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Des forces de persuasion inégales

Le ministre des Affaires étrangères, Stéphane Dion
Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne Le ministre des Affaires étrangères, Stéphane Dion

Les pressions exercées par le Canada pour la libération de Kevin Garratt en Chine seront difficiles à reproduire pour Homa Hoodfar, emprisonnée en Iran. « Nous avons des relations étroites maintenant nourries avec nos homologues chinois. On n’a pas ces relations avec l’Iran. On n’a même pas d’ambassade avec l’Iran. On n’a rien », a déclaré le ministre des Affaires étrangères, Stéphane Dion, lors d’un impromptu de presse, vendredi matin.

M. Garratt est rentré jeudi à Vancouver, après avoir passé deux ans en prison dans le nord de la Chine. Inculpé sous des motifs « d’espionnage » et de « vol de secrets d’État », il a été déporté vers le Canada après que le tribunal de Dandong eut rendu sa décision, selon le communiqué publié par sa famille. Son épouse, Julia Dawn Garratt, avait également été arrêtée en 2014, puis libérée sous caution six mois plus tard. Ils vivaient en Chine depuis environ 30 ans et tenaient un café près de la frontière de la Chine et de la Corée du Nord, tout en participant à des oeuvres caritatives chrétiennes.

Si « les plus hauts échelons du gouvernement du Canada ont été saisis » du dossier Garratt, comme l’a indiqué jeudi le premier ministre, Justin Trudeau, par voie de communiqué, les négociations s’annoncent plus ardues avec l’Iran. M. Trudeau avait en effet attiré l’attention des autorités chinoises sur son dossier lors de sa visite officielle en Chine en août dernier. Le directeur du Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS), Michel Coulombe, aurait rencontré Geng Huichang, ministre chinois de la Sécurité de l’État, selon le Globe and Mail.

« C’est quelque chose qui n’aidait pas les relations entre les deux », a avoué le ministre Dion, maintenant soulagé de cet irritant majeur, à une semaine de la venue à Ottawa du premier ministre chinois, Li Keqiang. Il a assuré du même souffle ne pas avoir fait de concessions pour le retour au pays de Kevin Garratt.

Peu d’influence

Quant à Homa Hoodfar, cette professeure canado-iranienne de l’Université Concordia, « la situation est différente », a dû reconnaître Stéphane Dion. Il donne tout de même l’assurance de « faire tout pour que cette professeure soit libérée comme il se doit ».

Les leviers que le Canada peut utiliser pour faire pression dépendent de la reconstruction des relations diplomatiques. Les diplomates iraniens en poste à Ottawa ont été expulsés en septembre 2012, et l’ambassade du Canada à Téhéran, fermée.

Accusée de porter atteinte à la sécurité nationale, notamment en raison de ses activités à caractère féministe, Mme Hoodfar a dû être hospitalisée le mois dernier après que son état de santé se fut sérieusement détérioré.

Elle a été arrêtée d’abord en mars dernier, puis libérée sans possibilité de partir, avant d’être à nouveau emprisonnée en juin dernier. Le régime iranien n’a pas divulgué les raisons exactes de son incarcération dans la funeste prison d’Evin, là où la photojournaliste canadienne Zahra Kazemi a trouvé la mort en 2003. Sa famille soupçonne qu’elle est accusée d’avoir porté atteinte à la sécurité nationale, notamment pour ses activités de recherche à caractère féministe.

2 commentaires
  • Bernard Terreault - Abonné 17 septembre 2016 11 h 38

    Pas de pressions économiques

    Les Iraniens n'ont rien à nous vendre, alors ils n'ont rien à perdre à martyriser Hoodfar. Les Chinois au contraire comptent beaucoup sur le commerce international et ont un eilsur les ressources naturelles du Canada.

    • Alain Massicotte - Abonné 17 septembre 2016 21 h 21

      Tout à fait d'accord avec vous