Trudeau demande des comptes aux provinces

Le premier ministre Justin Trudeau affirme qu'il n'est pas question de bonifier le transfert en santé parce qu’à l’heure actuelle, les provinces détournent ces fonds vers d’autres programmes.
Photo: Alice Chiche Agence France-Presse Le premier ministre Justin Trudeau affirme qu'il n'est pas question de bonifier le transfert en santé parce qu’à l’heure actuelle, les provinces détournent ces fonds vers d’autres programmes.

Alors que les ministres de la Santé du pays se rencontrent à Toronto aujourd’hui pour négocier le financement de leur système, Justin Trudeau lance un pavé dans la mare. Pas question de bonifier le transfert en santé parce qu’à l’heure actuelle, les provinces détournent ces fonds vers d’autres programmes, a accusé le premier ministre. Les provinces devront d’ailleurs lui rendre des comptes quant à l’utilisation future de tout nouvel investissement d’Ottawa.

« L’augmentation des coûts en matière de santé des provinces, c’est quoi par année ? C’est autour de 1,6 ou 2,6 % dépendant comment on le calcule. Mais ça n’arrive même pas au 3 % », a lancé Justin Trudeau au cours d’une entrevue avec Le Devoir lundi midi.

M. Trudeau estime donc que l’argent supplémentaire qu’Ottawa envoie chaque année sert à d’autres choses qu’à améliorer le système de santé. « Moi, mon attente là-dedans, c’est que cet argent-là soit réellement dépensé pour le système de santé. Et ça, ça ne fait pas l’unanimité chez les provinces. Même cette condition-là, il y a des gens qui résistent. Mais je sais que les Canadiens s’attendent à ce que tout nouvel argent investi en santé par le gouvernement fédéral soit réellement dépensé en santé par les provinces et pas en réductions d’impôts ou en programmes de je ne sais trop quoi. »


Une hausse annuelle de 6%

Le transfert en santé versé par Ottawa aux provinces augmente de manière systématique de 6 % par année depuis 2004, mais ce taux d’augmentation sera ramené à 3 % à compter de 2017. C’est cette décision — prise par Stephen Harper, mais maintenue par M. Trudeau — que contestent vigoureusement les provinces. Le transfert fédéral s’élève cette année à 36 milliards. La différence entre les deux taux représente un manque à gagner d’un milliard la première année.

M. Trudeau estime que son prédécesseur a eu tort de maintenir un taux d’augmentation de 6 % sans demander de comptes. « Ce qu’on a vu depuis plusieurs années, c’est que, même si on a un 6 % d’augmentation, les provinces ne sont pas en train d’augmenter leurs dépenses en santé de 6 %. Et ça, ce n’est pas ce à quoi les Canadiens s’attendent. Alors, quand Harper envoyait cet argent-là, il ne s’attendait même pas à ce que ce soit dépensé en santé. » Notons que l’entente initiale consacrant le taux de croissance de 6 % avait été négociée avec le libéral Paul Martin en 2004.

C’est un fait qu’au cours des dernières années, les dépenses totales en santé n’ont pas augmenté au même rythme que les contributions fédérales. Au Québec, par exemple, elles devraient augmenter cette année de 2,3 % selon les crédits déposés par le gouvernement. Selon l’Institut canadien d’information sur la santé, le taux de croissance a été de 7,2 % par année en moyenne au pays entre 1998 et 2010, mais seulement de 2,7 % par an entre 2011 et 2015. Les provinces ne contestent pas ces chiffres. Elles estiment qu’il s’agit d’une façon de rééquilibrer la part fédérale dans le financement de la santé au pays : Ottawa a déjà payé la moitié de la facture pancanadienne, mais n’en paye plus que 21 %. L’objectif est de revenir à 25 %.

Les libéraux de Justin Trudeau ont promis en campagne électorale de verser par ailleurs une somme supplémentaire de 3 milliards (sur trois ou quatre ans) destinée aux soins à domicile. Les provinces rechignent à se faire imposer une utilisation particulière de l’argent fédéral. Mais le premier ministre est catégorique : « On va vouloir avoir les assurances et des déclarations claires de la part des provinces quant à la façon dont elles comptent dépenser ces dépenses-là en santé »,
dit-il.

