Chefferie du PCC: Kevin O’Leary vendrait les sièges au Sénat

Kevin O'Leary n'est officiellement pas encore candidat dans la course à la chefferie du Parti conservateur.
Photo: Jonathan Hayward La Presse canadienne Kevin O'Leary n'est officiellement pas encore candidat dans la course à la chefferie du Parti conservateur.

Il ne s’est pas encore lancé officiellement dans la course à la chefferie conservatrice que l’homme d’affaires et personnalité de téléréalité Kevin O’Leary fait l’unanimité contre lui. Son idée de vendre les sièges du Sénat aux plus offrants et de permettre aux riches comme lui de financer sans limites leurs campagnes électorales s’attire les critiques incisives de ses adversaires.

Les années passées en tant que « dragon » de l’émission de CBC ont abonné Kevin O’Leary aux déclarations surprenantes. En fin de semaine, il en a ravivé deux de son palmarès en réitérant sur les ondes de CTV que le Sénat devrait devenir une « source de profits ». « Je ne vois pas pourquoi on ne demanderait pas un engagement annuel d’au moins 100 000 $ ou 200 000 $ par sénateur », a lancé M. O’Leary. « J’aime l’idée que, si tu veux être sénateur, tu prends un engagement financier parce que c’est un honneur [d’être sénateur]. »

Puis, il a critiqué les règles de financement électoral limitant à 25 000 $ le montant qu’un candidat au leadership peut verser à sa propre campagne. Le reste doit être financé à même des dons de particuliers plafonnés à 1550 $ par année.

« Je suis très frustré, a commenté M. O’Leary. Je ne comprends pas pourquoi moi, un entrepreneur couronné de succès, je ne peux pas payer pour ma propre campagne. Je ne comprends pas. C’est injuste. Pourquoi devrais-je faire porter ce fardeau financier à d’autres quand je peux me le payer moi-même ? Qu’est-ce qu’il y aurait de mal à ce que je dise que je m’engage à dépenser deux millions de dollars de mon propre argent si je le dis au gouvernement et que c’est fait dans la transparence ? » M. O’Leary a néanmoins précisé que, s’il se lance dans la course, il respectera les règles en vigueur.

Les candidats déjà dans la course à la succession de Stephen Harper manquent de mots pour dénoncer de tels propos. « C’est bizarre, car il critique les élites et veut utiliser son argent », lance le candidat Maxime Bernier. « Être un représentant du peuple n’est pas le privilège des gens riches et célèbres. »


Le principe de base en démocratie est que tout le monde peut être élu, peu importe sa classe sociale.


 

M. Bernier s’en prend aussi à l’idée de vendre les titres de sénateurs. « On dirait qu’il ne respecte pas la démocratie. Vendre des sièges signifie que les Canadiens seraient gouvernés par les plus riches. Il veut que la démocratie devienne une ploutocratie. C’est complètement ridicule. Le principe de base en démocratie est que tout le monde peut être élu, peu importe sa classe sociale. »

Chris Alexander se dit « complètement en désaccord » avec les propos de son éventuel adversaire. « Qu’il lise les règles du jeu du Canada plutôt que celles des États-Unis », lance-t-il au bout du fil en référence à ces campagnes électorales américaines financées à coup de centaines de millions de dollars. M. Alexander rappelle « qu’une des grandes forces de la démocratie canadienne à notre époque est que ce sont les citoyens canadiens qui financent les partis politiques et les candidats, y compris les candidats au leadership. Ce ne sont pas juste les riches, et surtout pas les compagnies ou les grands syndicats qui font la musique. »


Au téléphone, Kellie Leitch se demande pour sa part « quelle est la prochaine étape ? Vendre les sièges à la Chambre des communes ? » Andrew Scheer, lui se dit « surpris ». « C’est un exemple qu’il ne comprend pas comment fonctionne notre système parlementaire. Il voudrait que ce soit un système de privilégiés. […] Ce serait ridicule d’avoir un système où les plus riches achètent un siège au Parlement. On n’est plus au Moyen-Âge ! »
 

