Nouveau soutien à Muskrat Falls?

Une quarantaine de manifestants ont occupé mardi le devant de l’Assemblée législative de Terre-Neuve-et-Labrador, à Saint-Jean, pour dénoncer les risques environnementaux liés au projet hydroélectrique de Muskrat Falls.
Photo: Paul Daly La Presse canadienne Une quarantaine de manifestants ont occupé mardi le devant de l’Assemblée législative de Terre-Neuve-et-Labrador, à Saint-Jean, pour dénoncer les risques environnementaux liés au projet hydroélectrique de Muskrat Falls.

Le Bloc québécois s’inquiète de voir Ottawa bonifier son soutien financier pour la centrale hydroélectrique terre-neuvienne de Muskrat Falls. Car déjà la première garantie de prêt octroyée il y a trois ans représentait, aux yeux des bloquistes et de Québec, une concurrence déloyale à Hydro-Québec.

Le projet de Muskrat Falls devait coûter au départ 6,4 milliards de dollars — somme pour laquelle le gouvernement de Terre-Neuve-et-Labrador a obtenu une garantie de prêt du précédent gouvernement fédéral conservateur. Or, la facture a explosé depuis, pour atteindre 11,5 milliards de dollars selon la dernière évaluation de Nalcor, la société d’État chapeautant le projet.

« Comme Terre-Neuve n’a plus d’argent, elle demande à Ottawa d’accorder une nouvelle garantie d’emprunt. Et elle en a besoin rapidement. Le premier ministre [Justin] Trudeau n’a pas dit non, et pourtant c’est évident que le projet ne fera jamais ses frais. La garantie de prêt va se transformer en participation directe », a prédit la bloquiste Marilène Gill. La députée de Manicouagan espérait convaincre le président des Communes de tenir un débat d’urgence sur la question — puisque faute d’être un parti reconnu à la Chambre, le Bloc n’a pas droit à une journée d’opposition pour soulever l’enjeu. La réponse a été négative.

Pourtant, si le fédéral acquiesce à la demande de Terre-Neuve, la facture pourrait atteindre 1000 $ par contribuable, a fait valoir Marilène Gill — en citant une étude d’Ernst Young estimant que Muskrat Falls pourrait coûter 15 milliards de dollars. « On se retrouve avec un fiasco. Ruineux pour Terre-Neuve, ruineux pour tous les contribuables », a renchéri le chef intérimaire du Bloc, Rhéal Fortin.

Le ministre des Ressources naturelles, Jim Carr, a confirmé à sa sortie des Communes avoir reçu récemment une demande de Terre-Neuve « d’étendre la garantie d’emprunt » offerte en 2013. Il n’a pas précisé quel était le montant réclamé. « Nous l’étudions sérieusement », s’est-il contenté de répondre aux questions du Bloc québécois.

Or, l’Assemblée nationale s’était opposée à l’unanimité à cette garantie de prêt du fédéral « considérant que le Québec a assumé seul, et dans l’affirmation de ses compétences, le coût total de ses installations hydroélectriques », stipulait la motion de 2011. La garantie de prêt d’Ottawa avait permis à Terre-Neuve d’obtenir de meilleurs taux d’emprunt pour construire son complexe hydroélectrique.

Craintes de risques environnementaux

Les libéraux sont outre sommés de vérifier si les conditions environnementales étaient respectées lorsque les permis ont été délivrés par l’ancien gouvernement. La secrétaire parlementaire aux Affaires autochtones, Yvonne Jones, affirmait la semaine dernière avoir confié la demande au ministre des Pêches et Océans, Dominic LeBlanc.

La construction sur le site de Muskrat Falls est ralentie depuis samedi par l’occupation de plus d’une centaine de manifestants en tout. Trois membres de communautés autochtones ont entamé une grève de la faim pour s’opposer à l’inondation prévue, qui pourrait contaminer la région de mercure méthylé. Les communautés autochtones réclament que la région soit déboisée et qu’on en retire la matière organique de surface afin d’éviter que le mercure qui s’y trouve ne soit propagé par l’eau qui doit inonder le territoire pour créer le réservoir du barrage d’environ 41 kilomètres carrés. Une mesure qui faisait partie des recommandations environnementales à l’époque, mais qui a été délaissée par le gouvernement terre-neuvien, faute de sous, note Hugo Vaillancourt, porte-parole et ami des grévistes de la faim.

1 commentaire
  • Bernard Terreault - Abonné 26 octobre 2016 08 h 32

    Anticipons

    Ça coûte les yeux de la tête. Ottawa finance. Faute de clients, parce que Terre-Neuve refuse de faire affaires avec le Québec, la centrale tourne à vide. Défaut de paiement, Ottawa devient propriétaire. Dans 10-20 ans, lutte au changement climatique aidant, Hydro, fort de son expertise et de ses liens avec les clients naturels en Ontario et en Nouvelle-Angleterre, rachète à bon prix. Terre-Neuve aurait dû faire appel à Hydro depuis le début.