« Le gouvernement fédéral, continue-t-il, ne [va] pas faire comme le gouvernement conservateur, c’est-à-dire écrire un chèque et ne pas vouloir parler du système de santé. Nous, on veut faire partie de cette préoccupation énorme qu’ont les Canadiens par rapport à leur système de santé et on va le faire en respectant les compétences des provinces, en collaboration. Mais ce ne sera pas tout simplement d’envoyer de l’argent. »

Quand on lui demande s’il s’engage à respecter le principe du fédéralisme asymétrique — consacré lui aussi par Paul Martin — par lequel le Québec pourrait, par exemple, ne pas se plier aux exigences d’Ottawa en santé, Justin Trudeau fait un détour pour dire qu’il y a un « niveau de collaboration, de coopération, de respect entre Québec et Ottawa qui est du jamais vu depuis longtemps ». Il ajoute que « ce sont des principes de politologues quant à la façon dont on va fonctionner. C’est moins important pour moi que de pouvoir démontrer qu’on travaille très bien ensemble dans le respect des compétences, dans le respect des attentes des gouvernements et des citoyens ». Il finit par dire que « c’est une conversation que [Gaétan] Barrette va avoir avec ma ministre de la Santé ».


Philpott en rajoute

Le mot d’ordre libéral était clair, lundi. Alors qu’elle s’apprêtait à rencontrer ses homologues provinciaux, la ministre de la Santé, Jane Philpott, a elle aussi indiqué qu’elle voulait plus de garanties des provinces.

« Je ne sais pas où l’argent va. On donne de l’argent dans le Transfert canadien en santé et cela va dans les revenus généraux des provinces. Nous voulons discuter des moyens de s’assurer que l’argent va à la santé. »

Le ministre ontarien, Eric Hoskins, a répliqué que l’argent ne serait pas détourné à d’autres fins. « Une augmentation serait certainement dépensée sur le budget ontarien de la santé », a-t-il dit.

Les ministres de la Santé ont demandé dans une déclaration finale lundi que la diminution du transfert annoncée soit reportée jusqu’à ce que les premiers ministres aient le temps de rencontrer Justin Trudeau. Leur rencontre avec Mme Philpott se poursuit néanmoins aujourd’hui.

Avec Marie Vastel et La Presse canadienne


À bas les transferts !

Terminé, les provinces qui « vont quémander plus d’argent » en transferts en santé. Fini l’ingérence d’Ottawa « qui va essayer de dicter comment et où l’argent sera dépensé ». L’aspirant-chef conservateur Maxime Bernier propose carrément d’éliminer le transfert fédéral en santé et de transférer les points d’impôts équivalents aux provinces.

Il n’y aura pas de réduction des sommes allouées qui représenteraient toujours 36 milliards, assure Maxime Bernier. « C’est juste une façon différente de les allouer. »

M. Bernier reconnaît qu’un point d’impôt peut représenter une somme moindre dans une province plus pauvre que dans une province plus riche. « Pour le combler, pour être équitables envers l’ensemble des provinces, nous allons utiliser la péréquation », explique-t-il, en invitant en outre les provinces à « briser le tabou entourant le rôle du privé dans les soins de santé. »
16 commentaires
  • Maxime Parisotto - Inscrit 18 octobre 2016 00 h 43

    Il a parfaitement raison!

    • Raymond Chalifoux - Abonné 18 octobre 2016 07 h 51

      Oui, et comme vous le dites si bien Maxime Parisotto, il devrait également du même souffle, favoriser l'accès universel à un bon naturopathe - et particulièrement au Québec qui en cette matière, foi de Couillard-Barrette, retarde comme nul autre dans ce pays -, car effectivement, prévenir coûte bien moins cher - surtout sur le long terme - que de (ne pas) guérir.

      Pour paraphraser Péloquin : « Vous êtes pas écoeurés de.. plastrer des symptômes.. bandes de caves »

      (Oui, je sais, bien trop nombreux sont ceux qui n'ont pas la moindre idée de ce qu'est un bon naturopathe, d'où le problème de type saucisse H.)

    • Jean-François Trottier - Abonné 18 octobre 2016 08 h 00

      ... et, plutôt que de demander une reddition de comptes des provinces envers leurs électeurs, il se pose en arbitre pour contrôler la gestion de la santé.

      Un vieux truc très Trudeauesque. Il veut toute la visibilité, tout le contrôle, tout et plus.

      Mais ce faisant, il reste dans le vague et les discussions se feront à huis clos, ce qu'il sait parfaitement. Alors, seulement une poignée de politiciens et de technocrates sauront vraiment de quoi il retourne, et tous nous lancerons de beaux slogans sans jamais aller au coeur du sujet. À ce jeu, Trudeau est un as et Couillard, un bon valet.

      En fin de compte, Trudeau comme les autres traite les électeurs d'imbéciles à force de ne présenter que la couleur et pas le fond. L'unique différence est qu'il a le gros bout du bâton.

      Le vrai débat, qui en est un de pouvoir pour Trudeau, reste en coulisse.

      Ottawa, et Trudeau en est l'âme, est comme une montre arrêtée. Il suffit d'attendre d'avoir raison (deux fois aux 24 h.) pour le crier très fort à ce moment et en tirer les dividendes.