De son côté, Lisa Raitt, qui a déjà lancé un site Internet pour bloquer la candidature de M. O’Leary, a fait parvenir au cours du week-end un courriel aux militants conservateurs. « L’accès monnayé qu’offre Justin Trudeau pose problème et notre parti doit prendre fermement position contre cela, écrit-elle. Mais notre parti pourrait-il prendre cette position s’il était dirigé par un homme qui pousserait le concept encore plus loin ? » Mme Raitt affirme que « ce genre de propositions saugrenues démoliraient la crédibilité de notre parti ».

Par courriel, l’équipe de Michael Chong fait dire qu’elle n’organisera pas d’entrevue avec son candidat « chaque fois que Kevin O’Leary dit quelque chose de stupide ». Elle fait néanmoins parvenir une citation de M. Chong selon qui la proposition du « dragon » « constitue une infraction criminelle et est anticonstitutionnelle. M. O’Leary veut vendre le Parti conservateur aux riches. »

Chris Alexander déplore que les commentaires de M. O’Leary nuisent à l’image du parti, mais il donne une chance au coureur. « Je trouve que ces déclarations n’aident pas notre cause, mais je lui donne la possibilité de se corriger et ce serait utile pour nous tous qu’il le fasse. »

En fin de journée, la porte-parole de M. O’Leary a écrit au Devoir que son patron « est un gars intelligent qui lance un million d’idées par minute ». Elle a laissé entendre que les propos de l’éventuel candidat sur les ondes de CTV n’étaient que badineries. « Kevin a souvent dit qu’il sait ce qui fait de la bonne télévision. Ce n’est pas une position politique. »

La semaine dernière, un comité exploratoire a invité M. O’Leary à se lancer dans la course. Il a dit qu’il attendrait après le débat en français des candidats de ce soir avant de confirmer ses intentions.

3 commentaires
  • Monique Brodeur - Abonnée 17 janvier 2017 06 h 56

    Le Trump canadien

    On le cherchait, on l'a trouvé! Méfiez-vous, Mesdames, juste au cas où......

  • Jean-Pierre Martel - Abonné 17 janvier 2017 09 h 52

    Kevin O’Leary a raison


    Je crois que le Fonds des générations du Québec devrait servir à acheter des sièges au sénat et prendre le contrôle du Canada.

    De plus, on devrait congédier les fonctionnaires fédéraux et aménager l’hotel du Parlement d’Ottawa en condominiums.

    De plus la Chambre des communes devait être réservée exclusivement à des réceptions de mariage — officiées par le représentant de la Reine — pour de jeunes couple millionnaires d’un peu partout à travers le monde.

    Quant à l’armée canadienne, elle devrait contribuer à la lutte contre la pauvreté en exterminant tous ces mendiants qui polluent le paysage visuel de nos villes.

    Bravo au Parti conservateur pour nous avoir révélé de si merveilleuses idées afin de transformer le Canada en pays de richesse.

  • Tristan Roy - Inscrit 17 janvier 2017 09 h 59

    Réveillez vous les Tories

    Bon, c'est assez la promenade bucolique. Les treize candidats à la chefferie du Parti conservateur du Canada doivent se réveiller. Maintenant. O'Leary a plus de moyens que tous les candidats réunis. Ils doivent s'unir rapidement autour d'une candidature centrale pour contrer O'Leary. Si ils ne peuvent pas s'entendre, qu'ils fassent un sondage auprès des membres, un genre de "premier tour informel" et que le gagnant affronte O'Leary ou mieux soit déclaré chef immédiatement sans attendre le 27 mai.

    Ce serait contourner l'esprit des règles de la course à la chefferie? La belle affaire... Que croyez vous que O'Leary va faire si il entre dans la course? Il s'insurge déjà contre les règles de financement et met en vente les sièges au Sénat pour attirer des appuis.

    N'importe qui sauf O'Leary. Il en va de l'avenir de notre démocratie.