Sans la culture, personne ne serait sur Internet, estime Patrick Watson

Patrick Watson 
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Patrick Watson 

C’était le temps des bilans après deux bonnes heures de discussions. Tout ce qui compte à Montréal dans les milieux culturels, des jeux vidéo à la télé, du théâtre à l’édition, discutait du renouvellement de la politique culturelle canadienne dans le contexte de la numérisation.

Le tour est venu du musicien Patrick Watson. Il s’est levé. Il a pris le micro. Et sa très courte intervention a eu l’effet d’un coup de tonnerre : « Personne ne serait sur Internet si les films, la télé et la musique n’y étaient pas. »

L’observation éclairante a beaucoup plu à la ministre du Patrimoine canadien, Mélanie Joly, grande responsable du chantier national. Elle n’avait jamais entendu le problème résumé de cette manière. Elle promet d’utiliser l’argument dans ses prochains discours.

Mme Joly animait la cinquième des six discussions prévues au pays avec des représentants de différents secteurs culturels. Une centaine de dirigeants de compagnie et des vedettes des arts ont échangé en table ronde vendredi après-midi dans un atrium de l’Adresse symphonique de Montréal.

Des préconsultations ont d’abord été menées auprès de quelque 10 000 citoyens. La synthèse a permis de définir un document de discussion en groupes avec des leaders de leurs domaines autour de plusieurs axes, dont le respect des choix de la population et l’appui aux créateurs ; le reflet de la diversité canadienne ; la stimulation de l’innovation et de la créativité. Les échanges étaient diffusés en direct sur le Web.

La plénière a fait ressortir quelques consensus apparents. Plusieurs relayeurs ont cité l’importance de l’éducation qui devrait être au coeur des préoccupations, même si ce champ de compétence appartient aux provinces. Le mandat de Radio-Canada a également été cité, presque toujours pour souhaiter davantage d’efforts culturels.

Les conditions de vie des artistes ont également été ciblées. « Daniel Boucher souhaite que vous adoptiez la meilleure politique de droit d’auteur au monde », a résumé Marie Collin, de Télé-Québec.

« Tous les ministres de la Culture à travers le monde se posent la question : comment s’assurer que la production nationale est consommée par les citoyens du pays et diffusée à travers le monde ?, a expliqué en entrevue la ministre Joly, avant que ne débutent les travaux montréalais. Nous sommeschanceux parce que le Canada est le premier pays à avoir une conversation aussi large et un gouvernement prêt à agir sur la question. La plupart des gouvernements ont peur d’aborder ce sujet complexe, sans solution parfaite. Le fait qu’on regarde le système dans son ensemble va nous permettre d’arriver avec une approche plus globale. »

Mélanie Joly répète depuis des mois que tout est sur la table, qu’il n’y a aucun sujet tabou. Rien n’est fixé, par exemple, par rapport aux géants du numérique comme Netflix ou Facebook, qui ne contribuent pas au système national de création. L’intention ministérielle est d’aboutir à des réformes l’an prochain, alors que le Canada célébrera son 150e anniversaire.