Forces kurdes : Ottawa veut des garanties avant d’envoyer des armes

Les forces kurdes combattent le groupe armé État islamique au côté de la coalition internationale.
Photo: Joseph Barrak Agence France-Presse Les forces kurdes combattent le groupe armé État islamique au côté de la coalition internationale.

Le plan du gouvernement libéral de fournir des armes aux forces kurdes en Irak est freiné par des craintes de voir l’équipement militaire être utilisé à des fins autres que celle de combattre le groupe armé État islamique (EI).

Les appels à la création d’un État kurde indépendant du reste de l’Irak se font de plus en plus entendre dans certains cercles kurdes, et des allégations — réfutées par les Kurdes — laissent croire qu’ils commettent des crimes de guerre.

Le gouvernement de Justin Trudeau a affirmé en février que le Canada fournirait des armes légères, des munitions et des viseurs optiques aux Kurdes dans le cadre de la refonte de la mission canadienne pour combattre le groupe EI. Ottawa a augmenté le nombre de membres des forces spéciales en Irak à environ 200 militaires, et a retiré les avions de combat canadiens de la campagne de bombardements dirigée par les États-Unis.

Mais près de huit mois après l’annonce des changements à la mission canadienne, rien n’a été livré en termes d’armes et de munitions aux Kurdes.

Le gouvernement a encore l’intention de fournir des armes aux Kurdes, a dit par courriel la porte-parole de la Défense nationale, Ashley Lemire. Mais tout d’abord, le Canada doit obtenir des « garanties diplomatiques irakiennes » que l’équipement sera utilisé en respect du droit international.

Mme Lemire a fait valoir qu’il fallait du temps pour un « effort interdépartemental coordonné pour s’assurer de la bonne gouvernance et de la reddition de comptes dans la livraison d’équipement [militaire] ».

« La planification se poursuit », a-t-elle indiqué.

Le gouvernement en a peu dit sur le nombre et les caractéristiques des armes que le Canada enverrait en Irak.

Des responsables ont indiqué, mardi, que le Canada ferait des acquisitions sur les marchés, qui devraient inclure des fusils, des mitrailleuses et des mortiers légers.

Certains détracteurs ont souligné que la fourniture d’armes à certains groupes impliqués dans des conflits violents ne fait que contribuer à la poursuite des affrontements, tandis que des informations circulent sur la disparition, le vol ou la revente de ces armes.

Un article du New York Times indiquait le mois dernier que les États-Unis avaient perdu la trace de centaines de milliers d’armes livrées en Irak et en Afghanistan depuis 2001. Plusieurs d’entre elles se sont retrouvées sur le marché noir ou même entre les mains de groupes comme le groupe EI.

2 commentaires
  • André Mainguy - Inscrit 27 septembre 2016 22 h 54

    Kurdes, Ottawa veut des garanties avant d'envoyer des armes.

    Si on ne veut pas d'État Kurde, lesquels sont regroupés en Turquie, Irak, Iran et Syrie, il est fort probable que le Canada refusera cette aide militaire aux comattants Kurdes.

    Déjà que la vente de blindés légers munis de tourelle avec canon de très haute précision vendus à l'Arabie saoudite n'offre aucune vraie garantie que ces blindés ne seront pas utilisés contre des civils.

    Le 15 août dernier, les bombardiers de la coalition dirigée par ,Arabie saoudite a détruit un hôpital au Nord Yement avec une bombe américaine guidée.Il y a eu 24 morts et 19 blessés.

  • Jean-Pierre Martel - Abonné 27 septembre 2016 23 h 30

    Ménager les susceptibilités turques

    Il faut nuancer.

    Il est vrai que beaucoup d’armes américaines se sont retrouvées entre les mains de l’État islamique, notamment à la suite de la prise de Mossoul (la 2e ville d’Irak) par l’ÉI.

    À cette occasion, l’armée irakienne (équipée par les États-Unis) a déguerpi en laissant sur place une quantité considérable d’armement dont 250 jeeps blindés Humvee, trente chars M1-Abrahams et des chars de combat M1129 Stryker.

    De plus en Syrie, il y a une grande perméabilité entre les différentes milices islamistes. On change d’allégeance comme on change de chemise. Conséquemment, les armes de l’un finissent par se retrouver ailleurs.

    Et puis, il y a tous ces combattants formés et armés par les Américains qui ont disparu dans la nature dès qu’ils ont été parachutés en Syrie.

    Quant aux Kurdes, c’est très différent. Les Pechmergas sont des nationalistes qui luttent pour la création de leur pays. Ces combattants sont très différents des mercenaires islamistes venus de différents pays et qui se vendent au plus offrant.

    La crainte du Canada, c’est que ces armes finissent par servir à lutter contre le génocide kurde en Turquie. Je ne crois pas que le très contrôlant Erdogan voit ces ventes canadiennes d’un très bon œil.