Les violences sexuelles loin d’être enrayées dans l'armée

Le général Vance se dit « extrêmement déçu », d’autant que les 960 cas recensés se sont produits après qu’il avait donné l’ordre à ses troupes de changer leur comportement.
Photo: Sean Kilpatrick La Presse canadienne Le général Vance se dit « extrêmement déçu », d’autant que les 960 cas recensés se sont produits après qu’il avait donné l’ordre à ses troupes de changer leur comportement.

Un changement de culture peut prendre une décennie à opérer, de l’avis même du leadership des Forces armées canadiennes (FAC). Aussi ne faut-il pas s’étonner si, une année après la mise en place de l’Opération Honneur visant à enrayer l’inconduite sexuelle dans les rangs militaires, les agressions, les attouchements et les propos dégradants y sont encore omniprésents.

Les FAC ont commandé à Statistique Canada un sondage pour chiffrer la prévalence de l’inconduite sexuelle parmi ses membres des forces régulières et de la première réserve. Près de 82 000 personnes étaient visées par le sondage et plus de 43 000 ont répondu entre avril et juin dernier. Si le taux de réponse est réjouissant, les résultats obtenus sont, eux, accablants.

Ainsi, 1,7 % des répondants affirment avoir été victimes d’agression sexuelle au cours de la dernière année. Ce chiffre est de 0,9 % pour la population générale, un taux qui, dans ce cas, ne se limite pas aux agressions subies en milieu de travail ou infligées par des collègues. Cette statistique globale cache en outre un fossé genré : 4,8 % des femmes, mais seulement 1,2 % des hommes rapportent avoir été agressés sexuellement dans les FAC au cours des 12 derniers mois. Sur l’ensemble de leur carrière militaire, le taux atteint 27 % chez les femmes et 3,8 % chez les hommes.

Important écart

Les formes plus graves d’agressions ont été moins fréquentes, mais l’écart hommes-femmes y est encore plus prononcé. Au total, 0,3 % des membres des FAC disent avoir subi une attaque de nature sexuelle, mais le taux des femmes étaient cinq fois plus élevé que celui des hommes. Et si 0,2 % ont subi des actes sexuels auxquels ils ne pouvaient consentir (parce qu’ils étaient sous l’emprise de l’alcool, de la drogue ou qu’ils dormaient), cette statistique se conjugue six fois plus souvent au féminin.

« J’ai demandé ce sondage parce que je voulais avoir un point de référence », a rappelé en conférence de presse le chef d’état-major, Jonathan Vance. « En août, j’ai dit que je m’attendais à ce que les résultats fassent réfléchir. Et malheureusement, ils font réfléchir. […] La conduite sexuelle inappropriée est un vrai problème au sein de notre institution. »

À la suite d’une enquête du magazine L’Actualité, un rapport avait été commandé à la juge Marie Deschamps. Elle a conclu en mai 2015 qu’un « climat de sexualisation » prévalait au sein des FAC, créant un environnement de travail « hostile » pour les femmes. L’Opération Honneur, mise en place par le général Vance à son entrée en fonctions, vise à rectifier le tir. Une vidéo de critiques du leadership adressée aux membres des FAC circulera sous peu.

Une culture

Le général Vance se dit « extrêmement déçu », d’autant que les 960 cas recensés se sont produits après qu’il avait donné l’ordre à ses troupes de changer leur comportement. « Mes ordres étaient clairs et mes attentes étaient claires. Ceux qui ont choisi de ne pas s’y conformer feront face aux conséquences disciplinaires ou administratives. » Dans 49 % des cas d’agressions visant des femmes, l’agresseur était un superviseur ou quelqu’un occupant un grade supérieur au leur.

L’adjudant-chef Kevin West (le militaire de rang le plus élevé en grade) reconnaît que la culture hostile aux femmes est encore omniprésente dans les rangs militaires canadiens, mais il prêche la patience. « Ça fait un an et demi, peut-être deux ans que le rapport de Mme Deschamps est sorti. Un changement de culture, normalement, ça se passe en décennies. Ça prend trois générations à changer une culture. » Il estime que ce sondage confondra les sceptiques. « Quand le rapport de Mme Deschamps est sorti, moi inclus et beaucoup d’autre monde pensions “Ça fait 30 ans que je travaille dans cette organisation, ça ne peut pas être si grave que ça.” Mais là, ça nous dit que oui, Mme Deschamps était pas mal sur la cible. »

Dénoncer ou pas ?

Le sondage de Statistique Canada met par ailleurs en lumière une contradiction profonde. D’une part, 81 % des répondants (74 % des femmes) ont dit que les plaintes concernant un comportement sexuel inapproprié sont ou seraient prises au sérieux. D’autre part, 59 % des victimes n’ont pas porté plainte. Du lot des victimes ayant gardé le silence, 43 % se sont tues parce qu’elles ont réglé le problème elles-mêmes, et 35 % des femmes par peur des conséquences négatives pour elles d’une dénonciation.

On apprend néanmoins que depuis le début de l’Opération Honneur, 30 militaires se sont fait retirer leur poste de superviseur, dont 18 de manière permanente, à la suite de plaintes. Cinq cas ont débouché sur un procès militaire, dont quatre se sont soldés par une condamnation. Deux autres procès auront lieu cette semaine. Il y a eu neuf autres condamnations résultant de procédures sommaires. De plus, 83 autres dossiers ont débouché sur des mesures administratives.


 
2 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 29 novembre 2016 08 h 36

    pauvres nous et surtout pitié pour nos femmes

    c'est clair, nous sommes une société violente envers les femmes et ce n'est pas juste une affaire des non éduqués, quand allons nous nous rendrent compte que c'est le cheval de bataille des papistes, et ce depuis tres longtemps, enfin je suis vieux et cette lutte n'est plus de mon temps, peut etre pourrais-je ajouter, aussi la liberté des québécois, mais c'est un dossier trop complexe a démontrer, les papistes ont diriger le monde depuis tellement longtemps,

  • Clifford Blais - Inscrit 29 novembre 2016 09 h 43

    Culture masculine de l'armé au détriment des femmes.

    Quand le ratio des femmes sera d'au moins 40% des effectifs dans les forcesm armées canadiennes, est-ce que la culture masculine sera modifiée ?