Mettre le Canada sur le radar républicain

Justin Trudeau, diplomatique, a félicité le nouveau président élu des États-Unis. Malgré cette politesse requise, le choc était visible.
Photo: Sean Kilpatrick La Presse canadienne Justin Trudeau, diplomatique, a félicité le nouveau président élu des États-Unis. Malgré cette politesse requise, le choc était visible.

Le gouvernement Trudeau semblait tout aussi sonné qu’une bonne part des Américains, au lendemain de l’élection de Donald Trump. La réaction du premier ministre s’est faite discrète, polie, se résumant à une promesse de travailler avec son nouvel homologue. Une tâche que les experts entrevoient avec un optimisme inégal.

La réponse de Justin Trudeau à l’élection américaine était presque mécanique, mercredi. « La relation entre le Canada et les États-Unis est fondée sur des valeurs, des espoirs et des rêves communs. Et nous travaillerons toujours bien ensemble, a-t-il répété. Nous entendons des Canadiens et des Américains des deux côtés de la frontière qui veulent tous une chance réelle et équitable de réussir […]. Nous partageons les mêmes objectifs. […] Et nous avons besoin d’avoir des gouvernements qui écoutent et qui répondent à ces inquiétudes et à ces espoirs », a poursuivi M. Trudeau, en tentant d’analyser les résultats électoraux.

Frictions diplomatiques

Nonobstant ce message optimiste, le choc était visible dans les rangs diplomatiques. Une diplomate en poste au Maghreb a même parlé de « cauchemar » sur les réseaux sociaux.

L’ancien conseiller de M. Trudeau en affaires étrangères, le politologue Roland Paris, nuance qu’il faudra attendre de voir ce que fait Donald Trump de ses promesses, comme celle de renier l’Accord de libre-échange nord-américain. Barack Obama avait, lui aussi, critiqué l’ALENA en briguant la présidence.

Ottawa devrait cependant militer immédiatement auprès de l’entourage de Donald Trump et d’élus du Congrès. « Nous devons être proactifs et démontrer rapidement qu’il est dans l’intérêt des États-Unis de préserver cette proche relation », qui « représente des millions d’emplois américains », a fait valoir au Devoir M. Paris, professeur à l’Université d’Ottawa. Déjà, mercredi, l’ambassadeur canadien aux États-Unis, David McNaughton, s’est dit « prêt à discuter » de l’ALENA.

Bien qu’il existe « d’importantes différences philosophiques entre les deux hommes », M. Paris estime que le gouvernement Trudeau saura convaincre l’homme d’affaires Donald Trump des bienfaits du commerce entre les deux pays.

Pour l’ancien ambassadeur à Washington, Raymond Chrétien, il ne fait cependant pas de doutes que « la relation va se corser et se compliquer ». Justin Trudeau veut renouer avec les Nations Unies, que n’affectionne pas Donald Trump. Le Canadien promet des missions de paix et s’est retiré des bombardements de la mission contre le groupe armé État islamique ; l’Américain prévient qu’il ne défendra pas, au sein de l’OTAN, les pays qui ne financent pas suffisamment leurs armées (ce dont le Canada pourrait être accusé). L’élection d’un protectionniste à la présidence laisse aussi présager des négociations « très compliquées » sur le bois d’oeuvre, selon M. Chrétien, aujourd’hui associé chez Fasken Martineau. « Il y a bien des zones où on ne verra pas les choses de la même façon. Mais je pense que M. Trudeau et son équipe ne vont pas plier l’échine. »

Les conservateurs se sont, eux aussi, montrés prudents, la chef par intérim, Rona Ambrose, se contentant d’une réaction écrite qui somme Justin Trudeau de régler le conflit du bois d’oeuvre et de défendre l’ALENA et le Partenariat transpacifique.

Les conservateurs se sont cependant réjouis de l’appui de Donald Trump au projet d’oléoduc Keystone XL. Mme Ambrose a pressé M. Trudeau d’en parler au président élu « le plus tôt possible et de faire de l’approbation de ce projet, créateur d’emplois, une priorité absolue ».

Le chef du NPD, Thomas Mulcair, a souhaité tout le contraire, arguant qu’il serait « impossible » pour les deux pays d’atteindre leurs objectifs, définis dans l’Accord de Paris, « si on ouvre les vannes de l’oléoduc Keystone ».

Trump, fasciste ?

Thomas Mulcair n’a pas mâché ses mots, ces derniers mois, pour dénoncer Donald Trump, le traitant même de « fasciste » à plus d’une reprise. Le leader néodémocrate s’est abstenu de répéter le qualificatif, mercredi. « Je n’ai jamais changé mon opinion là-dessus et je maintiens ce que j’ai toujours dit », a-t-il simplement affirmé, en appelant le gouvernement Trudeau à « se tenir debout » face au discours « raciste, sexiste » et « islamophobe » de M. Trump.