M. O’Leary est en outre pour la légalisation de la marijuana et il reconnaît l’aide médicale à mourir, de même que le mariage gai.


Qui est Kevin O’Leary ?

Né à Montréal en 1954, d’un père irlandais et d’une mère libanaise.

Il a amorcé sa carrière en marketing chez Nabisco, avant de participer à la fondation d’une compagnie de logiciels. Cette dernière a racheté une entreprise, The Learning Company, avant que M. O’Leary et son équipe vendent ce consortium à Mattel. Une transaction qui a mal tourné. M. O’Leary et ses anciens collègues ont été la cible d’une poursuite collective lancée par Mattel, reprochant aux accusés d’avoir mal géré la boîte de M. O’Leary. L’affaire a été réglée à l’amiable.

Il a fait fortune dans le monde des affaires et créé des sociétés d’investissement à capital de risque, de même qu’un fonds d’investissement. Il compte aussi une entreprise vinicole qui porte son nom.

C’est à la télévision qu’il s’est fait connaître comme animateur des versions canadienne et américaine de l’émission Dans l’oeil du dragon. Il a également coanimé une émission économique à la CBC.

Il est propriétaire de logements à Toronto et à Boston, mais c’est la métropole américaine qu’il qualifiait de « maison » en 2013.
Avec La Presse canadienne

 
3 commentaires
  • Robert Beauchamp - Abonné 19 janvier 2017 10 h 59

    Une autre démonstration de plus

    Un autre Montréalais anglo se refusant à apprendre et à communiquer en français malgré qu'il y soit né.

  • Raymond Labelle - Abonné 19 janvier 2017 13 h 21

    M. O'Leary a-t-il aussi consulté ceux qui lui suggéreraient un autre plan de carrière?

    M. Gilles Provost, en réaction à un autre article sur le même sujet, écrivait:

    "M. O'Leary est né à Montréal en 1954 et il a fréquenté des écoles montréalaises. Il était adolescent au moment des batailles linquistiques (McGill français et St-Léonard) qui ont mené à la proclammation du français comme langue officielle du Québec. Il a ensuite étudié pendant deux ans au Collège militaire de Saint-Jean, dans une ville où toute la vie se déroulait en français.

    Et pourtant, il est incapable de tenir une conversation en français.

    Qu'est-ce que cela nous dit sur cet homme ?"

    Poser la question c'est déjà y répondre, mais j'y réponds quand même.

    M. O'Leary n'a manifesté aucune curiosité, aucun désir de contact d'égal à égal avec le groupe majoritaire dans lequel il a baigné pendant plusieurs années - groupe de concitoyens. Il n'apprendrait le français que seulement parce que les fonctions auxquelles il aspire rendent la chose obligatoire et encore, après s'être fait tirer l'oreille. Non merci ou plutôt, non s'il-vous-plaît. Adieu. On vous invite à d'autres plans de carrière M. O'Leary

    Et on n'a encore rien dit de ses propositions et de ses politiques, comme par exemple de mettre en vente les postes de sénateur...

    Il prétend avoir consulté pour avoir décidé de se présenter - il prétend qu'on l'a piré d'y aller - je ne suis pas si sûr que dans le cadre d'une véritable consultation, une si grande proportion de gens veuillent le voir là.

  • Nathan Ménard - Abonné 19 janvier 2017 14 h 21

    Les médias récompensent l'aberration

    Ce type lance sa candidature à la direction du PC par une aberration, voire un acte de lâcheté, en affichant le peu de considération qu'il a de la langue française et en esquivant le débat en français.
    Grâce à cela, il reçoit plus de temps d'antenne à Radio-Canada et plus de pages dans les journaux, y compris le Devoir, que la plupart des autres candidats réunis. Autant sinon plus en quelques semaines que quelques vedettes dont Maxime Bernier en ont obtenu en plusieus mois. Oui on l'égratigne en passant. Mais il a eu la possibilité de se montrer, par des vidéos et des messages des médias sociaux diffusés sur les ondes, sous le jour de l'homme d'affaires qui "a réussi". Si un militant ou un votant doit citer de mémoire trois ou quatre candidats, il sera certainement du nombre.
    Ce type a bien compris "l'effet Trump" : manipuler les médias et faire les manchettes non par de bonnes idées, mais par ce qui fait scandale.
    Rares sont les candidats à cette course à qui même le Devoir a accordé autant d'espace.
    Nathan Ménard
    Abonné