Vote libre aux Communes - Bouclier antimissile: 31 députés libéraux votent avec le Bloc

Ottawa — Le premier ministre Paul Martin n'aura pas les coudées plus franches que Jean Chrétien dans le dossier du bouclier antimissile. Trente et un de ses députés se sont rangés derrière le Bloc québécois, hier soir, pour exiger la fin des discussions sur une participation canadienne au projet américain.

La motion du Bloc, battue par 155 voix contre 71, était claire. Elle exigeait que le gouvernement s'oppose au projet de bouclier et, «en conséquence, cesse toute discussion avec l'administration Bush relative à la participation du Canada». Les néo-démocrates ont appuyé la motion, mais la majorité des libéraux, y compris tout le cabinet, l'ont défaite avec l'appui de tous les conservateurs, sauf un.

Paul Martin a toutefois pu prendre la mesure de l'opposition au sein de son propre caucus, une première dans son cas. Il avait toutefois indiqué, en conformité avec son projet de réforme démocratique, qu'il s'agirait d'un vote libre pour les députés. Ces derniers ont pris note et ne s'en sont pas privés. Ils ont du même coup permis à leur chef de saisir la fermeté de leur désapprobation.

La vague d'opposition d'hier peut en effet paraître moins vigoureuse que celle subie par Jean Chrétien en juin dernier, mais il faut noter que la différence tient surtout à l'absence de quelques députés et au fait que certains des opposants d'hier sont maintenant liés hier par la solidarité ministérielle. C'est le cas de Stan Keyes, Mauril Bélanger et Reg Alcock. Paul Martin, qui avait évité le vote de juin en se réfugiant dans l'antichambre des Communes, était au poste hier.

En juin, 38 libéraux avaient rejeté une motion de l'Alliance canadienne qui demandait de confier le commandement de «tout système antimissile» à NORAD, une organisation dont fait partie le Canada. Certains libéraux avaient dit avoir voté contre la motion parce qu'elle ouvrait la porte à un déploiement d'armes dans l'espace. Cette fois-ci, aucune ambiguïté. Il s'agissait de rejeter sans ambage l'approche du gouvernement dans un dossier que le Bloc et le NPD exploitent depuis des semaines.

Ottawa a amorcé des pourparlers l'an dernier afin de mieux comprendre le projet américain. Il en avait d'ailleurs fait l'annonce au moment du débat sur la motion allianciste. En janvier dernier, les discussions ont pris une tournure plus sérieuse à la suite d'un échange de lettres entre les deux ministres de la Défense concernés.

L'objectif est maintenant de «négocier, au cours des prochains mois, un protocole d'entente-cadre avec les États-Unis en vue d'inclure le Canada à titre de participant à l'actuel programme américain de défense antimissile, ainsi que d'élargir et d'améliorer les échanges de données», écrivait le ministre canadien David Pratt.

Le projet initial des Américains consiste en un premier déploiement d'une dizaine d'intercepteurs de missiles balistiques, en Alaska et en Californie, dès l'automne prochain. Le nombre d'intercepteurs, basés au sol et en mer, devraient atteindre 40 à la fin de 2005.

Le système de détection au sol, en mer et dans l'espace sera composé de satellites et de radars existants, ces derniers devant être mis à niveau. La plupart des radars sont aux États-Unis, mais un petit nombre sont situés en Grande-Bretagne et au Groënland, quoique les États-Unis attendent toujours l'autorisation du Danemark dans ce dernier cas.

La plupart des opposants à une participation canadienne craignent que le projet américain ne relance la course aux armements et surtout qu'il ne conduise au déploiement d'armes dans l'espace. À leur avis, le Canada risque de s'y faire entraîner, alors qu'il s'oppose à l'arsenalisation de l'espace.

Le ministre de la Défense, David Pratt, qui n'était pas surpris du résultat du vote, qu'il a jugé représentatif de l'opinion canadienne, répète que le projet actuel de Washington ne prévoit pas de déploiement d'armes dans l'espace, mais le NPD cite chaque fois des documents publics du Pentagone faisant état du désir des militaires d'en arriver là. Témoignant devant un comité du Sénat cette semaine, le sous-ministre adjoint aux Affaires étrangères, James Wright, a affirmé que les politiciens et décideurs américains étaient très divisés au sujet du volet spatial, tant à cause de ses coûts que de ses incidences.

Avec la Presse canadienne