Haïti: donner la priorité aux femmes

La ministre du Développement international, Marie-Claude Bibeau, a fait la lecture à des écolières de l’école du camp Perrin, en Haïti.
Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne La ministre du Développement international, Marie-Claude Bibeau, a fait la lecture à des écolières de l’école du camp Perrin, en Haïti.

Au terme d’un voyage de 48 heures en Haïti, la ministre fédérale du développement international, Marie-Claude Bibeau, a annoncé l’octroi d’un budget supplémentaire de 54 millions en cinq ans pour Haïti, dont deux millions seront consacrés à l’aide d’urgence, dans la foulée des dégâts de l’ouragan Matthew. La ministre a aussi clairement annoncé son intention d’accorder la priorité aux projets touchant les femmes et les filles. Cette orientation va d’ailleurs dans le sens de la nouvelle politique fédérale en matière d’aide internationale, qui doit être dévoilée en janvier.

Faire une différence

« On a fait une consultation au Canada auprès de 65 missions », a dit la ministre, jointe en Haïti. Ces consultations ont confirmé que « les groupes de femmes et de filles peuvent faire la différence », a-t-elle dit. Non seulement les femmes souffrent davantage de la violence et des catastrophes naturelles, mais elles ont un impact très positif sur les efforts de reconstruction, poursuit la ministre.

Or, à l’heure actuelle, seulement 2 % des projets visent directement les femmes, soutient-elle.

« Maintenant, j’exige de tous les partenaires qu’ils consultent les femmes localement », dit-elle.

À ce jour, les partenaires accueillent favorablement cette orientation, dit-elle.

« On ne s’y oppose pas, au contraire », dit France-Isabelle Langlois, du Centre d’étude et de coopération internationale (CECI), qui mène plusieurs projets en Haïti. La ministre a même, à un certain moment, parlé d’« approche féministe », relève-t-elle. Par opposition, le gouvernement Harper ne ciblait les femmes que dans le cadre de projets sur la santé maternelle. « Les femmes sont souvent des piliers [des communautés], des chefs de famille », dit-elle, ajoutant que l’argent investi auprès d’elles donne aussi de « meilleurs résultats ».

À Développement et Paix, qui oeuvre également en Haïti, on se réjouit de cette aide additionnelle qui a un peu tardé, après les dommages causés par Matthew.

« Lorsqu’il y a des catastrophes naturelles ou des guerres, ce sont souvent les femmes et les enfants qui sont les premiers touchés et qui souffrent le plus », dit Guy Desaulniers, coordonnateur de l’aide humanitaire chez Développement et Paix.

« Cette aide veut rejoindre cette population et nous sommes tout à fait en accord » avec cette orientation, dit-il.

Tous constatent par ailleurs les traces terribles que Matthew a laissées derrière lui. Le cyclone a détruit les récoltes du sud de l’île, qui était aussi son grenier. Cette situation fait courir le risque que l’île soit plongée dans la famine, puisque l’importation de denrées de l’extérieur est beaucoup plus coûteuse. Les habitants, qui sont souvent laissés sans abri même en pleine saison des pluies, ne pourront pas planter avant le mois de février.

« Le gouvernement haïtien a refusé de décréter l’état d’urgence pour pouvoir tenir ses élections », ajoute M. Desaulniers. Ces élections sont prévues dimanche.

Le décret d’un état d’urgence a l’avantage de sensibiliser la communauté internationale aux conséquences d’un désastre.

L’ouragan a non seulement détruit les récoltes, mais il a affecté le couvert forestier et l’industrie de la pêche, constate la ministre Bibeau.

Une fois de plus en Haïti, tout, ou presque, est à refaire.

2 commentaires
  • Jean-Pierre Grisé - Abonné 19 novembre 2016 18 h 31

    A l'évidence partout

    les femmes sont l'espoir de l'humanité.

  • Hélène Gervais - Abonnée 20 novembre 2016 07 h 32

    Tout est toujours à refaire ...

    en Haïti malheureusement quand ce ne sont pas des despotes qui règnent depuis les duvalier, ce sont les ouragans et les tremblements de terre qui sévissent. Les gens sont courageux là-bas. Oui les femmes sont les mieux placées pour reconstruire ce pays à chaque catastrophe. Mais l'aide arrive soudent dans les mains des dirigeants de ce pays et ne va pas là où il devrait aller j'ai l'impression.