Le Canada vise un rôle actif dans la Francophonie internationale

La ministre du Développement international et de la Francophonie, Marie-Claude Bibeau
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir La ministre du Développement international et de la Francophonie, Marie-Claude Bibeau

À un mois du XVIe Sommet de la Francophonie, Ottawa annonce ses couleurs : tant en matière d’économie que de diplomatie et de développement, la conférence de Madagascar sera celle du « réengagement en francophonie internationale » du Canada, a affirmé la ministre du Développement international et de la Francophonie, Marie-Claude Bibeau, en entrevue au Devoir.

Le sommet qui doit se tenir à Antananarivo, la capitale malgache, du 21 au 27 novembre revêt une grande importance pour Ottawa, soutient la ministre. Un an après l’arrivée au pouvoir des libéraux, et à quelques mois du second anniversaire de l’élection de Michaëlle Jean au poste de secrétaire générale de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), l’élue soutient que l’approche du gouvernement Trudeau tranchera avec celle, plus effacée, des conservateurs.

« On a rencontré Mme Jean à plusieurs reprises dernièrement. […] Nous voulons jouer un rôle plus actif, plus politique au sein de l’OIF, un rôle plus rassembleur qu’avant. Nous entendons être très présents, sur le terrain. L’OIF est un bon forum pour cela », a-t-elle dit.

Plus concrètement, le gouvernement canadien fait preuve d’un vif intérêt envers l’Afrique francophone, à l’heure où il mène une vaste révision de ses priorités en développement international. Pour la deuxième année d’affilée, et la troisième en quatre ans, l’Afrique francophone subsaharienne a connu, en 2015, les meilleures performances économiques du continent noir, selon la Banque mondiale. Malgré cela, d’énormes défis demeurent, particulièrement pour la jeunesse africaine.

« Il y a un grand constat qui se fait : l’explosion démographique en Afrique francophone, et les besoins des jeunes, a affirmé Mme Bibeau. Tous ces jeunes en Afrique ont besoin de croire en l’avenir, d’avoir des opportunités en éducation, en formation, en emploi. Le Canada doit travailler avec ces pays pour créer des emplois, de l’espoir. Ce sera un axe d’intervention important pour nous. »

Migration et terrorisme

Il s’agit là d’un enjeu économique, mais aussi de paix et de sécurité mondiale, soutient la ministre et ex-entrepreneure, qui a commencé sa carrière à l’Agence canadienne de développement international, séjournant notamment au Maroc et au Bénin. « Tous ces jeunes désespérés qui cessent de croire en l’avenir de leur pays, il y a des risques qu’ils viennent grossir les flots de migrants ou, pire, de groupes armés ou terroristes. »

Le Canada pourrait également tirer profit de ces efforts visant à offrir un avenir plus prometteur aux jeunes d’Afrique. Pour la première fois en juillet, les provinces et territoires se sont entendus sur une cible d’immigration francophone à l’extérieur du Québec de 5 %. Un sommet sur l’immigration francophone doit par ailleurs se tenir au printemps 2017, afin de « déterminer les moyens d’action à prendre » pour atteindre la cible. L’Afrique sera certainement au coeur des discussions.

Expertise et mariages forcés

À Madagascar, Ottawa compte aussi mettre en avant une résolution portant sur la lutte contre les mariages précoces et forcés d’enfants, l’un de ses chevaux de bataille à l’échelle internationale. Chaque année dans le monde, on estime que 15 millions de filles âgées de moins de 18 ans sont forcées de se marier. Le sort réservé par de nombreux pays aux minorités, quelles qu’elles soient, fera aussi l’objet de pourparlers.

Autre signe de ce réengagement en Afrique, Ottawa entend travailler de près avec les gouvernements de plusieurs pays tels que le Burkina Faso, le Sénégal, ou encore le Mali, afin de partager son expertise en matière de santé, d’éducation et de saine gouvernance.

