Trudeau ne garantit plus une réforme électorale majeure

«Si on va changer le système électoral, il faut que les gens soient ouverts à ça», a laissé tomber Justin Trudeau, en entrevue exclusive avec «Le Devoir» cette semaine.
Photo: Jake Wright Le Devoir «Si on va changer le système électoral, il faut que les gens soient ouverts à ça», a laissé tomber Justin Trudeau, en entrevue exclusive avec «Le Devoir» cette semaine.

Au moment de célébrer le premier anniversaire de son élection au gouvernement, Justin Trudeau se tourne vers l’avenir et reconnaît les nombreux chantiers qui l’attendent. Énergie Est, les communautés autochtones, mais aussi la réforme électorale promise l’an dernier et sur laquelle le premier ministre ne garantit plus qu’il ira de l’avant.

« Si on va changer le système électoral, il faut que les gens soient ouverts à ça », a laissé tomber Justin Trudeau, en entrevue exclusive avec Le Devoir cette semaine pour faire le bilan de la dernière année. « On va regarder comment se déroulent les consultations, les réactions, les résultats des rapports. On ne va pas préjuger ce qui serait nécessaire [pour modifier le mode de scrutin]. Mais quand on dit un appui substantiel, ça veut dire quelque chose. »

Justin Trudeau était catégorique lors de la campagne électorale l’an dernier : l’élection 2015 serait « la dernière élection fédérale organisée selon un scrutin majoritaire uninominal à un tour ». Mais depuis, sa ministre des Institutions démocratiques Maryam Monsef a nuancé que le gouvernement libéral agirait « seulement s’il y a un large appui de la part des Canadiens ». Justin Trudeau, lui, n’avait jamais précisé le seuil d’appuis qu’il jugeait nécessaire pour mettre en oeuvre sa promesse électorale.

S’il fait sienne la mise en garde de sa ministre, il précise cependant qu’il « y a des niveaux » de réforme possible. « Moins d’appuis et un petit changement, ce serait peut-être acceptable. Un plus gros changement, ça prendrait un plus gros appui, a-t-il suggéré. C’est quoi un gros changement ? C’est quoi un petit changement ? Toutes ces réflexions-là, c’est pour ça qu’il faut avoir des conversations rigoureuses, intelligentes avec les Canadiens. »

Moins d’appétit ?

Le premier ministre estime avoir été en quelque sorte victime de son succès électoral. Car si les citoyens appuyaient fortement l’idée libérale, l’issue de la dernière élection aurait atténué leur impatience selon lui.

« Sous M. [Stephen] Harper, il y avait tellement de gens mécontents du gouvernement et de son approche que les gens disaient “ça prend une réforme électorale pour ne plus avoir de gouvernement qu’on n’aime pas”. Or, sous le système actuel, ils ont maintenant un gouvernement avec lequel ils sont plus satisfaits. Et la motivation de vouloir changer le système électoral est moins percutante [ou moins criante] », a plaidé M. Trudeau.

Les libéraux ont mandaté un comité parlementaire pour consulter des experts en la matière, de même que d’autres entiés politiques ayant modifié leur mode de scrutin. Les modèles uninominal à un tour, proportionnel ou préférentiel ont été étudiés, de même que le vote obligatoire ou électronique. Justin Trudeau promet-il de respecter ses recommandations, attendues le 1er décembre ? « Est-ce qu’un gouvernement s’engage toujours à appliquer automatiquement n’importe quel résultat du comité ? Jamais, a rétorqué le premier ministre. Mais c’est un outil essentiel pour encadrer une décision éventuelle du gouvernement. »

Les libéraux comptent cependant se fier aussi à l’avis des Canadiens, qui ont été invités à le partager avec le comité, mais aussi lors d’assemblées citoyennes organisées par les députés ou la ministre Monsef. « Malheureusement, veux veux pas, une grande préoccupation pour les partis politiques c’est leur survie immédiate et leur capacité de se financer. Donc, oui, je vais regarder avec une oreille attentive leurs préoccupations, je vais en tenir compte, absolument. C’est un travail important qu’ils sont en train de faire. Mais ce n’est pas le seul travail qui est en train de se faire dans cette réflexion plus large », a fait valoir le premier ministre.

Avec Hélène Buzzetti

Énergie Est : pas l’heure de recommencer

L’étude environnementale du projet d’oléoduc Énergie Est est au point mort depuis la fin août. Ottawa doit nommer de nouveaux commissaires aux audiences de l’Office national de l’énergie. Pourquoi ne pas en profiter pour reprendre l’étude d’Énergie Est en vertu du futur processus d’évaluation environnementale qu’ont promis les libéraux en campagne électorale ? « Je ne pense pas qu’on en soit arrivé là, rétorque Justin Trudeau. On entend très clairement qu’il y a des gens qui ont des préoccupations par rapport à ce processus. […] Le processus est en train d’avancer. Est-ce qu’on peut l’aider à avancer d’une meilleure façon ? Sûrement. Et on va s’y mettre. Mais on n’est pas rendu au point de tout jeter à la poubelle pour tout recommencer. »

