Le fédéral critiqué de toutes parts

Le 4 novembre, la Corporation de l'aéroport de Mascouche a reçu le feu vert d’Ottawa pour déménager les installations de l’actuel aéroport, tout près, à la limite des territoires de Mascouche et de Terrebonne.
Photo: Gilles Douaire / CC Le 4 novembre, la Corporation de l'aéroport de Mascouche a reçu le feu vert d’Ottawa pour déménager les installations de l’actuel aéroport, tout près, à la limite des territoires de Mascouche et de Terrebonne.

La décision d’Ottawa d’autoriser le déménagement de l’aéroport de Mascouche fait beaucoup réagir. De l’Union des producteurs agricoles (UPA) à l’Assemblée nationale, en passant par le Bloc québécois, on reproche au ministre Marc Garneau d’avoir fait fi des intérêts du Québec.

« La loi fédérale permet des décisions unilatérales, ça ne tient pas compte des intérêts du Québec », a déclaré le député bloquiste du comté, Luc Thériault, en marge d’une sortie publique, jeudi. Le fédéral, dit-il, devrait écouter « l’ensemble du milieu, qui parle d’une seule voix, versus une centaine de pilotes locataires qui veulent avoir un jouet ».

Rappelons que la Corporation de l’aéroport de Mascouche, le 4 novembre, a reçu le feu vert d’Ottawa pour déménager les installations de l’actuel aéroport, tout près, à la limite des territoires de Mascouche et de Terrebonne.

Le nouveau site a l’avantage d’être plus éloigné des secteurs résidentiels, mais plusieurs groupes s’y opposent, parce qu’il se retrouve sur des terres agricoles et abrite notamment des milieux humides et des boisés protégés.

« Nous sommes très déçus. C’est comme si on se faisait dire que ce n’est pas important de protéger nos meilleures terres. C’est inacceptable ! », déclare Stéphane Sansfaçon, président de la section locale de l’Union des producteurs agricoles (UPA).

Les municipalités de Mascouche et de Terrebonne s’y opposent également, ainsi que les membres de la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM), parce que le projet contrevient à son schéma d’aménagement et aux règles visant à protéger les corridors forestiers métropolitains.

Tous reprochent au fédéral d’avoir imposé cette décision de façon unilatérale. Or il en a tout à fait le droit, depuis qu’un jugement de la Cour suprême, rendu en 2010, a fait en sorte que les aérodromes ne sont plus assujettis aux lois provinciales ou municipales.

Mercredi, l’Assemblée nationale a adopté à l’unanimité une motion qui demande à Ottawa « de prendre acte de l’opposition des citoyens et des élus locaux et dénonce l’autorisation émise par Transport Canada pour la construction d’un nouvel aéroport à Mascouche, à deux kilomètres de l’actuel site ».

Pour Mathieu Lemay, le député de la Coalition avenir Québec (CAQ) qui a présenté la motion, le gouvernement du Québec aurait dû agir. « Le lieu choisi aujourd’hui pour la construction de l’aéroport n’est pas le bon, et ça, c’est unanime localement. Malgré cela, les libéraux ont laissé le fédéral négocier seul avec les promoteurs, sans dire un seul mot », a-t-il fait valoir dans un communiqué.

Précédents

Ce n’est pas une première. À Neuville, un aérodrome a pu se développer malgré l’opposition de la municipalité, et le même scénario est en train de se reproduire à Saint-Cuthbert, dans Lanaudière.

La décision dérange d’autant plus que le gouvernement fédéral n’a pas expliqué publiquement pourquoi il avait décidé de donner son accord.

La seule documentation disponible est la lettre transmise à la Corporation. Dans le texte, on affirme que « le ministre reconnaît l’apport économique d’un tel projet » et que le nouvel aérodrome « permettra aux écoles de pilotage déjà établies à l’aéroport existant de poursuivre leurs activités et de former les pilotes de demain ». Jeudi, le responsable de la Corporation, Yvan Albert, ne nous a pas rappelé.

En réponse aux questions du Devoir, Transport Canada a répondu par courriel que la population avait été consultée. Or cette consultation est contestée de toutes parts, parce qu’elle a été menée par le promoteur et n’est pas jugée neutre.

« Lors du processus de consultation, tous les intervenants, de même que les citoyens, ont été invités à soumettre leurs commentaires au sujet du projet d’aménagement d’un aérodrome, a répondu la porte-parole de Transport Canada. Ces commentaires ont été pris en considération lors de l’évaluation du projet. Après l’évaluation du rapport de consultation publique du promoteur, Transport Canada est satisfait des conclusions contenues dans le rapport et a décidé de ne pas s’opposer à l’aménagement de cet aérodrome. »

Beaucoup d’éléments restent en suspens dans ce dossier, notamment les responsabilités de la Ville de Mascouche. En 2014, la Ville s’était engagée à verser trois millions à la Corporation si elle acceptait de quitter l’ancien site. Mascouche voulait ainsi récupérer les terrains pour y faire du développement résidentiel.

