Le NPD a perdu 75 % de ses membres québécois

Mars 2012. Thomas Mulcair est élu à la tête du NPD lors de la convention du parti qui se déroulait à Toronto. Quelques mois après son élection, le parti recensait 14 300 membres québécois.
Photo: Frank Gunn La Presse canadienne Mars 2012. Thomas Mulcair est élu à la tête du NPD lors de la convention du parti qui se déroulait à Toronto. Quelques mois après son élection, le parti recensait 14 300 membres québécois.

Le Nouveau Parti démocratique (NPD) a perdu les trois quarts de ses membres au Québec depuis la fin de la course au leadership qui avait mené à la victoire de Thomas Mulcair, en 2012. Les militants québécois ne représentent ainsi que 5 % des membres du parti à l’échelle du pays.

Selon des informations transmises au Devoir, le NPD compte aujourd’hui 3170 membres à travers la province. C’est une forme de retour à la case départ pour le parti, qui avait pratiquement le même nombre d’adhérents (2700) en septembre 2011, quatre mois après l’élection inattendue de 59 députés néodémocrates dans la province.

La vague orange qui avait alors déferlé avait surpris par son ampleur, notamment parce qu’elle survenait dans une province où le NPD n’avait pratiquement aucune racine. M. Mulcair était jusque-là le seul élu québécois du parti, et de nombreuses associations de circonscriptions n’étaient pas actives. Le recrutement de nouveaux membres était constamment évoqué comme un objectif important à atteindre.

La course à la succession de Jack Layton (décédé en août 2011) a d’ailleurs permis au NPD d’augmenter substantiellement le nombre de ses membres au Québec (et ailleurs au Canada). Quelques mois après l’élection de M. Mulcair à la tête du parti, celui-ci recensait 14 300 membres.

L’analyse des données du NPD montre toutefois que ces nouveaux membres ne le sont pas restés longtemps : en août 2013, il n’y avait plus que 4700 membres actifs, et 3300 un an plus tard. L’effet Mulcair sur l’effectif s’était dissipé à un moment où le parti talonnait encore les libéraux dans les sondages québécois — et alors que plus de 70 % des députés de la province étaient néodémocrates.

Le parti a subi essentiellement le même sort au niveau national. Quelque 131 000 membres avaient pu voter pour élire M. Mulcair en mars 2012. En septembre 2013, le parti comptait 82 000 membres. Ils sont aujourd’hui un peu plus de 69 000 (partout sauf au Québec, ce sont les NPD provinciaux qui gèrent les cartes de membre — la tenue d’élections dans une province ou l’autre peut ainsi avoir un effet sur l’effectif national).

Inquiétant ?

« Le renouvellement des cartes de membre est inquiétant », a lancé le député Alexandre Boulerice (Rosemont-La Petite-Patrie) lors d’un caucus tenu à Montréal la semaine dernière. « Il ne faut pas se mettre la tête dans le sable », disait-il en évoquant plusieurs défis auxquels font face les néodémocrates.

« Le contexte est un peu morose », reconnaît la directrice nationale adjointe du parti, Karine Fortin. Mais « le nombre actuel de membres est davantage le reflet de la culture politique au Québec [par rapport au NPD] que d’une situation inquiétante » pour le parti, estime-t-elle. « Nous n’avons jamais vraiment eu beaucoup de membres, sauf pour la course au leadership de 2012. La course actuelle devrait susciter de l’intérêt et amener de nouveaux membres ».

Dans cette optique, le parti n’a pas fait beaucoup d’efforts de recrutement depuis le congrès d’avril dernier (où M. Mulcair s’est fait montrer la porte par les militants), indique Mme Fortin : ce sera aux futurs candidats de labourer le terrain. « Le parti se concentre sur la recherche de donateurs et la mobilisation sur des enjeux importants. »

« Dans le contexte où le financement public a disparu, la priorité est beaucoup plus sur la recherche d’argent que sur le recrutement de membres », confirme une source au sein du parti. À cet égard, le portrait n’est pas nécessairement plus rose : le NPD a amassé 1,08 million au second trimestre de 2016, soit près de cinq fois moins que les libéraux et les conservateurs.

Mais la question des adhésions sera tout de même importante dans le contexte de la prochaine course à la direction. Le NPD opère selon la règle d’un membre, un vote. Or, à l’heure actuelle, les membres québécois ne représentent que 5 % du total national. « C’est très peu, mais on verra en janvier où en sont les choses avant de s’inquiéter », ajoute la même source.

Interrogé la semaine dernière sur l’état du parti au Québec, le chef en sursis, Thomas Mulcair, a indiqué qu’il faudra « s’armer de patience et d’un bon bâton de pèlerin » pour poursuivre le travail d’enracinement. Mais il estime que l’élection de 16 députés néodémocrates lors des dernières élections prouve que le parti dispose d’une base d’appui solide au Québec.

3170
Nombre de Québécois actuellement membres du NPD.
8 commentaires
  • Gérard D. Briand - Abonné 20 septembre 2016 01 h 11

    Mode de scrutin proportionnel et représentatif urgent, tant à Ottawa qu'à Québec

    Les difficultés actuelles du NPD le sont aussi d'un parti "non traditionnel" qui tentent depuis des décennies, de prendre sa place dans un régime parlementaire bipartiste de type britannique qui laisse peu de place à l'alternative, spécialement progressiste.

