Trudeau en opération de charme à Sherbrooke

Une grande foule était rassemblée mardi, à Sherbrooke, pour assister à une assemblée tenue par le premier ministre (debout, au centre), dans le cadre de sa grande tournée pancanadienne.
Photo: Guillaume Levasseur Le Devoir Une grande foule était rassemblée mardi, à Sherbrooke, pour assister à une assemblée tenue par le premier ministre (debout, au centre), dans le cadre de sa grande tournée pancanadienne.

Est-ce que quelqu’un a oublié de dire qu’une campagne électorale fédérale est en cours? En tout cas, mardi soir, à Sherbrooke, on se serait encore cru en pleine rencontre avec un chef de parti cherchant à se faire élire premier ministre du pays. Une assemblée partisane en plus, minimisant les questions grinçantes.

Sinon, à quoi rime cette tournée de rencontres pancanadiennes avec les citoyens de Justin Trudeau, premier ministre élu il y a un an?

 

Ailleurs, en Nouvelle-Écosse notamment, où il était en début de semaine, M. Trudeau a parfois fait face à des questions embêtantes, par exemple sur les controverses qui égratignent sa réputation encore très enviable. Un premier problème porte sur des rencontres entre lui et des gens fortunés en échange de contributions au Parti libéral du Canada, jusqu’au maximum permis de 1500 $. L’opposition crie à l’accès privilégié et à l’influence monnayée.

L’autre controverse concerne les vacances de la famille Trudeau passées dans les Bahamas, sur une île appartenant au prince richissime Karim al-Hussaini, le chef spirituel Aga Khan IV. Le commissaire à l’éthique du Parlement s’est saisi du dossier.

Ces casseroles ne l’ont pas suivi à Sherbrooke, où l’attendaient environ 300 personnes enthousiastes. Aucune des quelque 15 questions posées pendant 75 minutes n’a porté sur les enjeux éthiques.

Sécurité ferroviaire

L’interrogation la plus potentiellement dérangeante est venue d’un résidant de Mégantic, Robert, qui a salué l’aide canadienne aux démunis dans le reste du monde tout en demandant pourquoi les autorités tardent tant à annoncer une voie de contournement ferroviaire qui permettrait à sa ville de « de vivre en sécurité » ? Le coeur de Mégantic, à une centaine de kilomètres de Sherbrooke, a été détruit par un train fou rempli de pétrole. La tragédie a fait 47 victimes il y a quatre ans.

M. Trudeau s’est dit d’accord avec cette solution. « Mais pour le faire, il y a un processus qui doit être suivi, a-t-il dit. Je me suis engagé à faire accélérer ce processus. Mais le processus d’évaluation relève actuellement de la province. » Le premier ministre canadien doit rencontrer le maire de Mégantic jeudi.

Justin Trudeau a été accueilli par une ovation dans la salle bondée du manège militaire de Sherbrooke. Il s’est installé au centre de l’arène politique, devant un immense drapeau canadien. Il était en chemise, les manches retroussées, et il choisissait les interlocuteurs lui-même, au hasard.

Les citoyens ont parlé légalisation de la marijuana, libre-échange avec les États-Unis, lait diafiltré. Cinq personnes ont abordé différents problèmes liés à l’aide aux réfugiés, le thème dominant de la soirée avec un tiers des interrogations, ici pour se plaindre de la difficulté à joindre les fonctionnaires, là pour se plaindre de la lenteur du processus de sélection.

M. Trudeau a fièrement rappelé que les Canadiens sont « les seuls à réclamer plus de réfugiés, plus vite », tandis que les frontières se referment ailleurs dans les pays riches. « Je comprends votre volonté, a-t-il dit aux citoyens. Mais nous devons avoir un processus. Les Canadiens doivent avoir confiance. Ils doivent savoir que les gens qui viennent ici ont passé les tests de sécurité et les tests médicaux. C’est essentiel pour protéger notre système. On peut l’améliorer, mais il faut protéger son intégrité. »

Le chef du gouvernement a annoncé en début de journée avoir rencontré plus tôt Ensaf Haidar, femme du blogueur saoudien Raïf Badawi, emprisonné dans son pays d’origine depuis cinq ans. Elle réside à Sherbrooke avec leurs enfants. Il les a salués dans la salle et l’assemblée les a aussi chaudement applaudis.

Mme Haidar a ensuite expliqué en entrevue que M. Trudeau ne lui avait rien promis de concret, mais que cette rencontre comptait symboliquement. « C’est important pour l’espoir », a-t-elle dit au Devoir.

Le premier ministre, fils du père de la loi canadienne sur le bilinguisme, a répondu à toutes les questions en français, y compris aux cinq personnes qui se sont adressées à lui en anglais. Quand une anglophone lui a demandé d’améliorer les services de santé pour les minorités, il a répondu en français et a fini par faire l’éloge du bilinguisme, celui des juges de la Cour suprême notamment.

La traversée pancanadienne doit s’étendre sur trois semaines. Elle a forcé l’annulation de la participation du premier ministre canadien à la conférence des leaders mondiaux de Davos, en Suisse.


 
1 commentaire
  • André Tremblay - Abonné 18 janvier 2017 08 h 45

    Encore....

    Il essaie de noyer le poisson. Il doit avoir hâte d'arriver dans le ROC où on risque moins de lui poser des questions embêtantes. D'autant que ça laisse plus de temps à ses organisateurs pour "pacter" les rencontres. C'est aussi une occasion de regarnir son "scrapbook" avec de nouveaux "selfies".