Trudeau se défend de se laisser influencer

Le premier ministre Justin Trudeau s’est présenté en conférence de presse, lundi, pour faire le bilan de la session parlementaire.
Photo: Sean Kilpatrick La Presse canadienne Le premier ministre Justin Trudeau s’est présenté en conférence de presse, lundi, pour faire le bilan de la session parlementaire.

Bien qu’il ait convenu pour la première fois que les activités de financement auxquelles il a participé ont permis à certains donateurs de lui parler de politique, Justin Trudeau martèle que ces conversations n’ont pas suffi à l’influencer. Le premier ministre argue que les décisions de son gouvernement ont été prises dans l’intérêt des Canadiens, et non pas celui de mécènes libéraux. Mais l’opposition n’en croit rien.

Le premier ministre Trudeau s’évertue depuis des mois à défendre des cocktails de financement à 1500 $ le couvert organisés par son parti. Jusqu’à présent, ses ministres dépêchés aux Communes pour expliquer la pratique arguaient que tout se faisait dans le respect des règles et qu’il n’y était pas question de politiques gouvernementales. Justin Trudeau a réitéré le premier élément de réponse lundi. Mais pas le second.

« À tout moment, lorsque je rencontre quelqu’un, cette personne va avoir des questions à me poser ou va saisir l’occasion pour parler au premier ministre d’enjeux qui la préoccupent », a reconnu M. Trudeau, en conférence de presse pour dresser le bilan de la session parlementaire qui tire à sa fin. « Lors de divers événements du Parti libéral, j’écoute les gens — comme je le ferais dans n’importe quelle situation. Mais les décisions que je prends au gouvernement sont basées sur ce qui serait dans l’intérêt des Canadiens et non sur ce qu’un individu à une activité de financement peut avoir à dire », a martelé le premier ministre. « À aucun moment [...] assister à une activité de financement ne procure à quiconque un accès spécial ou particulier sur des questions politiques. »

Les partis d’opposition n’ont cependant pas été convaincus. « Comment le premier ministre peut-il être aussi aveugle en matière d’éthique ? », a lancé la chef intérimaire du Parti conservateur, Rona Ambrose, aux Communes. « Quand est-ce que le gouvernement libéral va mettre un terme à sa corruption d’accès monnayé ? », a renchéri le néodémocrate Alexandre Boulerice.

Sur toutes les tribunes

Les rivaux des libéraux font leurs choux gras depuis des mois de ces activités de financement offertes aux donateurs prêts à livrer 1500 $ au Parti libéral, la somme maximale permise par année pour un don à un parti politique.

Le NPD prévoit d’ailleurs continuer de taper sur ce clou, au retour de la relâche parlementaire en janvier, en déposant un projet de loi qui enchâsserait dans la loi les règles d’éthique que s’est données Justin Trudeau. Son code de conduite stipule qu’« il ne doit y avoir aucun accès préférentiel au gouvernement, ou apparence d’accès préférentiel, accordé à des particuliers ou à des organismes en raison de contributions financières ». Ces règles existent cependant depuis 2010 et ont été mises en place par Stephen Harper, dont les ministres conservateurs participaient aussi à de tels cocktails de financement.

Le Bloc québécois suggère de son côté de plafonner les dons politiques à 500 $, mais surtout le retour d’une subvention fédérale aux partis politiques de 1,50 $ par vote obtenu aux élections.

Au moins quatre députés libéraux souhaitent eux aussi le retour de cet ancien système. Leur chef n’a pas fermé la porte à l’idée. « Je suis ouvert à des discussions et à des suggestions, toujours, sur comment on peut renforcer la confiance qu’ont les Canadiens en nos institutions démocratiques », a-t-il indiqué. En coulisses, on précise toutefois que le gouvernement ne se penche pas présentement sur la question.

Un répit pour la santé ?

Le premier ministre a par ailleurs été invité à commenter l’état des négociations avec les provinces sur les transferts en santé, qui sont toujours au beau fixe. Les provinces réclament qu’Ottawa prolonge la hausse annuelle de 6 % de ces transferts. Le gouvernement Trudeau propose de leur offrir davantage d’argent qui s’ajouterait à une hausse des transferts de 3 %, mais ces investissements seraient ciblés.

Si les gouvernements n’arrivent pas à s’entendre sur ce nouvel accord, M. Trudeau pourrait-il prolonger d’un an la formule de financement actuelle — qui prévoit une bonification des transferts de 6 %.

« Les gens s’attendent à ce qu’on agisse de façon mesurée, mais aussi de façon assez immédiate sur le dossier de la santé », a semblé trancher M. Trudeau, en se disant « très content » que les ministres des Finances et de la Santé du pays s’apprêtent à discuter du dossier lundi prochain.

À voir en vidéo