Un voisin à surveiller

Le Canada et les États-Unis devront négocier un accord sur le bois d’œuvre.
Photo: Chuck Stoody La Presse canadienne Le Canada et les États-Unis devront négocier un accord sur le bois d’œuvre.

Justin Trudeau a pris soin, depuis des mois, de ne jamais s’immiscer dans la campagne électorale américaine en refusant de commenter les candidatures et prises de position d’Hillary Clinton et de Donald Trump. Bien que tous deux aient tenu des discours diamétralement opposés sur le spectre politique, chacun laissait présager des défis pour le premier ministre canadien.

Commerce

Bien qu’Hillary Clinton ait elle aussi tenu un discours protectionniste au fil de la campagne américaine, elle ne menace pas pour autant la survie de l’Accord de libre-échange nord-américain que veut renier Donald Trump — quoiqu’elle ait évoqué l’idée de le renégocier. Mme Clinton a cependant critiqué le Partenariat transpacifique qu’envisagent de signer les États-Unis avec, entre autres, le Canada, l’Australie, la Nouvelle-Zélande, le Japon, le Chili, le Pérou et le Mexique. Mme Clinton avait qualifié ce même accord de « modèle en matière d’ententes commerciales » lorsqu’elle était secrétaire d’État en 2012. Ses reproches pourraient avoir été une simple manoeuvre pour courtiser l’électorat de gauche partisan de Bernie Sanders, le temps de remporter la présidence, et non un rejet catégorique de l’entente pacifique.

Si les États-Unis ne ratifient pas le PTP — que ce soit sous la gouverne d’Hillary Clinton ou sous celle de Donald Trump —, l’accord commercial sera mort dans l’oeuf, de l’aveu même de la ministre canadienne du Commerce, Chrystia Freeland.

Donald Trump, de son côté, s’oppose non seulement au PTP, mais également à l’ALENA, dont il a promis de se retirer s’il est élu à la présidence. La puissance américaine demeure le principal partenaire d’affaires du Canada, les échanges commerciaux entre les deux pays s’étant chiffrés à 880 milliards de dollars en 2015 — ou l’équivalent de 2,4 milliards par jour.

Justin Trudeau devra en outre convenir d’un nouvel accord sur le bois d’oeuvre avec l’éventuel locataire de la Maison-Blanche, quel qu’il ou quelle qu’elle soit. Il semble peu probable que ce différend de longue date se règle avant que le ou la successeur(e) de Barack Obama n’entre en fonction, fin janvier.

Environnement

Une victoire d’Hillary Clinton verrait les États-Unis poursuivre la lutte contre les changements climatiques entamée par Barack Obama. Une lutte plus en phase avec celle que souhaite mener Justin Trudeau. Mme Clinton a promis de réduire les gaz à effet de serre des États-Unis — deuxième émetteur de la planète. Elle a également fait campagne en évoquant une entente continentale entre le Canada, les États-Unis et le Mexique — une proposition qu’appuient les libéraux de Justin Trudeau.

Donald Trump renierait quant à lui l’Accord de Paris sur le climat. Sous la gouverne de ce républicain climatosceptique, Washington cesserait de contribuer aux programmes de l’ONU sur le réchauffement climatique.

Le projet d’oléoduc Keystone XL, qui transporterait le pétrole albertain vers le golfe du Mexique, pourrait être ressuscité sous une présidence de Donald Trump, qui inviterait TransCanada à soumettre de nouveau ce projet. Hillary Clinton s’y oppose quant à elle, comme Barack Obama. Justin Trudeau s’était dit favorable au projet albertain lors de la campagne électorale canadienne.

Sécurité

Hillary Clinton pourrait inviter le Canada à en faire plus dans la lutte contre le groupe armé État islamique, alors que Justin Trudeau vient de modifier la participation canadienne pour se retirer de la mission de bombardements. Lorsqu’elle était secrétaire d’État, Mme Clinton avait privilégié l’imposition d’une zone d’exclusion aérienne en Syrie. La candidate démocrate risque également de sommer Ottawa de bonifier les budgets du Canada en matière de défense, comme l’a fait Barack Obama lors de son passage au pays en juin.

Donald Trump s’est contenté de militer pour la construction d’un mur entre le Mexique et les États-Unis, mais pas entre son pays et le Canada. Il a cependant véhémentement critiqué l’accueil de réfugiés syriens, qu’il a accusé de représenter une menace à la sécurité américaine. Un discours qui pourrait se traduire par un resserrement de la frontière canado-américaine.