Autochtones : prendre son temps pour collaborer

Les communautés autochtones du pays s’impatientent d’attendre qu’Ottawa augmente ses budgets des services à l’enfance pour les réserves, comme le lui a ordonné la Commission canadienne des droits de la personne. Justin Trudeau assure que le dossier fait partie de ses priorités, mais qu’il doit collaborer avec les gouvernements autochtones et provinciaux. « On veut résoudre la situation des enfants autochtones le plus rapidement possible. Mais, en même temps, il faut reconnaître qu’Ottawa qui essaie d’instaurer des solutions dans les communautés autochtones, ç’a été la source de bien des dégâts dans le passé. Il faut le faire dans le respect et le partenariat. Et ça, ça prend toujours un peu plus de temps. »
12 commentaires
  • Yves Côté - Abonné 19 octobre 2016 04 h 26

    Comment… ?

    « Si on va changer le système électoral, il faut que les gens soient ouverts à ça »...
    Quand un Premier Ministre s'exprime dans une langue française si pauvre qu'il en arrive à formuler ce charabia informe, comment peut-il prétendre respecter un minimum le français ?
    La vérité est ici toute nue : sa seule véritable langue est l'anglaise, puisqu'il parle celle-ci avec talent.
    S'il paralit l'anglais à l'égal de ce qu'il parle français, jamais il n'aurait eu plus de 10% des votes qu'il a effectivement obtenus il y a un an de la part des anglophones. Tous auraient considéré insuffisant pour gouverner son niveau d'usage de la langue anglaise; seule langue nationale qui compte...
    Autrement, quelqu'un est-il sincèrement surpris de la comédie qu'il joue de ce pseudo-revirement ?

    • Chantale Desjardins - Abonnée 19 octobre 2016 08 h 27

      Trudeau dit Justin n'est que de la poudre au yeux et plus le temps avance, nous verrons le vrai visage de ce politicien. Oui son français est pauvre et c'est insultant pour nous car pour bien des canadiens, le français est une langue seconde. Si les Québecois étaient plus soucieux de leur langue et le parlaient mieux, nous serons plus fiers de notre belle langue.

    • Louise Collette - Abonnée 19 octobre 2016 08 h 38

      Bravo et merci pour le résumé. Plus capable de le voir faire le paon, il fait la roue mais cela ne m'a jamais impressionnée, vide, vide, vide et son français pitoyable.
      Tellement superficiel et il est aimé et populaire mais dans notre société malade, le superficiel ça pogne si j'ose dire.
      En effet si son anglais égalait son français il ne sera pas là.
      En fait sa langue maternel est l'anglais, le français vient après, disons très loin derrière.

  • Michel Thériault - Abonné 19 octobre 2016 07 h 24

    Seuil d'appuis

    "Justin Trudeau, lui, n’avait jamais précisé le seuil d’appuis qu’il jugeait nécessaire pour mettre en oeuvre sa promesse électorale." - Le Devoir

    50% + 1 ?

  • Pierre Schneider - Abonné 19 octobre 2016 07 h 37

    Lune de miel terminée

    Un an déjà et les sondages indiquent que les Québécois sont toujours en amour avec Monsieur Selfie.
    Mais je pense que la lune de miel achève et qu'on va enfin voir le vrai visage du fils de son père.

  • Jean-Marc Simard - Abonné 19 octobre 2016 08 h 10

    P:lus rien ne presse semble-t-il...

    Plus rien ne presse semble-t-il...Son parti défonce en popularité dans les sondages...Il devrait pourtant, malgré tout,ne pas hésiter à modifier le scrutin actuel, s'il veut passer à l'histoire comme le P.M. qui aura contribué à donner plus de justice démocratique au régime électoral actuel...

  • Jean Lapointe - Abonné 19 octobre 2016 08 h 15

    C'est pour le moins insultant.

    Justin Trudeau veut que tout le monde sache qu' il fait preuve d'une grande tolérance parce qu'il accepte que des gens de partout puissent venir s'établir au Canada, mais il n'en a aucune pour le
    Québec francophone qu'il ne veut pas reconnaître comme nation.

    IL aime nous rappeler que ce sont de vieilles histoires dont personne ne veut plus entendre parler.

    C'est pour le moins insultant d' apprendre qu'il rejette du revers de la main l'opinion de 40% de la population québécoise comme si leur souhait était une stupidité dépassée.

    Là-dessus il ressemble à son père. Il ne veut pas réanimer la ferveur nationaliste des Québécois et il préfère leur raconter des mensonges en les répétant assez souvent et assez longtemps pour qu'ils deviennent des vérités. Son père était un maître dans le genre.

    Devant cela je n'ai évidemment pas voté pour lui et je comprends mal comment il se fait que tant de Québécois ont voté pour lui et comment il se fait qu'il l'admirent encore malgré qu'il soit en plus complètement incompétent.


    Comment ces gens-là peuvent-ils être aussi aveugles ? Il y a de quoi avoir honte d'être québécois devant cela.

    Serait-ce qu'ils seraient tous des ignorants ou serait-ce qu'ils ont tout simplement la mémoire courte?

    On dirait qu'ils ont perdu toute fierté.