Pauline Marois et Kellie Leitch : deux poids, deux mesures?

Kellie Leitch n'a droit qu’à une chronique parlant de racisme et aucune de xénophobie.
Photo: Andrew Vaughan La Presse canadienne Kellie Leitch n'a droit qu’à une chronique parlant de racisme et aucune de xénophobie.

Le filtre des valeurs anticanadiennes proposé par la candidate conservatrice Kellie Leitch ne semble pas susciter la même indignation chez les chroniqueurs anglophones que la défunte charte des valeurs péquiste.

Certes, la charte du Parti québécois était un projet de loi gouvernemental, alors que l’idée de Kellie Leitch demeure une proposition d’une aspirante-chef d’un parti d’opposition. Mais, en comparant la couverture médiatique qui leur a été accordée, Le Devoir a constaté que les mots pour décrier l’une et l’autre n’avaient pas la même virulence.

La charte des valeurs du gouvernement péquiste de Pauline Marois avait été abondamment dénoncée au Québec comme au Canada anglais, à la suite de son dépôt à l’automne 2013, et ce, jusqu’aux élections provinciales le printemps suivant.

Nationalisme ethnique, populiste, ignoble, xénophobe, raciste. Les qualificatifs ne manquaient pas dans les chroniques et les éditoriaux anglophones. Une simple recherche dans l’outil Eureka, qui recense les publications médiatiques, permet de retracer à l’époque 21 textes d’opinion portant sur la charte des valeurs du Québec et contenant le mot « raciste », 30 autres comportant le mot « xénophobie ». Kellie Leitch, de son côté, ne se mérite qu’une chronique parlant de racisme et aucune de xénophobie. Une recherche plus vaste sur Internet, pour consulter davantage de médias anglophones, permet d’en recenser quelques-uns. Mais on est loin du compte que s’était mérité la charte des valeurs du « séparatisme québécois xénophobe », tel que le nommait le columnist Matt Gurney dans le National Post, en septembre 2013.

« Le monde devrait appeler un chat un chat, en ce qui a trait à la charte des valeurs que vient de dévoiler Québec ; une charte d’intolérance, un cadre pour instaurer une discrimination institutionnalisée et un étendard pour les sectaires », déplorait le Prince Albert Daily Herald en Saskatchewan.

« Nous voici devant un cas flagrant de gouvernement provincial xénophobe qui tente de restreindre la liberté religieuse de citoyens canadiens », s’indignait le National Post dans un éditorial au mois d’août.

Le Telegram de St. John’s (Terre-Neuve) dénonçait une
« charte sociale odieuse ». « Appelons-la ce qu’elle est vraiment : xénophobe est probablement trop poli. D’un racisme flagrant ? C’est un bon début. »

Le National Post accusait régulièrement Pauline Marois de « tenter de raviver la fibre xénophobe ». Son chroniqueur Michael Den Tandt se réjouissait, au lendemain des élections en avril 2014 qui ont vu la défaite du Parti québécois, de voir que les électeurs de la province avaient rejeté « la “ charte des valeurs du Québec ” mesquine et xénophobe ». Les Québécois avaient refusé « l’intolérance, la peur et la xénophobie », concluait à son tour Celine Cooper dans la Gazette de Montréal.

Dans les quotidiens québécois, la charte a aussi été traitée de proposition « raciste » ou « xénophobe ». Mais bien moins souvent, les chroniques et lettres ouvertes venant plutôt nier que l’idée puisse être ainsi résumée.

Comparaison

En proposant de discerner les immigrants aux « valeurs anticanadiennes » en leur soumettant un questionnaire avant leur arrivée au Canada, Kellie Leitch s’est fait comparer par Maxime Bernier à cette même charte des valeurs si vivement pourfendue. Pourtant, Mme Leitch et son questionnaire ne se sont pas mérités les mêmes blâmes.

La candidate à la chefferie du Parti conservateur a été accusée de vouloir faire « mousser sa marque en exploitant les peurs racistes et xénophobes de certains militants du Parti conservateur », a reproché Desmond Cole dans le Toronto Star cette semaine. Mais les quelques fois qu’on sort les gros mots et qu’on parle de racisme ou de xénophobie dans son cas, c’est pour évoquer la comparaison qui a été faite avec Donald Trump — qualifié, lui, de raciste — ou pour définir l’électorat qu’elle courtise.

Un seul texte met en doute le fait que la candidate conservatrice ne soit pas elle-même, comme ses partisans, « xénophobe ou sectaire ». L’éditorial du Hamilton Spectator refuse de trancher. « Cela n’importe pas, car elle fait de la politique identitaire et c’est mal », se contente de reprocher poliment le texte. Le ton est beaucoup moins tranché. Et Kellie Leitch, son idée ou son parti ne sont pas invectivés.

La controverse entourant la députée ontarienne reste jeune. Son idée de test de valeurs n’a été révélée qu’il y a deux semaines. Mais, pour l’instant, les commentateurs semblent moins pressés de dresser le même constat qu’au lendemain du dépôt de la charte des valeurs péquiste.

3 commentaires
  • Jean Santerre - Abonné 17 septembre 2016 07 h 54

    Quoi de neuf?

    Il est toujours plus facile de blâmer ceux que l'on ne considère pas des nôtres.
    Comme une bonne partie de la presse et des médias anglophone ne considère pas le Québec comme un allié indéfectible, on le condamne facilement.
    Surtout s’il réclame davantage de pouvoir et qu’il risque d’avancer plus vite que le ROC.
    Lorsque cela vient d'institution qui est d'abord fédéraliste, tout passe.
    N'est-ce pas la même chose ici?
    Qu'un parti soit corrompue et incompétent comme aucun autre avant lui ne compte pas si celui-ci prétend lutter contre l'indépendance du Québec pour tous ceux à qui cette avenue est la seule qui possible.
    On pardonne donc tout à ceux qui ont le même discours que nous sur la nation.
    C'est assez classique et peu inspirant, à moins que cela ne décomplexe nombre d'autres dissidents de faire de même.
    Ce qui serait une bonne chose.

  • Luciano Buono - Abonné 17 septembre 2016 09 h 30

    Commentaire

    Est-ce qu'il y a quelqu'un de vraiment surpris par la nouvelle rapporté ici?