      Pendant ce temps, Couillard ne rêve que de se débarrasser de cette patate chaude, en bon démissionnaire en chef, tout en
      ayant l'air
      de laisser l'impression
      de faire semblant
      de jouer le rôle
      d'une caricature de gestionnaire.

      On peut ajoute de ces tartufferies à l'infini.

  • Chantale Desjardins - Abonnée 18 octobre 2016 04 h 10

    A quoi sert notre argent à Ottawa?

    A la fondation de l'assurance santé, Ottawa participait à 50% du financement et maintenant il contribue à16 ou 20%. Notre argent sert à faire la guerre, à recevoi le prince britannique et sa famille, à financer les voyages de Trudeau en Chine, en France et ailleurs. La santé est de juridiction provinciale et les provinces n'ont pas à expliquer à quoi sert l'argent. C'est évident que l'argent sert à la santé car le coût est exhorbitant. Pourquoi faire une dispute et créer un malaise?

    • Christian Methot - Abonné 18 octobre 2016 07 h 29

      Les dépenses dont vous parlez sont minimes par rapport à celles en santé. Le budget de la défense nationale canadienne est d'environ 19 milliards par année. Quant aux voyages à l'étranger, ce sont des pécadilles par rapport à l'ensemble du budget. Par ailleurs, il est normal selon moi que le chef d'état d'un pays développé de près de 35 millions comme le Canada voyage à l'étranger.

      Pour vous donner une idée des ordres de grandeur, le budget de la santé au Québec seulement tourne autour de 35 milliards par année (et on ne sait même pas où va une partie de cet argent et à quoi il sert).

      Je crois que les provinces ont des comptes à rendre: notre système de santé fonctionne mal, considérant tout l'argent qui y est investi. On se soucie assez peu des résultats pour les patients, et on est peu enclin à implanter des approches fondées sur les données probantes. Il faut que ça change, pour le bien-être de nos concitoyens, et pour la saine gestion des taxes et impôts que nous payons.

    • Jean-Marc Simard - Abonné 18 octobre 2016 08 h 19

      Bon commentaire Madame Desjardins...

      Si Trudeau demande aux Provinces de rendre des comptes sur les transferts de notre argent en santé, les Provinces devraient être en droit d'exiger des comptes concernant ce qu'Ottawa fera de l'argent autrefois dû pour la santé...Est-ce du détournement que de consacrer de l'argent dû pour la santé en l'orientant vers des fonds qui servent à soutenir l'effort de guerre du Canada, ou pour payer les voyages de Trudeau ou de la gent monarchique ? Vous avez raison de poser la question...À Trudeau de répondre...

    • Hélène Paulette - Abonnée 18 octobre 2016 08 h 42

      En effet, nous aurions nous aussi des questions à poser à Justin...

    • Raymond Labelle - Abonné 18 octobre 2016 10 h 05

      JT a raison sur ce point. Le fait que le gouvernement fédéral puisse avoir tort sur un autre sujet est une autre question à traiter séparément.

      Nous devrions avoir en mémoire ce geste honteux du gouvernement Charest minoritaire qui a affecté le transfert de santé à une baisse d'impôts pour corrompre les électeurs aux élections suivantes. On comprend la méfiance de JT.

      Le compromis possible: que les provinces affectent le transfert pour la santé comme elles l'entendent, mais que ça soit en santé. Mais on préférerait que le Québec consacre ces montants aux soins à domicile plutôt qu'à l'augmentation des salaires des médecins...

      L'idée que le fédéral force à consacrer les montants aux soins à domicile n'est pas si mauvaise - ne devrait-il pas s'agir d'une haute priorité dans les conditions actuelles de vieillissement de la population et d'engorgement des urgences?

  • Patrick Daganaud - Abonné 18 octobre 2016 06 h 59

    IMAGINE LE TROU...

    Barrette compte beaucoup sur le tranfert du fédéral pour payer une partie de la MASSE SALARIALE MAJUSCULE des médecins. On comprend mieux sa fébrilation ventriculaire.

    Il faut aussi financer les mégacliniques.

    Et la gourmandise de l'industrie pharmaceutique...

  • Patrick Daganaud - Abonné 18 octobre 2016 07 h 01

    SUR LA PHOTO

    Les plumes n'ont pas encore poussé, mais les ailes sont déjà là : Justin est un ange devenu !

  • Yvon Robert - Abonné 18 octobre 2016 09 h 06

    Le fédéral doit se retirer

    Le fédéral devrait se retirer du domaine de la santé et céder des points d'impôts aux provinces,la solution Bernier.Le système est déjà paralysé par la bureaucratie pourquoi en ajouter.La santé est une juridiction provinciale forçons le fédéral à respecter la constitution.