Les sept ministres de 2017

La ministre de l’Environnement, Catherine McKenna
Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne La ministre de l’Environnement, Catherine McKenna

Dire que la première année au pouvoir de Justin Trudeau aura été bien remplie relève de l’euphémisme. Néanmoins, l’ordre du jour libéral ne s’annonce pas moins chargé au cours des douze prochains mois. Des réformes ambitieuses promises en campagne électorale se préparent, une refonte fiscale pointe à l’horizon et les relations diplomatiques avec le voisin du Sud, doté d’un futur président imprévisible, risquent d’en occuper plus d’un. Alors, quels seront les membres du cabinet Trudeau les plus susceptibles de voler la vedette en 2017 ? Le Devoir fait ses prédictions.

Le trio Stéphane Dion, Chrystia Freeland et Catherine McKenna

Officiellement, la Chambre des communes reprendra du service le 30 janvier prochain. Mais l’année politique débutera probablement 10 jours plus tôt, à l’assermentation de Donald Trump à Washington. Plusieurs des promesses ou idées du président républicain entreront en collision frontale avec le Canada.

Sur le front diplomatique, le ministre des Affaires étrangères, Stéphane Dion, risque d’avoir une année chargée si les États-Unis de Donald Trump se lancent dans une opération de sape de l’ONU, comme certains analystes le craignent, alors même que le Canada désire s’y ré-engager. Les dossiers de l’armement nucléaire, de l’Iran ou encore des colonies juives en Cisjordanie pourraient générer des frictions entre les deux alliés.

La question du commerce sera aussi cruciale. La promesse de Donald Trump de revoir l’ALENA interpellera la ministre du Commerce international, Chrystia Freeland. C’est encore elle qui montera au front pour négocier une entente sur le bois d’oeuvre avec les États-Unis. Et Mme Freeland aura beaucoup de travail à faire pour maintenir en vie le Partenariat transpacifique (PTP), un accord de libre-échange en cours de négociation entre 12 partenaires de l’Asie et de l’Amérique duquel M. Trump veut retirer les États-Unis.

Pour sa part, la ministre de l’Environnement, Catherine McKenna, sera certainement talonnée sur sa droite pour justifier ses mesures de lutte contre les changements climatiques, y compris la taxe de 10 $ la tonne de carbone qu’elle doit mettre en place pour 2018, alors que le principal partenaire commercial du Canada risque de ne pas s’astreindre aux mêmes contraintes.

Mélanie Joly

La ministre du Patrimoine risque d’avoir son heure de gloire — ou de déboires — en 2017. Après tout, 2017 marquera le 150e anniversaire du Canada. Dès ce soir, pour le réveillon du Nouvel An, des activités sont prévues sur la colline parlementaire de même qu’à Gatineau : feux d’artifice à 20 h 17 (notons la précision symbolique ici) et spectacle de Radio Radio notamment. Si l’événement devait ne pas être à la hauteur des attentes (comme, par exemple, le décompte raté projeté sur la tour de la Paix au passage à l’an 2000) ou si les événements prévus pendant le reste de l’année déçoivent, la ministre en entendra parler.

Un autre chantier attend aussi la ministre : la refonte de la politique culturelle fédérale, inchangée depuis 1991, pour l’adapter au nouvel environnement créé par Internet et la dématérialisation tous azimuts qui en découle. Comment encourager la production télévisuelle locale quand ses mécanismes de financement ne sont pas alimentés par les nouveaux joueurs tels que Netflix ? Comment permettre l’avènement de nouvelles stars quand les chanteurs n’obtiennent plus que des miettes pour l’écoute en ligne de leurs chansons (comme les maigres 30 $ versés à Jean Leloup pour le demi-million d’écoutes de son Paradis City sur Spotify) ?

Mme Joly a promis de dévoiler son plan ce printemps. Déjà, une chose est claire : pas question de taxer Netflix. « La taxe Netflix, c’est la mauvaise question, a-t-elle déclaré en octobre. J’ai de la misère à penser que, tout à coup, les gouvernements nationaux vont commencer à réglementer Internet. Ce n’est certainement pas la vision de ce qu’est Internet et des attentes des citoyens par rapport à cet univers d’information. »

Il faut dire que le Canada est encore désireux que le Partenariat transpacifique (PTP) voie le jour. Or le PTP interdit formellement aux États de forcer les services en ligne à financer la production nationale.

Maryam Monsef

La ministre des Institutions démocratiques aura assurément un hiver et un printemps houleux. Elle doit mettre enfin cartes sur table et exposer de quelle façon elle entend réformer le mode de scrutin. Elle a promis de déposer un projet de loi au printemps. Mais voudra-t-elle proposer une réforme en profondeur ? Et pourrait-elle le faire étant donné l’échéancier que le gouvernement Trudeau s’est fixé ?

Quoi qu’elle décide, Mme Monsef aura une année difficile. Soit elle opte pour la réforme en profondeur, et alors elle s’engagera dans une véritable course contre la montre. En effet, le Directeur général des élections, Marc Mayrand (qui a quitté ses fonctions officiellement cette semaine), a indiqué qu’il a besoin de 22 mois pour mettre en place un nouveau système électoral d’ici au scrutin de 2019. Cela signifie que le projet de loi devra être adopté par les deux chambres du Parlement au plus tard à la mi-décembre. Soit la ministre opte pour une réforme superficielle et elle devra alors essuyer les critiques de l’opposition, qui a réclamé unanimement l’instauration d’un système proportionnel.

En toile de fond, la ministre devra constamment expliquer pourquoi elle ne soumet pas sa future réforme à un référendum, comme le lui demandent les quatre partis d’opposition (certains — les conservateurs — avec plus de conviction que d’autres). Mme Monsef a déjà indiqué qu’elle ne voyait pas l’utilité d’un tel exercice, qui coûterait 300 millions de dollars.

