Le calvaire des musulmans Rohingyas

Des étudiants indonésiens ont tenu jeudi une manifestation devant l'ambassade du Myanmar, en solidarité avec les musulmans Rohingyas.
Photo: Achmad Ibrahim Associated Press Des étudiants indonésiens ont tenu jeudi une manifestation devant l'ambassade du Myanmar, en solidarité avec les musulmans Rohingyas.

Viols en réunion, tortures, meurtres et massacres : les témoignages des musulmans Rohingyas fuyant par milliers la Birmanie bouddhiste vers le Bangladesh font état de violences inouïes que leur font subir les soldats birmans.

John McKissick, directeur du Haut Commissariat des Nations pour les réfugiés (UNHCR) dans la ville bangladaise frontalière de Cox’s Bazar (sud), a estimé sur la BBC que ces actes s’apparentaient à un « nettoyage ethnique ».

Quelque 30 000 personnes ont été déplacées par les violences qui ont fait des dizaines de morts depuis octobre dans l’État de Rakhine, dans l’ouest de la Birmanie, où se concentrent les Rohingyas, selon l’ONU.

M. McKissick a indiqué que les soldats de l’armée birmane « tuaient des gens, leur tiraient dessus, massacraient des enfants, violaient des femmes, brûlaient et pillaient des maisons, obligeant ces gens à traverser la rivière » pour gagner le Bangladesh.

Ignorant les pressions de la communauté internationale l’exhortant à ouvrir sa frontière pour éviter une crise humanitaire, les autorités bangladaises ont appelé la Birmanie à prendre des « mesures urgentes » pour que cesse l’entrée sur son territoire des Rohingyas.

Le Bangladesh a ainsi renforcé la surveillance et ses patrouilles à l’extrême sud-ouest de son territoire pour tenter d’empêcher les passages de nuit. Ceux qui sont interpellés sont refoulés vers la Birmanie.

« Il est très difficile pour le gouvernement bangladais de déclarer ouverte sa frontière, car ceci pourrait encourager le gouvernement birman à perpétuer les atrocités et les pousser dehors, jusqu’à atteindre son objectif final de nettoyage ethnique de la minorité musulmane de Birmanie », a expliqué M. McKissick.

Le témoignage de Mohammad Ayaz, jeudi, relatant comment les soldats avaient attaqué son village et tué sa femme enceinte, illustre le degré de souffrances vécues par les Rohingyas, considérés comme des étrangers par la Birmanie bien que certains y soient présents depuis plusieurs générations.

Berçant son garçonnet de deux ans, Mohammad raconte que les soldats ont tué au moins 300 personnes sur le marché de son village et violé en réunion des dizaines de femmes avant d’incendier environ 300 maisons, des commerces tenus par des musulmans, et la mosquée où il officiait comme imam.

« Ils ont tué par balles ma femme Jannatun Naim. Elle avait 25 ans et était enceinte de sept mois. Je me suis réfugié sur un canal avec mon fils de deux ans blessé par une crosse de fusil », a-t-il raconté à l’AFP.

L’armée birmane a démenti avoir incendié des villages, accusant les Rohingyas d’avoir commis eux-mêmes ces actes.

Jannat Ara a, quant à elle, raconté qu’elle avait fui avec des voisins après l’arrestation de son père et la disparition de sa soeur de 17 ans.

« Nous avons entendu qu’ils (les soldats birmans) l’avaient torturée à mort. Je ne sais pas ce qu’il est arrivé à ma mère », a ajouté Ara, entrée au Bangladesh mardi.

Des responsables de la communauté Rohingya ont indiqué que des centaines de familles s’étaient réfugiées dans des camps dans les villes frontalières de Teknaf et Ukhia, et qu’ils étaient nombreux à se cacher par peur d’être renvoyés en Birmanie.

Mercredi, la police de la ville de Cox’s Bazar a indiqué avoir interpellé 70 Rohingyas, dont des femmes et des enfants et son intention de les refouler vers la Birmanie.

« Ils ont menotté même les jeunes filles et les enfants et les ont emmenés pour les renvoyer en Birmanie », a déclaré l’un des responsables Rohingyas sous couvert de l’anonymat, ajoutant que les réfugiés feraient face à une « mort certaine » s’ils devaient rentrer en Birmanie.

La minorité musulmane des Rohingyas en Birmanie est forte d’un million de personnes dans cette région de l’État de Rakhine.

Des dizaines de milliers d’entre eux vivent dans des camps de déplacés depuis des affrontements meurtriers entre bouddhistes et musulmans en 2012.

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