Premier débat entre les trois candidats - Les conservateurs se cherchent... un premier ministre

Belinda Stronach a subi le feu croisé des deux autres candidats, Stephen Harper (à gauche) et Tony Clement, lors du premier débat, hier à Ottawa, en vue de l’élection du chef du nouveau Parti conservateur.
Photo: Agence Reuters Belinda Stronach a subi le feu croisé des deux autres candidats, Stephen Harper (à gauche) et Tony Clement, lors du premier débat, hier à Ottawa, en vue de l’élection du chef du nouveau Parti conservateur.

Ottawa — Jusqu'à tout récemment, le nouveau Parti conservateur considérait sa course au leadership comme l'occasion d'élire un futur chef de l'opposition officielle à la Chambre des communes. Avec le scandale des commandites à Ottawa et l'effondrement du Parti libéral dans les sondages, c'est désormais un premier ministre potentiel qu'il recherche. Pas étonnant, dans ce contexte, que le premier débat des candidats, qui avait lieu hier à Ottawa, ait été l'occasion de s'en prendre à l'inexpérience politique de la femme d'affaires Belinda Stronach.

Autant Stephen Harper que Tony Clement s'en sont pris à Mme Stronach, une jeune femme d'affaires millionnaire ayant pris la relève de son père à la tête de l'entreprise Magna International, un géant de la pièce automobile. Cette dernière s'est défendue en faisant valoir son expérience dans le milieu des affaires. «Cela a déjà été ce qui faisait le charme de [Paul] Martin», a rétorqué M. Harper.

M. Harper, qui mène largement dans cette course au leadership, se présente comme le meilleur candidat parce qu'il est déjà chef (de feu l'Alliance canadienne) et qu'il a de l'expérience. «Le nouveau Parti conservateur doit être prêt à gouverner et son chef, prêt à mener. Ce n'est pas le moment de prendre un risque avec un nouveau chef.»

L'ancien ministre ontarien Tony Clement, donné bon dernier dans cette course, s'est montré le plus agressif des trois adversaires. Il enfonce le même clou en reprochant à Mme Stronach son manque d'expérience et de clarté sur certains enjeux et en rappelant à M. Harper ses commentaires passés.

«Si l'élection générale porte sur nous, sur quelque chose que Belinda Stronach a dit à propos de la médecine à deux vitesses ou quelque chose que Stephen Harper a dit à propos des provinces maritimes, du Québec ou [de l'érection] d'un mur autour de l'Alberta, nous perdrons! [...] Il ne faut pas que notre chef soit sur la défensive, qu'il ait à expliquer son point de vue aux Canadiens. Nous n'avons pas le temps de nous expliquer, de nous excuser ou de nous rétracter.»

M. Harper s'est aliéné les provinces atlantiques pour avoir un jour déploré leur attitude attentiste par rapport au gouvernement fédéral. Ses commentaires sur le français (qui n'a pas besoin de protection parce qu'il n'est pas en danger selon lui) en a enragé plusieurs au Québec. Enfin, il a déjà dit que l'Alberta, la plus riche des provinces, devrait peut-être construire autour d'elle un «mur pare-feu».

Belinda Stronach a quant à elle semé la confusion cette semaine en répondant au Globe and Mail, qui lui demandait si elle permettrait aux citoyens de payer pour obtenir des soins de santé plus rapidement, qu'elle était en faveur du libre choix. Elle n'a pas vraiment clarifié sa position hier en disant, d'une part, vouloir respecter la Loi canadienne sur la santé, mais, d'autre part, rechercher des moyens d'«innover» pour assurer la longévité du système.

Les «cassettes» de Mme Stronach

Mme Stronach insiste elle aussi sur l'incapacité de M. Harper d'attirer des militants en dehors des rangs alliancistes/réformistes. «Stephen, lui a-t-elle lancé, les Canadiens savent ce en quoi vous croyez. Pendant trop longtemps, notre base d'appuis a été trop étroite.» M. Harper réfute ces attaques en rappelant qu'il a présidé à la fusion des deux partis de droite. «J'ai bâti le pont sur lequel M. Clement et Mme Stronach peuvent aujourd'hui marcher.»

Si M. Harper, en meneur, a joué les bons princes hier et M. Clement, en perdant, a joué le tout pour le tout, Mme Stronach a fait, elle, étalage du manque de profondeur de sa candidature en s'en remettant continuellement à sa «cassette» de déclarations. «Elle suivait bien son script», a d'ailleurs conclu M. Clement.

Par exemple, elle évite encore de dire comment elle financerait les importantes baisses d'impôt et les augmentations du budget de défense qu'elle promet en évoquant seulement une économie fortifiée. Elle a toutefois promis que toutes les dépenses du gouvernement seraient revues par un comité citoyen d'évaluation qu'elle mettrait sur pied. Des députés y siégeraient aussi, mais Monsieur et Madame Tout-le-monde y formeraient la majorité.

Elle ne veut toujours pas dire non plus si elle aurait envoyé des troupes en Irak aux côtés des États-Unis. Harcelée par les journalistes après le débat, elle a finit par dire: «Nous aurions dû appuyer les États-Unis, et cela aurait dû être sous forme de maintien de la paix ou de construction de la société.»

Sur cette question, M. Harper s'est montré le plus direct. Lorsque les intérêts sécuritaires du Canada sont en jeu, «vous ne vous en remettez pas à l'ONU qui est, en toute franchise, une coalition d'un peu tout le monde: les bons, les méchants, les amis, les adversaires. Vous prenez une décision en concertation avec vos alliés».