La ministre devra par ailleurs voir à la nomination d’un successeur à Marc Mayrand, tout comme elle devra piloter son projet de loi C-33 annulant de larges pans de la réforme électorale conservatrice. Le C-33 redonne à Élections Canada le droit de faire des campagnes d’incitation à voter, élargit les moyens d’identification admissibles pour les électeurs, restaure le droit de vote des Canadiens non-résidents et crée un registre de futurs électeurs de 14 à 17 ans pour favoriser leur participation.

Jane Philpott

La ministre de la Santé aura plusieurs marmites au feu cet hiver. De concert avec sa collègue de la Justice, elle devra pondre le très attendu projet de loi légalisant la marijuana. Acceptera-t-elle les recommandations du groupe de travail, déposées il y a deux semaines, proposant de légaliser la drogue pour les 18 ans et plus, de permettre la culture personnelle d’un maximum de quatre plants, d’autoriser la culture industrielle en champ extérieur, d’exiger l’inscription de la teneur en THC sur les emballages, d’interdire la vente de l’herbe dans les lieux de vente d’alcool ? Et quel sera le niveau de taxation ? Les questions sont nombreuses.

Mme Philpott poursuivra en parallèle son entreprise de désolidarisation des provinces dans le dossier des transferts fédéraux en santé. Ottawa espérait convaincre les provinces d’adhérer à son plan limitant à 3 % la hausse annuelle du transfert fédéral et accordant 11,5 milliards de dollars sur 10 ans pour les soins à domicile et les soins en santé mentale. Les provinces ont d’abord fait front commun pour refuser l’offre, jugée insuffisante et trop contraignante, mais, craignant de ne pas recevoir un sou, le Nouveau-Brunswick, la Nouvelle-Écosse et Terre-Neuve sont rentrés dans le rang. Que feront les autres ? Si le Québec, l’Ontario, la Colombie-Britannique, l’Alberta et le Manitoba disent résister aux sirènes d’Ottawa, les réponses sibyllines offertes par la Saskatchewan et l’Île-du-Prince-Édouard laissent croire que ces dernières céderont sous peu.

Comme si ce n’était pas assez, Mme Philpott devra aussi piloter son projet de loi facilitant l’implantation des sites d’injection supervisée. De même, elle a donné le coup d’envoi aux études promises dans le dossier de l’aide médicale à mourir pour déterminer si cette aide doit être élargie aux mineurs matures, aux personnes souffrant de problèmes psychologiques, et si les directives anticipées doivent être autorisées.

Bill Morneau

Un ministre des Finances n’a toujours qu’un seul vrai défi dans l’année, celui de déposer un budget. Et celui de Bill Morneau sera cette année encore scruté de près. D’abord, il s’agira de voir si les prévisions libérales en matière de déficit tiennent la route (25 milliards cette année, 27,8 milliards en 2017-2018) ou si de l’encre rouge supplémentaire sera nécessaire. Et tout le monde cherchera à savoir si M. Morneau se donnera enfin un horizon de retour à l’équilibre budgétaire.

Le budget devrait aussi contenir un élément annoncé en campagne électorale, mais peu publicisé pour des raisons évidentes : une révision des crédits d’impôt. Certains congés fiscaux, comme le crédit pour les usagers de transport en commun, pourraient passer à la trappe, augmentant d’autant l’impôt des particuliers qui s’en prévalent. Ottawa jongle aussi avec la possibilité de considérer les régimes d’assurance médicale et dentaire offerts par les employeurs comme des bénéfices imposables (comme c’est déjà le cas au Québec). Quelque 13,5 millions de contribuables profitent de ce passe-droit qui pourrait rapporter au fisc, s’il était aboli, 2,9 milliards par année.

Autre élément que devrait contenir le budget de Bill Morneau cette année : une réforme du régime de congé parental et de compassion. Les libéraux avaient promis de rendre ces deux programmes plus flexibles et le ministre de la Famille, des Enfants et du Développement social, Jean-Yves Duclos, a lancé à cet effet une consultation cet automne. Les résultats de cette réflexion seront inclus dans le budget, a-t-il promis.

 

Ce texte fait partie de notre section Perspectives.
1 commentaire
  • Yvon Bureau - Abonné 31 décembre 2016 11 h 16

    Jane Philpott et C-14

    Cette ministre et celle de la Justice doivent oser terminer honnêtement leur travail.

    Dès ce début de l'année, elles doivent demander l'avis de la Cour suprême du Canada sur la Loi C-14 portant sur l'Aide médicale à mourir, sur son respect ou non de son Jugement UNANIME du 6 février 2015, sur sa cohérence ou pas.

    Sans cet avis, elles pourront être accusées de malhonnêteté, de manque d'humanité et de compassion, de cruauté même, de non solidarité avec les soignants et le établissements de soins en quête de clarté clinique et juridique sans équivoque.

    Sans cet avis, les Provinces et les Territoires vont élaborer des projets de lois et des règlements baignant dans l'incertitude, l'insécurité et l'insérénité.

    Sans cette demande d'avis, le parcours vers la CSC deviendra cruel et inhumain pour des personnes en fin de vie et à la fin de leur vie.

    Prière pour ces deux ministres de ne plus nous servir l'argument anémique d'une loi équilibrée entre la protection des personnes vulnérables et les droits nouveaux des personnes en fin et à la fin de leur vie. Cela n'honore pas l'honnêteté politique.

    Monsieur le PM Trudeau, joignez-vous à vos deux ministres et demandez cet avis. Avant le 2e anniversaire du Jugement unanime du 6 février.