    Voilà pourquoi l'importance du député fédéral de Rosemont, Alexandre Boulerice et son parti d'agir présentement pour un changement important et ultra nécessaire dans le mode d'élection visant une proportionalité dans lemode de scrutin. Mode qui pourrait laisser plus de places, bien sûr au NPD, mais à une meilleure représentativité des tendances politiques contemporaines, tant à gauche qu'à droite, tant à Ottawa mais tout aussi urgente à l'Assemblée nationale à Québec.
    Dans le même sens et pour parvenir au Pouvoir, le NPD et son ou sa future chef-fe doivent regagner le centre-gauche du spectrum politique; espace qui a été habilement pris (sinon spolié) par un parti libéral fédéral qui avait habilement proposé par exemple la légalisation de la marihuana, un programme d'infrastructures urbaines et de logement, en environnement, dans l'accuil des réfugiés syriens; une plateforme électorale qui autrfois aurait été le propre du Nouveau parti démocratique et non celui des Libéraux associés à tant de scandales de corruption (commandites), de nominations partisanes et le reste...

    • Sylvain Auclair - Abonné 20 septembre 2016 08 h 07

      Avec une proportionnelle, l'Alberta serait dirigée par une coalition conservateur-Wildrose.

  • Jean-Pierre Lusignan - Abonné 20 septembre 2016 05 h 35

    Que seront les deux prochaines années?

    Beaucoup de membres québécois NPD espèrent un futur meilleur parce que plus juste et environnementalement plus sain... et attendent de voir s'il des chances d'advenir. Le NPD se cherche un chef. De plus, le nouveau gouvernement albertain est NPD et il promeut malheureusement grandement la construction de l'oléoduc de TransCanada. Ils donnent également du temps au gouvernement Trudeau, s'attendant encore, naïvement peut-être, à ce qu'il détruise une bonne partie de l'héritage laissé par le gouvernement Harper. Qu'ils le veuillent ou non, actuellement l'initiative appartient beaucoup au gouvernement actuel et le NPD devra conséquemment s'ajuster d'une manière et avec un aplomb que beaucoup de militants mesurent encore mal. Heureusement que l'aile parlementaire du NPD forme encore une excellent opposition!

  • Philippe Hébert - Inscrit 20 septembre 2016 08 h 15

    Le NPD ne connecte pas avec les québécois

    Le problème du NPD, c'est qu'il a été élu majoritairement par des québécois nationalistes qui ne se disent pas canadien d'abord et avant tout.

    De plus, le NPD a prit de très mauvaises décisions pour le Canada, contre la majorité des québécois.

    1- Ils étaient divisés sur le projet d'Énergie Est (ça fait dur pour un parti supposément progressiste)
    2- Ils étaient prêts à financer les recours contre toute charte de la laïcité au Québec (incluant une charte se limitant au rapport Bouchard-Taylor)
    3- Ils n'ont pas voulu créer de parti politique sur la scène provinciale québécoise pour ne pas diviser le vote fédéraliste.
    4- L'arrogance de Thomas Mulcair de dire au Canada anglais qu'ils ont réussi à se débarasser du Bloc Québécois. Le BQ qui à bien des égards a souvent été appuyé par des fédéralistes nationalistes québécois.
    5- Sans oublier qu'une énorme partie de la vague orange a été rendue possible grâce aux votes de souverainistes qui ne voulaient pas voter libéral et voulaient débarquer les conservateurs.
    6- Le NPD sous Mulcair a fait un virage sur laxe gauche-droite et n'était plus bien différent des libéraux.

    Pourquoi les québécois se reconnaîtraient-ils dans ce parti?

  • Tristan Roy - Abonné 20 septembre 2016 09 h 36

    « le nombre actuel de membres est davantage le reflet de la culture politique au Québec [par rapport au NPD] que d’une situation inquiétante »

    Plusieurs membres du NPD d'un comté sur l'île de Montréal (voisin d'Outremont!) ont voulu renouveller leur carte de membre en 2013 et ont contacté le NPD fédéral à Ottawa, en l'abscence de structure provinciale. On leur a répondu qu'on s'en occuperait mais il n'y a pas eu de suivi. Les cartes de membre n'ont pas été renouvellées malgré les demandes de ces membres.

    Je trouve vraiment regrettable que le NPD passe porter le blame de son manque d'organisation sur la "culture québecoise".

  • Daniel Bérubé - Abonné 20 septembre 2016 11 h 21

    Ne faudrait-il pas voir...

    la plus grande menace dans cette phrase dite dans le texte: ... « Dans le contexte où le financement public a disparu, la priorité est beaucoup plus sur la recherche d’argent que sur le recrutement de membres », confirme une source au sein du parti. À cet égard, le portrait n’est pas nécessairement plus rose : le NPD a amassé 1,08 million au second trimestre de 2016, soit près de cinq fois moins que les libéraux et les conservateurs. ...

    Ceci peut même représenter le talon d'achile de la politique actuelle: les partis financé seulement par les membres... donc: un parti représentant la droite (souvent la plus riche) n'aura pas trop a travailler pour amasser des fonds, les membres eux-même s'en occupent par des dons déductible d'impôt, mais ceux défendant les classes moins riches... auront plus de difficulté à s'amasser des fonds de cette façon...

    Il faut voir encore en cela un geste dégradant de ce que l'on appelle "politique", et Harper savait ce qu'il faisait quand il a coupé ce support aux partis dit "secondaire".

    Et... plus que malheureusement, je ne crois pas que Trudeau corrige la situation, car il est le second partis le plus important de la droite (même s'il a "emprunté" quantité d'idée du NPD pour se démarquer du PCC.) donc qui profite de cette situation: l'argent de manque pas pour lui non plus. Alors ceci explique très bien la phrase: " L'argent, c'est le pouvoir " !