Les libéraux souhaitent toujours un scrutin printanier

Ottawa - La plupart des libéraux fédéraux ne veulent pas abandonner leur projet d'élections printanières, mais bon nombre de députés avouent qu'ils ne pourront s'y risquer sans avoir des réponses à offrir aux Canadiens sur le scandale des commandites.

«On déclenchera des élections quand les gens auront la conviction qu'ils ont des réponses. Ça ne veut pas dire qu'il faille attendre la fin de l'enquête publique cependant», a résumé le président du Conseil du trésor, Reg Alcock, à la sortie de la réunion du caucus libéral hier.

Le sujet était sur toutes les lèvres car l'échéance approche. Pour tenir des élections en mai, Paul Martin doit dissoudre le Parlement avant Pâques ou tout juste après. Cette éventualité en rend plusieurs combatifs mais en incite bien d'autres à la prudence.

La plupart des députés du Québec, eux, semblent désireux d'aller aux urnes ce printemps. «Je suis prête pour une élection printanière», a lancé Marlene Jennings. «J'ai le sentiment... non, je souhaite qu'on aille vers ça», a renchéri Claude Duplain. «Je pense qu'on devrait y aller», a renchéri la ministre et coprésidente de la campagne, Hélène Chalifour Scherrer.

Cette dernière est persuadée que le vent a commencé à tourner pour son parti à la suite des mesures énergiques prises par Paul Martin, comme les suspensions de dirigeants de sociétés d'État mardi. Elle n'a pas manqué d'ailleurs de souligner la remontée du Parti libéral dans le dernier sondage CROP qui, hier, mettait le Bloc et le PLC au coude à coude, mais avec une forte avance bloquiste dans les comtés francophones.

Tous les députés québécois pensent quand même qu'il vaut mieux avoir des réponses sur le scandale avant d'aller aux urnes. Ils croient cependant que le comité des comptes publics pourra en offrir suffisamment d'ici le scrutin.

Pour beaucoup de leurs collègues du reste du pays, même parmi les plus impatients à se lancer en campagne, il est impensable d'affronter les électeurs sans avoir ces fameuses réponses. «J'aimerais qu'il y ait le plus de faits possible sur la table et qu'il soit clair que nous allons mettre en place les garde-fous nécessaires pour éviter qu'une situation semblable se reproduise», a noté le député ontarien Bryon Wilfert, qui refuse malgré tout de rejeter le scénario printanier.

D'autres députés cachent mal leur ambivalence. Le Québécois André Harvey pense que quelques semaines de réflexion avant de se décider ne feraient pas de mal. Il se dit prêt pour la bagarre mais rappelle que celle-ci peut avoir lieu autant ce printemps que l'an prochain.

Le Manitobain John Harvard juge qu'«il est trop tôt» pour se prononcer sur la date appropriée. «Il n'y a aucune raison incontournable de tenir les élections au printemps, ajoute-t-il. Je sais que c'était le plan original et je suppose qu'il est toujours valide, mais j'ignore s'il le restera car je pense qu'il faudra un certain temps pour lire les feuilles de thé.»

Comme tous ses collègues et même l'entourage du premier ministre, il est pris entre deux souhaits: donner rapidement un mandat au nouveau gouvernement Martin et donner aux Canadiens le temps de se faire une idée sur le scandale et les moyens pris pour faire le ménage.

Le gouvernement, lui, ne prend pas de risque et prépare le terrain, y compris avec la fonction publique. Ainsi, il a annoncé hier la levée du gel de la reclassification des fonctionnaires.

Avec la collaboration d'Hélène Buzzetti