Ottawa compte acheter 18 Super Hornet

Le général Jonathan Vance, en compagnie de Harjit Sajjan et Judy Foote
Photo: Sean Kilpatrick La Presse canadienne Le général Jonathan Vance, en compagnie de Harjit Sajjan et Judy Foote

Le gouvernement Trudeau n’a toujours pas de solution au fiasco des F-35 et repousse donc de cinq ans sa décision dans ce dossier. D’ici là, les libéraux comptent acheter 18 avions de chasse Super Hornet à un prix qu’ils refusent de dévoiler.

Le plan de match des libéraux est tombé mardi midi : le gouvernement de Justin Trudeau promet toujours un appel d’offres pour choisir l’appareil qui remplacera sa flotte de CF-18, mais le processus prendra du temps. Entre-temps, Ottawa tentera de négocier avec Boeing l’achat d’une flotte provisoire « à un coût, dans un délai, à un niveau de capacité et à une valeur économique acceptables pour le Canada ».

Coût inconnu

Les ministres dépêchés pour cette annonce n’ont pas voulu chiffrer la facture anticipée. « Nous avons une idée de ce que cela coûtera. Mais nous devons entamer les négociations avec Boeing. […] Lorsque l’on sera convaincus qu’ils peuvent assumer la tâche, à un prix qui soit juste pour les Canadiens, ce prix sera rendu public », a rétorqué la ministre des Services publics et de l’Approvisionnement, Judy Foote.

Le gouvernement et la Défense insistent pour dire qu’il y a urgence d’agir, car l’Aviation royale canadienne peine à assumer à la fois ses obligations envers l’OTAN et celles au Commandement de la défense aérospatiale de l’Amérique du Nord (NORAD). Qui plus est, l’Aviation n’a pas les moyens de faire quoi que ce soit d’autre, a renchéri le chef d’état major de la Défense. « Ce ne sont pas juste les missions déployées. C’est de prévenir, c’est la défense du Canada. C’est la capacité de répondre à un autre incident du même genre que le 11 septembre 2001 », a argué le général Jonathan Vance. Ne se fier qu’à la flotte vieillissante de CF-18 « serait imprudent et irresponsable », a renchéri le ministre de la Défense Harjit Sajjan. La flotte de chasseurs canadiens a plus de 30 ans, et 77 des 138 appareils sont encore en service.

Les libéraux n’ont pas non plus précisé le montant de la facture totale ni le nombre d’appareils qui pourraient être achetés au terme de l’appel d’offres dans cinq ans — soit après la prochaine élection. L’ancien gouvernement conservateur avait prévu 9 milliards pour l’achat de 65 F-35. Un rapport indépendant chiffrait leur coût pour une durée de vie d’une trentaine d’années à 46 milliards.

David Perry, analyste à l’Institut canadien des affaires mondiales, s’explique mal l’échéancier « excessif » du gouvernement. L’appel d’offres pourrait selon lui être bien plus rapide et lancé dès aujourd’hui. « Ce dossier a été étudié jusqu’à plus soif », a-t-il fait valoir au Devoir.

Les libéraux avaient promis en campagne électorale l’achat d’avions « plus abordables ». Le ministre Sajjan a évité de confirmer si ce serait le cas. Mais David Perry souligne que l’achat d’une flotte provisoire sera « plus cher » puisque « vous en faites rouler deux [flottes] à la fois ».

Le Koweït vient d’acheter 40 Super Hornet au prix moyen de 335 millions par appareil. Mais cette commande inclut huit appareils équipés pour une guerre électronique, selon Radio-Canada. Difficile de prédire la facture pour Ottawa, puisque comme pour l’achat d’une voiture, tout dépend de la batterie d’options que choisit l’acheteur, illustre M. Perry.

« Promesse brisée »

Les troupes de Justin Trudeau avaient en outre promis de tenir un appel d’offres et de mettre de côté le F-35. « Quiconque répond aux critères et veut soumissionner sera certainement admissible », a toutefois confirmé la ministre Foote. Exclure Lockheed Martin aurait exposé le fédéral à une poursuite onéreuse.

Les partis d’opposition ont accusé les libéraux de piper les dés en octroyant tout de suite une commande à Boeing. « Cela biaise le processus et cela porte préjudice au futur appel d’offres », a déploré le conservateur James Bezan, puisque le fédéral risque de vouloir éviter d’avoir une flotte de deux types d’appareils qui lui coûterait plus cher à maintenir. « Le gouvernement brise une de ses promesses électorales phares, qui était d’avoir un appel d’offres ouvert », a renchéri Randall Garrison du NPD.

Les libéraux ont argué que le Super Hornet n’est plus en phase de développement, et plaidé l’importance de l’interopérabilité au sein du NORAD.

2 commentaires
  • Bernard Terreault - Abonné 23 novembre 2016 08 h 07

    Les meilleurs, les plus chers

    Coûtent des centaines de millions chacun, mais pratiquement inutiles contre des fanatiques à l'armement primitif de quelques centaines de dollars. Juste pour que nos militaires puissent bomber le torse. Si au moins il y avait des retombées économiques dans notre pays, si la moitié des composants étaient fabriqués à Longueuil par Pratt&Whitney ou Héroux-Devtek, ou par Bombardier à St-Laurent ou par je ne sais quel fabricant canadien d'électronique ou de pièces métalliques sophistiquées.

  • Jean-Pierre Martel - Abonné 23 novembre 2016 08 h 54

    Six milliards$ de gaspillage

    Que ce soit une dépense de 45 milliards$ ou de 6 milliards$, cela demeure un gaspillage des fonds publics.

    Le contrat conservateur n'avait que 1% de retombées économiques pour le Canada. Celui des Libéraux, c'est un secret.

    Mais la question fondamentale est de savoir si nous avons absolument besoin de ces chasseurs bombardiers.

    À long terme, le Canada doit se préparer à la possibilité d'un conflit avec la Chine ou la Russie. Présentement, la force militaire des États-Unis est cinq fois supérieure à celle de la Russie. Ces pays ne se risqueront pas à se mesurer aux États-Unis tant que ces derniers conserveront une suprématie militaire écrasante.

    D’ici là, le Canada aura plutôt à participer à des opérations anti insurrectionnelles comme celles menées en Afghanistan. Or dans de tels conflits, les hélicoptères et les drones sont nettement plus utiles que des chasseurs bombardiers dernier cri.

    Quant aux bombardements en Syrie, ils servent à rassurer ceux qui n'ont pas compris que conquête inévitable du califat ne règlera rien puisque l'ÉI ne fera que disparaître dans la clandestinité, comme Al-Qaida.

    Dans toute l’histoire militaire du pays, le Canada a fait l’acquisition de plus de mille avions de chasse dont moins de cinquante ont été utilisés au combat.

    Jusqu’ici, le Canada n’a déployé ses avions de chasse qu’en nombre limité et seulement lorsque la suprématie des airs était déjà acquise à ses alliés.

    Les 1 053 autres chasseurs bombardiers servent donc à décorer magnifiquement les hangars dans lesquels le Canada les a entreposés afin de les protéger des intempéries. Seize de plus ne changeront pas grand chose.