Le Canada est de retour à l’UNESCO

La ministre du Patrimoine, Mélanie Joly
Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne La ministre du Patrimoine, Mélanie Joly

 

Il y avait 12 ans que le Canada n’était pas intervenu à l’UNESCO. L’allocution de la ministre du Patrimoine Mélanie Joly, ce mardi à Paris au Comité intergouvernemental pour la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles, revêtait donc un caractère singulier. Sans avancer de propositions précises, la ministre en a surtout profité pour faire la promotion de la « grande conversation » qu’elle dit vouloir engager avec les acteurs du monde numérique.

« Pour nous, il est fondamental de relancer une grande conversation avec les différents pays, mais également avec les plateformes numériques, sur comment s’assurer qu’on puisse, comme État, maintenir notre capacité de soutenir le développement et la promotion de contenu. […] Je viens à l’UNESCO pour que le Canada puisse jouer un rôle de leadership dans cette grande conversation. »

Mais la ministre précise aussitôt qu’elle n’entend pas défendre la taxe dite « Netflix » destinée à forcer les diffuseurs étrangers à contribuer à la production d’émissions locales comme il en existe une pour les diffuseurs canadiens. La ministre refuse aussi de se prononcer sur la proposition faite il y a trois semaines par le président du CRTC, Jean-Pierre Blais, qui veut forcer les diffuseurs étrangers à percevoir au moins la TVQ et la TPS. « Allez poser la question au ministre des Finances », nous a répondu l’attaché de presse de la ministre, Pierre-Olivier Herbert.

Une directive avec ou sans dents

Alors que s’ouvrait hier la huitième session du Comité intergouvernemental pour la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles, Mélanie Joly refuse aussi de dire si le Canada penche pour un renforcement ou un assouplissement des règles concernant le numérique. Le Comité intergouvernemental (regroupant 24 pays) devrait en effet adopter ce mercredi une directive opérationnelle qui s’ajoutera à la Convention sur la diversité culturelle et permettra d’en préciser l’application dans le domaine numérique. L’adoption finale aura lieu au mois de juin.

Si la plupart des pays signataires de la Convention semblent d’accord pour soutenir cette directive, un certain nombre d’entre eux, notamment anglo-saxons, font tout pour en adoucir les termes. D’autres, comme la France, souhaitent que la directive adopte un ton plus ferme. « Nous sommes là pour que les Darth Vador du numérique ne l’emportent pas », a d’ailleurs déclaré l’ambassadeur de la France à l’UNESCO, Laurent Stéfanini. En août dernier, Netflix a déménagé son siège parisien aux Pays-Bas pour ne pas contribuer au Fonds d’aide à l’innovation audiovisuelle et se dispenser des règles sur la diversité culturelle imposée par le CSA, le CRTC français.

« C’est une aberration que, sur les ventes de Netflix au Québec, on ne perçoive pas la TVQ et la TPS », nous a déclaré le député du Parti québécois Alexandre Cloutier, qui assistait à cette rencontre à titre de membre de l’Association des parlementaires francophones. En octobre, le PQ a proposé de négocier avec les plateformes comme iTunes, Netflix et Spotify un réinvestissement dans la production locale. Il veut aussi les forcer à présenter un minimum d’oeuvres québécoises sur leurs pages d’accueil.

Le Canada brigue un siège

« Il était temps qu’on ait une directive qui précise les principes d’application de la convention dans le numérique, dit la représentante du Québec au sein de la délégation du Canada à l’UNESCO, Julie Miville-Dechêne. La diffusion des oeuvres sur Internet est souvent un drame pour les créateurs. Au moins, ces principes pourront servir de point de repère dans les négociations internationales. »

Mardi, le Québec a annoncé une contribution de 30 000 $ au Fonds international pour la diversité culturelle, destiné à appuyer la mise en oeuvre de la Convention dans les pays pauvres. Cela porte sa contribution totale depuis le début à 280 000 $. Le Canada y est allé de 100 000 $, sa première contribution depuis la création du Fonds en 2008 (il avait alors versé 495 000 $). Mélanie Joly a profité de cette occasion pour annoncer que le Canada briguait un siège au Comité intergouvernemental de l’UNESCO, qu’il avait quitté en 2013.


 
2 commentaires
  • Patrick Daganaud - Abonné 14 décembre 2016 02 h 25

    Sauf « le prestige »...

    Tant de contenu, tant de substance : c'est émouvant.

  • Denis Paquette - Abonné 14 décembre 2016 05 h 35

    Des mythomanes

    voila pourquoi Justin est allé chercher cette jolie femme, articulée comme pas une, pour nous représenté a l'Unesco, enfin tournons la page car nous valons plus que ce qu'Harper a voulu faire de nous, bizarre ces gens qui apparaisse non pas de leur envergure mais de leur mythomanie