Le fédéral a maintenant convaincu trois provinces maritimes

Et de trois. Après le Nouveau-Brunswick, c’est au tour de la Nouvelle-Écosse et de Terre-Neuve d’accepter l’offre d’Ottawa pour le financement en santé.

Comme leur voisine, la Nouvelle-Écosse et Terre-Neuve auront donc droit à leur part des 11,5 milliards de dollars qu’offrait le gouvernement fédéral pour la santé mentale et les soins à domicile. Et le front commun qui s’opposait farouchement à cette offre, lundi, pourrait continuer de s’effriter, puisque, en coulisses, on indique au Devoir qu’Ottawa « est encore en discussions avec d’autres provinces », qu’on refuse de nommer.

« Nous sommes ravis d’avoir conclu une entente sur le financement de la santé avec le gouvernement fédéral, qui va nous aider à répondre aux priorités des Néo-Écossais », a fait valoir le premier ministre de la province, Stephen McNeil, par voie de communiqué, vendredi après-midi. « Il était important pour nous de savoir que l’argent investi en santé mentale et en soins à domicile le serait encore plus tard, alors que nous tentons d’améliorer notre façon de livrer des soins de santé dans notre province. »

La Nouvelle-Écosse touchera 288 millions sur 10 ans, soit 157 millions pour les soins à domicile et 130,8 millions pour la santé mentale. Terre-Neuve recevra 87,7 millions pour les soins à domicile et 73 millions pour la santé mentale, pour un total de 161 millions. Le Nouveau-Brunswick a annoncé jeudi, après avoir accepté l’offre d’Ottawa, qu’il aurait droit à 230 millions au total.

« Terre-Neuve–et–Labrador fait face au vieillissement de sa population le plus rapide au pays, et obtenir un financement fédéral supplémentaire est une priorité de mon gouvernement. […] Ces investissements démontrent que le gouvernement fédéral reconnaît les pressions financières qu’imposent à notre province la population vieillissante et la santé mentale », a argué à son tour le premier ministre de la province, Dwight Ball. Si jamais le fédéral signe une entente bilatérale plus généreuse avec une autre province, Terre-Neuve, la Nouvelle-Écosse et le Nouveau-Brunswick y auront droit elles aussi.

Une tactique de division

L’entente est la même pour les trois provinces maritimes : les transferts fédéraux croîtront de 3 % par année ou plus si le taux de croissance du PIB est plus élevé. C’est le niveau de hausse des transferts prévu par l’ancien premier ministre, Stephen Harper, qui a modifié la formule qui prévoyait auparavant des hausses annuelles de 6 %.

Le premier ministre québécois, Philippe Couillard, a qualifié de « déplorable » cette façon de procéder du gouvernement Trudeau, du type « à prendre ou à laisser ». « Bien avant les petites victoires tactiques qu’on voit se dessiner actuellement, par cette tactique de division à laquelle on assiste, de tenter de dresser certaines provinces, ou d’en séparer d’autres, à l’approche du 150e anniversaire du pays, ce n’est vraiment pas un bon choix », a-t-il reproché, en entrevue de fin de d’année avec La Presse canadienne.

M. Couillard a en outre argué qu’Ottawa ne devait pas tirer avantage de la vulnérabilité financière de certaines provinces, comme celles de l’Atlantique — des propos tenus avant que la Nouvelle-Écosse et Terre-Neuve n’annoncent elles aussi leur entente avec Ottawa.

D’autres ententes ?

L’Ontario, l’Alberta, le Manitoba et la Colombie-Britannique ont indiqué jeudi qu’elles continuaient de s’opposer à l’offre d’Ottawa et refusaient de tenir des négociations bilatérales avec le gouvernement fédéral. Le Nunavut et les Territoires-du-Nord-Ouest ont précisé au Devoir vendredi qu’ils faisaient de même.

« Les Territoires-du-Nord-Ouest continuent de travailler avec les autres provinces et territoires afin d’obtenir une entente nationale et, pour l’instant, ne cherchent pas à négocier une entente unilatérale avec le gouvernement fédéral », a-t-on fait valoir au gouvernement de ce territoire.

« À l’heure actuelle, nous sommes avec les provinces et territoires et nous travaillons ensemble pour évaluer la situation quant à une entente nationale de financement de la santé », a-t-on indiqué au bureau du premier ministre du Nunavut, Peter Taptuna.

Mais l’Île-du-Prince-Édouard — dont le ministre a pourtant parlé au nom du front commun provincial en rejetant l’offre d’Ottawa lundi — n’a pas répondu aux demandes du Devoir cette semaine.

En cette veille du congé des Fêtes, le gouvernement du Yukon n’a pas été en mesure de préciser sa position.

Et la Saskatchewan n’a pas voulu commenter, renvoyant Le Devoir aux commentaires nébuleux tenus la veille, jeudi, par son premier ministre. « Chaque province est différente, disait alors Brad Wall. Nous avons une importante population autochtone par habitant, ce qui affecte notre système de santé différemment ici qu’ailleurs, où la réalité démographique n’est pas la même. […] Parfois, vous obtenez des résultats en ayant un large consensus entre les provinces et négociez unilatéralement avec toutes les provinces. Parfois, c’est province par province. Alors, nous allons attendre de voir », s’était-il contenté de commenter, après l’annonce de la première entente bilatérale conclue entre Ottawa et le Nouveau-Brunswick.

15 commentaires
  • Gilles Théberge - Abonné 23 décembre 2016 17 h 31

    C'est un crachât dans le visage du Dr barrette

    Comme ça le front commun était solide...

    Au Canada c'est comme ça que vous le vouliez ou non.

    Assistera-t'on à un exercice de rationalisation docteur Barrette ou à une conversion?

