Ottawa ouvre les vannes aux centres d’injection supervisée

Montréal est toujours en attente de son site. Trois organismes communautaires, soit Cactus, Dopamine et Spectre de rue, pilotent un projet.
Photo: La Presse canadienne Montréal est toujours en attente de son site. Trois organismes communautaires, soit Cactus, Dopamine et Spectre de rue, pilotent un projet.

Un autre pan de l’héritage conservateur prend le chemin des poubelles. Cette fois, c’est la lutte sans merci contre les drogues que les libéraux de Justin Trudeau abandonnent afin de faciliter l’ouverture de sites d’injection supervisée.

Le projet de loi C-37 déposé lundi à la Chambre des communes simplifiera le processus de demande lorsqu’un organisme veut ouvrir un site d’injection. En 2015, les conservateurs avaient fait adopter une loi établissant une multitude (26) de critères à respecter avant qu’Ottawa ne délivre l’exemption nécessaire à l’ouverture d’un tel établissement.

L’instigateur du projet devait fournir des preuves scientifiques de ses effets bénéfiques ainsi qu’une pléiade de statistiques. Il devait surtout démontrer qu’il avait obtenu l’aval de la communauté en fournissant notamment une lettre des ministres provinciaux de la Santé et de la Sécurité publique, une lettre de la municipalité hôte, une lettre du chef de police et encore une du premier professionnel de la santé publique. Il devait aussi fournir un rapport de consultation tenue avec « un large éventail d’organismes communautaires ».


Santé d’abord

Toutes ces obligations disparaîtront avec C-37. « Nous retirerons dans leur entièreté les 26 critères que contenait le C-2 du précédent gouvernement et nous les remplacerons par une obligation générale de démontrer que le site en question offre des avantages de santé publique et de sécurité », a expliqué en point de presse la ministre de la Santé, Jane Philpott.

Les conservateurs, qui ont milité contre les sites d’injection supervisée, n’en ont approuvé aucun pendant leur règne. Les tribunaux l’ont empêché de fermer le seul site existant, Insite, à Vancouver. D’ailleurs, le projet de loi n’était pas encore déposé lundi qu’ils s’y attaquaient déjà. « La ministre planifie rendre les sites d’injection d’héroïne plus accessibles », a lancé Colin Carrie à la Chambre des communes. Il a demandé si Mme Philpott allait « abandonner son plan dangereux » consistant à « imposer ces sites non sécuritaires aux communautés qui résistent ».

Depuis son entrée en poste, Mme Philpott a reconduit le permis d’Insite et a autorisé le Centre Dr Peter de Vancouver. Elle a répété hier que ces sites « sauvent des vies, préviennent les infections ». Elle a expliqué que son projet de loi visait à remplacer la « stratégie anti-drogue » afin de « recadrer le problème de l’abus de substances comme l’enjeu de santé publique qu’il est ».

Montréal est toujours en attente de son site. Trois organismes communautaires, soit Cactus, Dopamine et Spectre de rue, pilotent un projet. Le ministère de la Santé et des Services sociaux y a donné son aval en septembre dernier, le tout assorti d’un financement de 12 millions de dollars sur trois ans. Le maire de Montréal, Denis Coderre, s’est d’ailleurs réjoui de l’annonce fédérale.

« Il y a plus de deux ans que la Ville de Montréal attend une décision d’Ottawa dans ce dossier », est-il écrit dans son communiqué de presse. « J’espère que le projet de loi sera adopté rapidement, parce que nous vivons depuis quelques années une véritable crise de santé publique, notamment au plan des surdoses d’opioïdes, qui ont causé la mort de 2000 personnes au Canada l’an dernier. »

Lutte contre les drogues

Ottawa s’attaque par ailleurs à la crise des opioïdes en octroyant aux agents des services frontaliers le pouvoir d’ouvrir n’importe quel courrier international suspect et pas seulement celui pesant plus de 30 grammes.

« On sait que 2 mg de Fentanyl peuvent tuer », a rappelé le ministre de la Sécurité publique Ralph Goodale. « Dans un paquet de 30 grammes comme celui-ci, il peut y avoir 15 000 doses mortelles », a-t-il continué en brandissant un sachet brun. Le gouvernement exigera désormais un permis pour toute importation de presses à comprimés, importation qui n’est soumise à l’heure actuelle à aucune règle.

Avec Amélie Daoust-Boisvert