Commandites: Paul Martin congédiera s'il le faut, quand il le faudra

Paul Martin dit qu’il n’a pas encore décidé de sévir contre certains dirigeants de sociétés d’État, mais qu’il n’hésitera pas à le faire le moment venu.
Photo: Jacques Nadeau Paul Martin dit qu’il n’a pas encore décidé de sévir contre certains dirigeants de sociétés d’État, mais qu’il n’hésitera pas à le faire le moment venu.

Le premier ministre canadien Paul Martin a jugé hier qu'il était hâtif de parler de suspension ou de congédiement pour les trois dirigeants de sociétés de la Couronne qui seraient impliqués dans le scandale des commandites. Il a cependant promis que des décisions seraient prises dès que le président du Conseil du trésor, Reg Alcock, aura rendu son rapport.

Interrogé sur les manchettes annonçant le congédiement ou la suspension possible de Jean Pelletier (Via Rail), André Ouellet (Postes Canada) et Michel Vennat (BDC), M. Martin a assuré que «la manchette ne reflétait pas vraiment l'évolution du dossier». Il a toutefois promis de faire preuve de célérité si des recommandations en ce sens étaient données.

Le premier ministre n'a pas spécifié comment seraient punis les éventuels coupables mais, selon son lieutenant politique au Québec, Jean Lapierre, ce sont là des questions de confiance qui devront être débattues une à une. «Il y a de nombreux niveaux d'implication à prendre en compte», a-t-il mentionné en ajoutant qu'il faudra faire preuve de souplesse. «Vous pouvez être ferme, mais il faut aussi être juste.»

Interrogé sur les progrès faits par le président du Conseil du trésor, Paul Martin s'est contenté de dire, en conférence de presse, hier, à Montréal, qu'il en avait fait «beaucoup». Pressé de mettre la vérité au jour, le premier ministre a toutefois rappelé que la précipitation ne devait pas empêcher le président du Conseil de faire son travail. «On veut agir le plus vite possible, mais on veut aussi agir en toute connaissance de cause», a-t-il rappelé.

Des objectifs nationaux

Venu rencontrer les maires de la Communauté métropolitaine de Montréal et le Front d'action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU), le premier ministre s'est rapidement débarrassé hier de la question des commandites pour aborder ses «ambitions nationales», annonçant notamment la mise en place d'un éventuel plan quinquennal pour le logement social.

Interrogé sur les raisons qui l'ont amené à rencontrer des artisans de la communauté montréalaise, M. Martin a répondu que la seule façon de mener à bien des objectifs nationaux était «de travailler en partenariat étroit avec les provinces et les municipalités, les petites comme les grandes».

Ce partenariat a été salué par les trois maires de la communauté urbaine de Montréal qui ne veulent surtout pas entendre parler d'une entente bipartite et encore moins «discuter de choses constitutionnelles», comme l'a confirmé le maire de Montréal, Gérald Tremblay, ravi d'avoir enfin obtenu «des réponses».

Le maire de Longueuil, Jacques Olivier, a lui aussi souligné les qualités de ce nouveau partenariat basé avant tout sur le remboursement de la TPS payée par les villes. «On a un premier ministre qui a décidé de révolutionner ces rencontres et de dire une fois pour toutes que les maires sont des partenaires, a dit M. Olivier qui en a profité pour inviter le gouvernement québécois à faire de même avec la TVQ.

Du côté du logement social, la rencontre du premier ministre avec le FRAPRU a tenu plus de la bonne volonté que de l'action. Outre le plan quinquennal obtenu à l'arraché — mais qui ne sera discuté que dans les prochains engagements électoraux —, M. Martin a promis de faire la lumière sur les 320 millions annoncés dans le budget Manley et qui n'ont toujours pas été débloqués sous prétexte que certaines provinces n'ont pas encore dépensé l'enveloppe précédente.

Qualifiant de «minimum» le déblocage de ces fonds, dont 80 à 100 millions sont destinés au Québec, le porte-parole du FRAPRU, François Saillant, a promis qu'il suivrait le dossier de très près. D'autant plus qu'il s'est dit «très déçu» de voir que Paul Martin n'annoncerait rien pour le logement social dans son prochain budget.

Accusé de s'être désintéressé du dossier, Paul Martin a tenté de corriger cette impression en rappelant que l'argent destiné au logement social avait continué à être versé, même après que le gouvernement fédéral se fut retiré du financement du logement social, au début des années 1990. «Là, on a besoin d'un échéancier sur lequel les villes pourront compter», a expliqué M. Martin.