    • Pierre Asselin - Abonné 26 décembre 2016 09 h 01

      La Confédération Canadienne s'est construite de la même façon ainsi que le rapatriement de la constitution , on peut en déduire facilement que Diviser pour Règner est la façon de procéder

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 26 décembre 2016 10 h 36

      Le fédéral aurait peut-être été moins arrogant si les citoyens avaient été capables de surmonter les intérêts partisans (échec de la négociation compris) pour se mettre derrière leur ministre. Mais pourquoi Trudeau se donnerait-il la peine de montrer moins de mépris à l'endroit de Gaétan Barrette ?

      On dirait bien que l'essentiel, pour beaucoup des nôtres, c'est d'enrichir la démonstration que le Canada, ça ne peut pas marcher, quitte à lancer une nouvelle poignée de sable dès que l'occasion s'en présente. Et le financement de la santé, là-dedans ? Peu importe. Au contraire, on n'aura qu'à oublier que le système est sous-financé et à attribuer les carences à l'ineptie du gouvernement de Québec. C'est cela, l'important, à moins de deux ans des générales.

    • Raymond Saint-Arnaud - Abonné 26 décembre 2016 17 h 22

      Comme pour le rapatriement illégitime de la Constitution, le Québec sera mis de côté.

      Et Couillard de se cacher derrière sa barbe saoudienne.

  • Colette Pagé - Inscrite 23 décembre 2016 19 h 14

    La débandade se poursuit !

    Le front commun lézardé de tous les côtés prend l'eau. Dans ce contexte, quelle sera l'attitude du Québec ? Suivre la tendance de la soumission ou résister ?

  • Jacques Lamarche - Inscrit 24 décembre 2016 05 h 14

    La culture de la dépendance, une bonne stratégie!

    Il est de bonne guerre pour le fédéral de conclure à la pièce des ententes avec les provinces! Les libéraux des Trudeau, qui s'y connaissent en la matière, ont depuis longtemps compris que de la dépendance financière s'ensuit la dépendance politique!

    Le jeu de la péréquation s'inscrit dans cette même stratégie qui cherche à faire croire que, sans la manne fédérale, le niveau de vie de ceux qui en bénéficient, serait gravement compromis! Alors que, pour une bonne part, c'est leur propre argent qui leur est remis!

    • Michel Blondin - Abonné 25 décembre 2016 14 h 16

      @ Lamarche
      La culture de la dépendance et la chicane entre fédéralistes : une DIVERSION Trudeauiste!

      La gestion par Ottawa de ses quelques hôpitaux est une faillite totale. Alors, on repassera pour la question de la mauvaise gestion du Québec. Ne parlons pas des dépenses astronomiques de la défense militaire, responsabilité d'Ottawa, C’est une horreur.

      Je prétends que c’est un prétexte et une DIVERSION dans l’arène politique. Les propos de plusieurs donnent l'impression qu’ils ne voient pas l'utilisation par le grand Chef du principe de Nicolas Machiavel. Illusion ou naïveté, Couillard, Fournier et Barrette nagent dans la dépendance et négocient en mettant en évidence, une autre fois que nous avons un statut de bâtard constitutionnellement. Couillard, Fournier et Barrette à genoux est l'image qu'ils donnent devant le roitelet. Ça ne peut que foirer, encore et encore. Ce que nul ne souhaite mais que l’histoire nous enseigne.

      Quand un fédéraliste aussi zélé que Couillard dit au fédéraliste en Chef :
      "Ottawa doit cesser de tenter de diviser les provinces ou de les séparer "
      il se passe que la chicane est "pognée" entre fédéralistes avec les autres provinces qui se défédéralisent de la sainte famille pour mieux négocier considérations que vous ne saurez.

      La ligne à pêche des provinces est à l'eau pour se faire financer quelques autoroutes, bateaux ou tutti quanti avec le budget d'infrastructure de 40 milliards du beau et bon Plouk!

      C'est connu que Trudeau a choisi les infrastructures de béton et d‘asphalte, toutes politiciennes, au lieu d'investir en santé!
      Alors je dirais plutôt... Bravo au modèle de zizanie de Trudeau, il sait noyer le poisson et nous mettre dans le trou de toutes les façons.

      Si vous êtes fédéraliste, vous devriez honnir le grand Chef de ne pas respecter la sainte constitution, de semer la pagaille et la chicane de famille pis de faire le père Noël avec votre impôt dans ses poches.

      Joyeux Noël sans le père Noël quand même.

  • Clifford Blais - Inscrit 24 décembre 2016 08 h 27

    M. Couillard ne s'occupe pas des vraies affaires !

    M. Couillard, ne comprend pas que le gouvernement fédéral de notre Confédération Canadienne justement tient compte des réalités de façon efficace en temps réel avec les provinces qui veulent régler leurs problèmes et s'occuper des vrais affaires... !

    M. Couillard a en outre argué qu’Ottawa ne devait pas tirer avantage de la vulnérabilité financière de certaines provinces, comme celles de l’Atlantique — des propos tenus avant que la Nouvelle-Écosse et Terre-Neuve n’annoncent elles aussi leur entente avec Ottawa

    M. Couillard ne tenait pas le même discours durant la campagne électorale '2014...

  • Christina Berryman - Abonnée 24 décembre 2016 13 h 27

    Chers Gaétan et Phil...

    Ce cadeau de Noêl, courtoisie du fédéralisme dominateur et centralisateur à la Trudeau, vous rappellera, dans vos tripes, ce qu'a vécu René Lévesque lors de la nuit des long couteaux. Un vrai cadeau de Noêl pour les provinces pauvres et une claque dans la face pour les autres. La souveraineté a bien meilleur goût!