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L’opposition à la défense des provinces

La ministre de l’Environnement Catherine McKenna
Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne La ministre de l’Environnement Catherine McKenna

L’avertissement envoyé par la ministre de l’Environnement aux provinces dimanche lui a valu des critiques de toutes parts à la Chambre des communes lundi, mais pour différentes raisons. Les conservateurs l’accusent d’imposer une nouvelle taxe aux Canadiens et le NPD d’avoir des cibles de réduction de gaz à effet de serre trop peu ambitieuses. La ministre, de son côté, promet de travailler avec ses homologues, même si elle compte à terme leur imposer un prix sur le carbone.

La relation fédéral-provinciale était au coeur des débats en ce jour de rentrée parlementaire à Ottawa. Les partis d’opposition ont fait front commun en dénonçant les intrusions des libéraux dans la lutte contre les changements climatiques, mais aussi dans les transferts en santé qui pourraient être accompagnés de conditions.

La ministre de l’Environnement, Catherine McKenna, a statué dimanche que le fédéral imposerait un prix minimum au carbone partout au pays afin de forcer la main aux provinces qui refusent de le faire.

Or, aucune des provinces contactées par Le Devoir ne s’est dite concernée par la mise en garde, car elles estiment toutes déjà faire ce qu’il faut.

À Québec, on note que le fédéral promettait en mars dernier une « flexibilité nécessaire » aux provinces et on rappelle les efforts du gouvernement provincial en matière de réduction de GES. « Le gouvernement fédéral doit respecter les champs de compétence des provinces et agir de manière complémentaire et en appui à cela », a fait valoir le bureau du ministre de l’Environnement David Heurtel.

En Colombie-Britannique, on rappelle avoir imposé une taxe sur le carbone de 30 $ la tonne et on ajoute qu’on serait prêt à l’augmenter si les autres provinces font de même. À l’Île-du-Prince-Édouard, on explique que la province a déjà diminué de 20 % ses émissions par rapport à leur niveau de 2004, et ce, sans qu’il ait été nécessaire d’instaurer une taxe sur le carbone ou de se joindre à un marché de plafonds et d’échanges. Idem en Nouvelle-Écosse, où on se dit en bonne voie d’atteindre son objectif de réduire les émissions de 40 % par rapport à leur niveau de 2005 d’ici 2030. Au Nouveau-Brunswick, un comité législatif étudie toujours la question.

Pour l’instant, seul le premier ministre de la Saskatchewan Brad Wall critique l’approche d’Ottawa. « Ce n’est pas l’approche collaborative que le premier ministre a promise lorsqu’il a été élu », a-t-il dit sur les ondes de CTV.

Un reproche qui a aussi été adressé aux libéraux à Ottawa. « Ils ont complètement abandonné leur promesse », a scandé la chef intérimaire du Parti conservateur Rona Ambrose, dont les troupes s’opposent à toute tarification du carbone. « Au final, ils parlent de frais. C’est une taxe sur le carbone. […] Leur but n’est que d’aller chercher plus d’argent. »

La ministre a cependant aussi reconnu, lors de l’entrevue avecCTV, que le gouvernement Trudeau tenterait pour l’instant d’« au moins battre » les cibles de réduction de GES fixées par l’ancien gouvernement de Stephen Harper. « La ministre croit-elle que c’est ça, le changement, soit le plan conservateur présenté par les libéraux même si c’est avec un sourire ? », a lancé le chef du NPD, Thomas Mulcair, aux Communes.

Querelle sur la santé

Le gouvernement de Justin Trudeau a aussi été critiqué par le NPD en matière de santé, puisqu’il laisse entendre que ces transferts seront assortis de conditions afin que les sommes soient investies en soins à domicile et en santé mentale. « Les transferts en santé, on ne veut pas qu’il y ait de conditions », a tranché Alexandre Boulerice.

La ministre Philpott préfère parler d’une collaboration afin de s’inspirer de bons modèles de soins pour les importer ailleurs au Canada. « Ensuite, quand on regarde avec le recul, dans cinq ans, quand il sera peut-être temps de renégocier des accords en santé, on pourra dire que, oui, cet argent a bien été investi. »

Une explication qui n’a pas rassuré le conservateur Denis Lebel, qui estime que les libéraux laissent transparaître leur
« vraie nature », car ils « ont souvent été centralisateurs ». Le chef bloquiste Rhéal Fortin estime que le gouvernement Trudeau « abandonne l’ensemble du peuple québécois » en conservant le nouveau taux d’indexation des transferts arrimé à la croissance économique — ou au minimum 3 % — plutôt que les 6 % d’augmentation précédents. D’ailleurs, le chef du NPD Thomas Mulcair n’a pas manqué de souligner que les libéraux ont repris à leur compte cette formule dénoncée par les provinces.