Après cela, différents sites ont été envisagés, à Saint-Roch-de-l’Achigan, à 15 kilomètres de là, puis à Mirabel, mais la Corporation a finalement opté pour le site de Mascouche-Terrebonne. La Ville s’est opposée à ce choix, mais on ignore ce qu’il adviendra du protocole d’entente de trois millions. Jeudi, on n’a pas voulu nous répondre, mais on nous a renvoyé à un communiqué laconique dans lequel le maire Guillaume Tremblay « réitère son opposition au présent projet ».

5 commentaires
  • Jean Richard - Abonné 11 novembre 2016 09 h 47

    Mirabel ?

    On a fermé un aérodrome existant, aérodrome qui avait la particularité de ne pas être trop dérangeant, étant situé à proximité de deux autoroutes très achalandées. Et quand on lit qu'il est probable que les terrains récupérés servent à la construction d'édifices d'habitation en copropriété, on peut sourire. Les promoteurs devront se faire convaincants pour vendre leurs beaux condos avec vue (et ouie) sur l'autoroute.

    Pour remplacer l'aérodrome perdu, on va maintenant défricher un bout de forêt à proximité d'un site d'épuration et semble-t-il, un bout de terre agricole pour faire une seconde piste. C'est, bien sûr, une façon de gruger petit à petit des pans de territoire qui ne devraient pas l'être. Et c'est une façon de participer à l'étalement urbain par aérodrome interposé, sans avoir l'air d'avoir empiété sur les espaces agricoles et la forêt.

    Il y a pourtant dans la région un immense aérodrome tout-à-fait sous-utilisé, pour lequel on a sacrifié des hectares et des hectares de terres agricoles, et qui a bien des atouts pour accueillir les écoles de pilotage. Il s'appelle Mirabel. Son aérogare vient d'être démollie car il n'y a plus de passagers. L'aéroport de Mirabel a maintenant une vocation purement industrielle. Il y a donc place pour des écoles de pilotage – et la petite industrie qui gravitait autour de l'aérodrome de Mascouche.

    À Mirabel, les zones d'approche et de départ sont bien dégagées ; pas de risque d'atterrissage forcé dans une piscine de bungalow. La présence de contrôleurs aériens contribuent à un niveau de sécurité beaucoup plus élevé, en plus de permettre aux élèves pilotes d'apprendre dès le départ à évoluer en espace aérien contrôlé.

    Pourquoi Mirabel a-t-il été écarté du scénario des solutions ? Transports Canada connaît probablement la réponse...

  • Gilles Teasdale - Abonné 11 novembre 2016 09 h 50

    Mission

    Il y a surement des magouilleurs libéral derrière tout ça.

    • Gilles Théberge - Abonné 11 novembre 2016 13 h 31

      On ne le saura que beaucoup plus tard. Quand il sera troip tard.

      Exactement comme dans l'affaire de la SIQ.

  • Claude Gélinas - Abonné 11 novembre 2016 10 h 21

    L'acceptabilité sociale, un concept non respecté !

    Suite au refus du Ministre fédéral des Transports de refuser l'érection d'un nouvel aéroport à Toronto pour des raisons de non-acceptabilité sociale il était espérer que toujours dans la même veine il maintienne le cap et refuse le déménagement de l'aéroport de Mascouche.

    Mais non ! À nouveau, c'est la politique du deux poids deux mesures sans oublier que Toronto a l'avantage d'avoir au cabinet la présence du Ministre des finances, un poids lourd.

    L'acceptabilité sociale est devenue un fourre-tout bien utile en campagne électorale mais inutile après les élections. À cet égard, il faut rappeler le refus d'Hydro-Québec de protéger la beauté du paysage de St-Hippolyte alors que cela représentait l'enfouissement des fils sur moins de 1% du traçé. Encore là, l'acceptabilité sociale n'était pas au rendez-vous ! En revanche, dans son traçé aux États-Unis, Hydro-Québec doit enfouir une partie de ses fils en raison de la résistance des citoyens.

  • Gilles Théberge - Abonné 11 novembre 2016 13 h 35

    Il faudrait que vous mettiez la «face» de Garneau sous cette rubrique.

    Car c'est lui, le ministre fédéral des Transport, qui impose littéralement une décision unilatérale et pratiquement arbitraire dans ce dossier.

    Qui fait d'ailleurs l'objet d'une réprobation sociale totale...