Irak: la mission canadienne est passée à l’offensive

Le lieutenant-général Stephen Bowes (droite) et le commandant adjoint du Commandement des Forces d’opérations spéciales du Canada, Peter Dawe.
Photo: Sean Kilpatrick La Presse canadienne Le lieutenant-général Stephen Bowes (droite) et le commandant adjoint du Commandement des Forces d’opérations spéciales du Canada, Peter Dawe.

La mission d’entraînement en Irak a évolué, et les forces spéciales accompagnent désormais les forces kurdes plus souvent sur la ligne de front. Résultat : les soldats canadiens ont échangé des tirs avec le groupe armé État islamique à « plusieurs reprises » depuis janvier.

C’est parce que les forces kurdes font tant de progrès que les forces canadiennes sont passées d’un rôle d’entraînement à ceux de conseil et d’assistance, a fait valoir la Défense lors d’une séance d’information jeudi. « La mission a évolué. Elle est passée d’une mission plus défensive à une mission plus offensive », a résumé le brigadier général Peter Dawe, commandant adjoint du Commandement des Forces d’opérations spéciales du Canada.

« Il y a eu plusieurs incidents lors desquels des membres de notre force opérationnelle se sont défendus contre des tirs lorsqu’ils travaillaient aux côtés de leurs collègues des forces de sécurité kurdes, qu’ils se sont portés à la défense de Kurdes qui leur en avaient fait la demande, ou pour protéger des non-combattants dans le secteur de combat », a-t-il expliqué, en notant qu’aucun Canadien n’a été blessé. « C’est un environnement plus fluide, plus dynamique et, par conséquent, on se retrouve sur la ligne de front plus souvent. […] Ça devient un petit peu plus la norme. […] Et par conséquent, le niveau de risque pour nos troupes a augmenté. »

Impossible, toutefois, de savoir à combien de reprises les forces canadiennes ont été la cible de tirs ennemis ou à quelles dates. La Défense a systématiquement refusé de le dévoiler, citant des « raisons de sécurité opérationnelle ». « Nous avons affaire à un ennemi rusé, très bien informé, qui sait établir des tendances quant à notre présence sur la ligne de front, déceler des techniques, des tactiques et des procédures, a argué le brigadier général Dawe. On ne veut pas leur donner un avantage. »

Pourtant, à l’hiver 2015, la Défense avait affirmé lors d’une même séance d’information que les forces canadiennes passaient 20 % de leur temps avec les Kurdes sur la ligne de front, travaillant en retrait le reste du temps en leur offrant de la formation.

Le changement de ton de l’armée a fait sourciller les partis d’opposition, qui ont accusé les libéraux de manquer de transparence. Le ministre de la Défense, Harjit Sajjan, a rejeté cette critique. « Nous allons être ouverts et transparents, mais je ne mettrai jamais nos troupes en danger », a-t-il scandé. Ces données ne sont plus rendues publiques, pas plus que les lieux d’opération des forces canadiennes, car « la situation sur le terrain a changé » et les « mesures de sécurité opérationnelles [sont] un peu différentes », a pour sa part affirmé le brigadier général Dawe.

Le conservateur James Bezan trouve cependant que le ministre Sajjan est « hypocrite », car les libéraux réclamaient ces mêmes informations au gouvernement conservateur lorsqu’ils étaient dans l’opposition. « Il retient de l’information. Il se cache derrière l’excuse de la prétendue sécurité opérationnelle, a reproché M. Bezan. Une fois qu’une bataille a eu lieu, l’information devrait être partagée avec les Canadiens. »

Le néodémocrate Randall Garrison est du même avis. « La préoccupation de la sécurité est légitime. Mais je ne comprends pas en quoi des séances d’information après que certaines opérations ont été menées peuvent menacer nos troupes », a-t-il avancé, en rappelant que le NPD s’était justement opposé à la mission libérale de peur qu’un rôle de conseiller ne mette les forces canadiennes en danger.

3 commentaires
  • Patrick Daganaud - Abonné 7 octobre 2016 06 h 45

    MISSIONS HUMANITAIRES?

    Missions humanitaires, selon Trudeau en campagne.

    Mais...

    La mission d’entraînement en Irak a évolué...Passage d’une « mission plus défensive à une mission plus offensive »...

    Bush, sors de ce corps!

  • Bernard Terreault - Abonné 7 octobre 2016 09 h 32

    Les Kurdes

    En Irak, ce n'est pas l'armée irakienne qui fait le gros du travail, mais les Kurdes! Pas un bon signe de santé pour ce gouvernement mis en place par les Américains. Mais les Kurdes, nos alliés actuels, ont aussi des ambitions en Turquie et en Syrie, et aussi en Irak même où ils aimeraient avoir une autonomie sinon l'indépendance complète. Les Kurdes, un peu comme les Israéliens, sont des patriotes à tout crin et qui prennent les moyens de réaliser leurs rève national. (La question n'est pas de savoir si les Kurdes ont des "bonnes" raisons de vouloir leur état, la morale n'a rien à voir en politique.) Mais une fois qu'ils auront servi les intérêts des Américains, ils risquent d'être abandonnés par eux.

  • Pierre Fortin - Abonné 7 octobre 2016 16 h 40

    Les élus n'auraient pas droit au secret défense?


    « Impossible, toutefois, de savoir à combien de reprises les forces canadiennes ont été la cible de tirs ennemis ou à quelles dates. La Défense a systématiquement refusé de le dévoiler, citant des "raisons de sécurité opérationnelle". »

    Tellement facile d'invoquer le secret défense pour ne jamais avoir à se justifier. Essaye-t-on de nous faire croire, dans ce cas-ci, que l'ennemi ne sait pas quand il ouvre lui-même le feu?

    Le brigadier Dawe craint-il qu'on découvre que les Forces canadiennes ont outrepassé les règles d'engagement que lui a imposées le Parlement? En aucun moment un blackout ne dispense l'état-major de se justifier devant les élus et le ministre Sajjan doit en répondre.