« Ils veulent qu’on les aide à développer des compétences pour que leurs gouvernements soient plus autonomes, a résumé Mme Bibeau. Dans certains cas, on s’intéresse aussi aux finances. La fiscalité est un élément dans lequel on peut intervenir et fournir notre expertise. »

La langue française joue dans ce contexte un rôle rassembleur. « C’est beaucoup plus facile de se comprendre quand on parle la même langue. »

Québec veut parler LGBT

Québec n’est pas en reste : le gouvernement Couillard fera connaître une proposition concernant la radicalisation menant à la violence, a indiqué en entrevue la ministre des Relations internationales, Christine St-Pierre. À titre de gouvernement participant, le Québec dispose de la plupart des pouvoirs des États membres.

Mme St-Pierre souhaite également « sensibiliser », mais « sans que cela passe nécessairement par une résolution », les pays de la Francophonie à la question des droits des personnes lesbiennes, gaies, bisexuelles ou transgenres (LGBT). Dans certains pays, en Afrique notamment, le simple fait d’être gai peut mener à la prison, voire à la mort, a-t-elle rappelé. « On pense que l’OIF peut et doit se pencher sur cet enjeu de société. Le Québec et le Canada forment un peuple très ouvert, et on doit parler de cet enjeu-là avec les autres membres. »

Fondée en 1970, l’OIF compte 80 États ou gouvernements (54 membres de plein droit, 3 associés et 23 observateurs), répartis sur les cinq continents. Michaëlle Jean, l’ex-gouverneure générale du Canada, est secrétaire générale de l’OIF depuis janvier 2015.

L’Ontario bientôt membre de l’OIF

En plus de marquer le « retour » du Canada dans la francophonie internationale, le Sommet de Madagascar devrait selon toute vraisemblance confirmer l’adhésion de l’Ontario à l’OIF, après des années d’attentes.

La province désire recevoir un statut d’observateur au sein de l’OIF, « et ce, dans l’idée d’y obtenir par la suite le statut de membre de plein droit », révèlent des échanges entre les premiers ministres Kathleen Wynne et Justin Trudeau, dont Le Devoir a obtenu copie. Le Québec et le Nouveau-Brunswick sont déjà membres à part entière depuis les années 1970.

Contrairement à son prédécesseur, le gouvernement Trudeau appuie « sans réserve » cette démarche, s’engageant à « préparer une campagne efficace visant à convaincre et rallier les autres membres de l’OIF ». Des consultations avec des partenaires clés tels que « la France, la Suisse, la Belgique, ainsi que le Sénégal et Madagascar » sont d’ailleurs en cours, explique M. Trudeau dans sa lettre à son homologue.

En coulisse, à Ottawa, on souligne que la demande ontarienne a reçu un « accueil très favorable » chez les États membres au cours des derniers mois. « On n’a pas de raison de croire que quiconque s’y opposera », dit-on. Les quelque 612 000 Franco-Ontariens forment la plus importante communauté francophone du Canada en dehors du Québec.
12 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 24 octobre 2016 00 h 54

    En utiliser la force et l'énergie

    Le Canada étant maintenant un pays multiculturel dans quel rôle et dans quel but le canada peut-il se permettre de venir a la defence du francais, n'est- ce pas une facon de minimiser le rôle de sa minorité francaise , dans les faits n'est ce pas une facon de camoufler l'assimilation larvée de sa minorité francaise, enfin une facon d'en endormir les véléités, ne dit on pas que la meilleure facon de combattre un ennemi c'est d'en utiliser la force et l'énergie, n'est ce pas une pratique dans certaines sport d'auto défence orientale

    • Gilles Théberge - Abonné 24 octobre 2016 10 h 03

      Vous m'enlever les mots de la bouche monsieur Paquette.

      La francophonie, l'organisation internationale, a été mise en place, pour valoriser l'usage du francais. C'est incompatible avec le relativisme culturel.

      Et le Canada est dans le relativisme culturel avec sa politique officielle du multiculturalisme, et un tronc commun en anglais.

