Un autre cocktail libéral dans la mire de l’opposition

M. Blair, un ancien chef de police de Toronto, est le secrétaire parlementaire de la ministre de la Justice et pilote à ce titre le dossier marijuana.
Photo: Sean Kilpatrick La Presse canadienne M. Blair, un ancien chef de police de Toronto, est le secrétaire parlementaire de la ministre de la Justice et pilote à ce titre le dossier marijuana.

Le gouvernement libéral se retrouve une fois de plus sur la défensive à cause de ses activités de financement. Cette fois, c’est la présence d’une femme d’affaires opérant un café-marijuana à un événement mettant en vedette le secrétaire parlementaire responsable du dossier de la légalisation du pot qui provoque la controverse.

Le 28 avril dernier, Bill Blair a participé à une activité de financement au bénéfice de l’association de circonscription de son collègue Nathaniel Erskine-Smith. M. Blair, un ancien chef de police de Toronto, est le secrétaire parlementaire de la ministre de la Justice et pilote à ce titre le dossier marijuana. L’événement, au coût de 150 $ par personne et ouvert au public selon le Parti libéral, a attiré quelque 70 personnes. Du lot, Abi Roach et Jon Liedtke.

Ces deux personnes militent pour la normalisation du cannabis. Mme Roach préside le Cannabis Friendly Business Association (CFBA) et opère le Hot Box café de Toronto. Le Hot Box se présente comme « l’endroit où les poteux peuvent venir relaxer avec un peu d’herbe folle. Nous croyons à la normalisation du cannabis alors sortez du placard à plantation et venez planer avec nous ».

Mme Roach n’a pas rappelé Le Devoir mardi. Mais selon le Globe and Mail, qui a le premier publié l’histoire, Mme Roach raconte avoir pu à cet événement parler 10 minutes avec M. Blair. « Je lui ai expliqué que l’industrie du cannabis devait rester indépendante et il m’a répondu que ce n’était pas une question d’argent », a-t-elle dit au Globe. La dame ne regrette pas ses 150 $. « Cela a valu la peine parce que j’ai pu exposer notre point de vue sur l’industrie du cannabis à différentes personnes. Il y avait beaucoup d’autres gens de l’industrie du cannabis qui tentaient d’obtenir son attention. »

 
Remboursement annoncé

Le Parti libéral a indiqué mardi qu’il rembourserait les contributions de Mme Roach. « Même si le Code de déontologie des lobbyistes stipule clairement que ces personnes peuvent participer à des activités de financement de la base, nous nous affairons à leur rembourser leurs contributions afin d’éviter toute apparence de conflit d’intérêts », explique par courriel la porte-parole du PLC, Marjolaine Provost. « Ces contributions correspondent à trois billets achetés par Avital Hod, désignée sous le nom d’Abi Roach dans l’article du Globe and Mail. »

Après vérification, aucune Abi Roach ni aucun Avital Hod ne figurent au registre des lobbyistes du Canada. Une seule entrée pour le CFBA y figure, celle du sondeur Quito Maggi, qui avait reçu de l’association le mandat de mener une enquête d’opinion publique sur la marijuana. En entrevue avec Le Devoir, M. Maggi explique qu’il s’est inscrit au registre des lobbyistes « par excès de prudence »,bien que son mandat ne prévoyait pas de contact avec des titulaires de charges publiques. Son inscription date du 28 avril et s’est terminée le 16 novembre.

Cette date correspondant à celle de l’activité de financement « et par conséquent, le parti ne pouvait être au courant de leurs activités au moment de l’événement », justifie Mme Provost. Le Parti libéral s’est donné comme politique de ne pas cibler pour du financement les « lobbyistes ou les firmes de lobbying ».

À la Chambre des communes, les conservateurs ont rivalisé d’imagination pour reprocher cette soirée aux libéraux. Leur éthique « s’envole en fumée », a dit l’un, ils ont une conception « brumeuse » de leurs propres règles de financement, a continué un autre. Un député a même parlé d’événements « hash for access », un pastiche de la formule « cash for access » privilégiée en anglais pour désigner ces cocktails de financement.

Le premier ministre Justin Trudeau s’en est tenu à sa défense habituelle, à savoir que « le Parti libéral respecte toujours toutes les règles » et que les règles fédérales de financement politique sont « parmi les plus sévères non seulement à travers le pays, mais dans le monde ».

3 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 30 novembre 2016 02 h 29

    que c'est devenu la norme

    Ne me parler plus des libéreaux le coeur me lève a chaque fois, avez vous vu ces parvenus des vrais prédateurs, il faut dire qu'ils n'ont pas beaucoup d'exemples a se mettent sous la dent, on dirait qu'ils sont tous sortis du meme collège pour recallés pour eux faire parti du gouvernement est d'une chance invraisemblable, un cadeau comme ca arrive rarement, j'espere que les suivants ne se mettrons pas a croire que c'est devenu la norme

  • Patrick Daganaud - Abonné 30 novembre 2016 02 h 45

    Tant qu'il le dit...

    « le Parti libéral respecte toujours toutes les règles »

    C'est aussi crédible que ses promesses écologiques!

  • Nicole Delisle - Abonné 30 novembre 2016 08 h 34

    Qu'on nous respecte en tant que citoyen, s.v.p.

    Si les règles sont respectées, le sens de l'éthique lui ne l'est pas. Et il ne semble pas très développé chez les ministres libéraux! C'est une insulte à l'intelligence des citoyens que d'essayer de leur faire croire que des personnes ne profitent pas de ces activités de financement pour parler au ministre présent et chercher à l'influencer sur certaines décisions qui les concernent. Et il semble que ce soit populaire depuis quelque temps! Que M. Trudeau arrête de se défendre et tienne compte de notre préoccupation!