Le Canada prendra le bouclier antimissile morceau par morceau

Ottawa — Le Canada n'a pas offert ni ne s'est fait demander d'installer des morceaux du bouclier anti-missile américain sur son territoire. Il n'a toutefois pas fermé la porte à des demandes futures. C'est ce qui se dégageait hier des réponses du ministre de la Défense, David Pratt, aux Communes et de celles du sous-ministre adjoint des Affaires étrangères, James Wright, devant un comité du Sénat.

«La seconde hypothèse [de la députée] est de savoir si les États-Unis pourraient avoir besoin de notre territoire si nous décidions de participer. Nous ne le savons pas pour le moment», a répondu M. Pratt au NPD.

M. Pratt était pris à partie par le Bloc et le NPD pour des déclarations faites la veille sur le réseau CTV. Lors d'une entrevue diffusée dimanche, il n'a jamais écarté la possibilité de permettre le déploiement sur le sol canadien d'intercepteurs de missiles balistiques, et ce, malgré les questions très précises du journaliste.

«Nous ne disons pas non, nous ne disons pas oui. Nous voulons comprendre comment l'architecture de ce système antimissile fonctionnera», a-t-il alors dit.

Témoignant devant le comité sénatorial sur la sécurité nationale et la défense, M. Wright a maintes fois souligné que les discussions sur l'éventuelle participation du Canada ne portaient que sur le projet «actuel» des États-Unis, soit un bouclier limité, basé au sol et en mer et dépourvu d'armes spatiales. Les premiers éléments, avec intercepteurs en Alaska et en Californie, doivent entrer en opération à l'automne. Le déploiement durera quelques années pour atteindre 40 intercepteurs au sol et en mer

Les États-Unis ont averti dès le départ qu'ils n'attendaient ni argent ni territoire du Canada pour réaliser cette phase, a indiqué M. Wright à plusieurs reprises. Quant au Canada, a-t-il précisé, il estime que sa contribution actuelle à travers NORAD devrait généralement convenir.

Quand le sénateur libéral Jim Munson lui a rappelé que le ministre n'avait pas écarté la possibilité d'installations au Canada, le fonctionnaire a d'abord répliqué qu'il vaudrait mieux poser cette question «hypothétique» aux autorités politiques. «Cela n'a absolument pas été exclu», a-t-il toutefois convenu, pour ajouter aussitôt: «Mais ce sont les États-Unis eux-mêmes qui nous ont clairement dit, d'entrée de jeu, qu'ils ne cherchaient pas pour le système limité actuel à avoir accès au territoire canadien.»

Le ministre et le sous-ministre adjoint ont aussi répété qu'aucune décision sur la participation canadienne n'avait encore été prise — elle ne sera pas prise avant quelques mois — mais à la suite de l'exposé de M. Wright, on pouvait comprendre que le gouvernement préférerait participer au bouclier. La principale raison demeure le maintien du rôle de NORAD en matière d'alerte et de surveillance aérospatiale et par ricochet, la préservation de l'influence que le statut d'égal au sein de NORAD assure au Canada.

«Si NORAD ne remplit pas cette fonction [d'alerte dans le cadre du bouclier], le risque est de voir NORAD, en tant qu'institution, diminuée et contournée avec la mise en place par les États-Unis d'une structure de commandement strictement américaine», a déclaré M. Wright, après avoir rappelé que les Américains comptaient aller de l'avant, que le Canada le veuille ou non.

Du côté du Bloc québécois et du NPD, on craint plutôt que le Canada ne se trouve entraîné dans l'arsenalisation de l'espace. Le Canada demeure opposé au déploiement d'armes dans l'espace, ont de nouveau souligné MM. Pratt et Wright, et le projet «actuel» des États-Unis ne prévoit pas d'intercepteurs spatiaux.