  • Yves Côté - Abonné 24 octobre 2016 04 h 17

    Jovialisme

    Ne soyons pas dupes.
    Le "« réengagement en francophonie internationale » du Canada" en question n'a qu'un seul et unique objectif : en finir avec l'idée québécoise légitime d'avoir le français pour langue commune au Québec.
    D'en finir avec elle permettra ensuite de faire place nette à tout ce qui de notre peuple, diffère en quelque chose de significatif des préceptes culturels anglophiles qui innondent le monde, tel cela en serait salutaire pour les humains.
    Tout de la stratégie fédérale jovialiste en matières de langue française, d'immigration, de tourisme et de culture, je dis bien tout de ces quatre domaines d'action, en programmes intérieurs au Canada comme extérieurs à celui-ci, depuis la campagne canadienne d'accession de Madame Jean comme Secrétaire de l'OIF (incluant un travail de sape honteux contre les candidatures africaines) jusqu'à l'annonce tonitruante et bien préparée de cette apparence de revirement en politique internationale qui nous est maintenant présenté, en passant par l'aide et l'accompagnement sélectifs qui sont apportés aux artistes et/ou intellectuels se trouvant ou allant à l'étranger, tout n'est que poudre aux yeux et manigance pour satisfaire l'objectif canadien persistant et historique d'en finir enfin avec ce qui reste de pouvoir politique significatif du Québec au Canada.
    Je suis fou ?
    Peut-être.
    Mais je préfère de loin être fou, et seul si cela se trouve, que d'être manipulé par un pays qui depuis toujours est obsédé par l'anéantissement culturel et polique du peuple auquel j'appartiens.
    Ne soyons pas dupes des Polichinelle qui se sont donnés prétentieusement comme mission de sortir définitivement la liberté de notre horizon collectif.
    Qui perçoivent celle-ci comme un danger pour la poursuite de leur objectif de domination politique et économique des peuples historiques du Septentrion.
    De grâce, essayons de voir plus loin que notre nez.
    Allons chercher plus loin que le sourire "pepsodent" des élus canadiens...
    Et VLQL !

    • Nicole D. Sévigny - Abonnée 24 octobre 2016 20 h 22

      Seul... vous ne l'êtes pas !
      Fou ...parce que vous persistez depuis des lustres à désirer un État/Pays?
      Alors, nous sommes plusieurs à l'être...fous de notre Pays du Québec .

    • Yves Côté - Abonné 25 octobre 2016 02 h 57

      Mes amitiés pour votre solidarité, Madame Sévigny.

  • Clifford Blais - Inscrit 24 octobre 2016 07 h 07

    Ça sert à cela gouverner un gouvernement, établir des relation internationales en français,

    Commentaire très révélateur de la ministre Bibeau: '' La langue française joue dans ce contexte un rôle rassembleur. « C’est beaucoup plus facile de se comprendre quand on parle la même langue. » Pourrons-nous avoir autant de reconnaissance pour supporter la loi 101 au Québec ?

  • Pierre Lincourt - Abonné 24 octobre 2016 09 h 37

    Les libéraux de retour

    ... pour banaliser la place du Québec dans la francophonie internationale. Ils sont à l’œuvre à Ottawa, à Québec et même à la tête de l‘OIF. Les Ontario Rifles viendront leur prêter main-forte. Rule British America, rule!
    Permettez ce rappel historique :
    [5 février 1968]

    Répondant à une invitation officielle du ministre de l'Éducation nationale du Gabon, le ministre de l'Éducation du Québec, Jean-Guy Cardinal, accepte de diriger une délégation québécoise à la conférence annuelle des ministres de l'Éducation des pays francophones. Cette conférence se déroule à Libreville du 5 au 10 février. Le Gabon accorde alors au Québec les honneurs réservés de coutume aux pays souverains.
    La procédure inhabituelle suivie par cette invitation qui se rend à Québec sans passer par Ottawa, marque une nouvelle étape dans l'évolution des relations diplomatiques québécoises.
    http://bilan.usherbrooke.ca/bilan/pages/evenements
    Pierre Lincourt

  • Gilles Teasdale - Abonné 24 octobre 2016 10 h 25

    Comédie

    Le Canada devrait commencer par s'intéresser au français au Canada . Il est vrai que Madagascar est un bel endroit pour les photos.

    • Brigitte Garneau - Abonnée 24 octobre 2016 15 h 52

      Et vlan dans les dents!! Le Canada qui s'intéresse au français? Laissez-moi rire, elle est vraiment bonne! Et pendant ce temps-là, on coupe dans les services en français, on coupe en francisation, on met à la porte les traducteurs pour les remplacer par des logiciels...C'est dire à quel point le Canada s'intéresse au français! Mais ça fait tellement une belle image que ce beau grand pays BILINGUE!