13 milliards attendus par le Fonds mondial

Le premier ministre Trudeau a passé la journée à rencontrer de nombreux dignitaires, dont la secrétaire générale de la Francophonie, Michaëlle Jean, qui s’était déplacée pour l’événement.
Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne Le premier ministre Trudeau a passé la journée à rencontrer de nombreux dignitaires, dont la secrétaire générale de la Francophonie, Michaëlle Jean, qui s’était déplacée pour l’événement.

Devant un imposant parterre de dignitaires et de chefs d’État, le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, a lancé un appel à la solidarité mondiale dans le cadre de l’ouverture, vendredi à Montréal, de la conférence qui vise à amasser 13 milliards $US pour le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme.

Hôte de cet événement qui se clôt ce samedi, le premier ministre souhaitait donner le ton en mettant de l’avant le poids que ces maladies font peser sur les épaules des femmes et des filles, particulièrement dans les pays en voie de développement.

« Nous pouvons mettre un terme à ces maladies pour de bon », a affirmé M. Trudeau, alors que la conférence a fixé l’objectif de les éradiquer d’ici 2030. Il a appelé à « briser le cercle vicieux » de la pauvreté qui « touche de manière disproportionnée les femmes et les filles ». « La pauvreté est sexiste », a-t-il ajouté.

Il a appelé les autres pays à contribuer « avec compassion et de manière ambitieuse ».

« Nous devons montrer l’exemple et travailler ensemble, parce que nous démontrerons alors au monde entier ce qui peut être accompli lorsque nous joignons nos efforts dans une cause commune », a-t-il lancé aux délégués.

La secrétaire générale de la Francophonie, Michaëlle Jean, l’a secondé dans ses propos, mais elle est allée plus loin en plaidant pour un renforcement de l’économie des pays les plus touchés par ces maladies. Les actions menées grâce au Fonds « ne seront qu’un coup d’épée dans l’eau », a-t-elle affirmé, « si on n’améliore pas parallèlement les conditions de vie des populations ».

« La santé publique revêt le même ordre de priorité que la paix et la sécurité internationales », a aussi ajouté le président du Sénégal, Macky Sally, aussi invité à prendre la parole lors de la conférence d’ouverture.

On saura samedi si les enchères ont permis de renflouer le Fonds. L’objectif affiché de cette conférence est de collecter 13 milliards de dollars pour les opérations courantes entre 2017 et 2019, en vue de mettre fin à l’épidémie de sida d’ici 2030, conformément aux engagements des Nations unies.

Le Canada a injecté plus de 800 millions de dollars, une hausse de 20 % par rapport à son effort précédent.

Des objectifs réalistes ?

Une conférence de cette ampleur revêt une part de spectacle, mais les intervenants actifs dans la lutte contre ces épidémies sur le terrain voyaient le tout d’un bon oeil.

Rencontré sur place, le Dr Réjean Thomas, médecin québécois bien connu pour son engagement dans la lutte contre le VIH, se réjouissait que la « popularité internationale » de Justin Trudeau profite à la cause. « Nous avons les moyens scientifiques d’éradiquer le sida pour 2030, a-t-il dit au Devoir. Mais les fonds sont instables, on peut avoir l’impression que la situation est réglée en raison de l’existence de traitements. On peut rapidement perdre le contrôle si les donateurs ne tiennent pas leurs promesses. »

Jointe au téléphone alors qu’elle se dirigeait vers la conférence, la directrice adjointe d’UNICEF Canada, Carleen McGuinty, croit que la conférence est une occasion « historique » d’éradiquer ces maladies d’ici une génération. Non seulement elle souhaite voir le fonds renfloué, mais surtout que l’argent se rende là où il est le plus nécessaire. « On veut voir un investissement dans les soins de santé, pas seulement dans les médicaments, pour que les populations les plus difficiles d’accès soient rejointes », a-t-elle souhaité. « Particulièrement les enfants, ajoute-t-elle. La malaria tue un enfant toutes les deux minutes, et le nombre de décès dus au sida chez les jeunes a doublé depuis 2000. »

Hélène Laverdière, députée du NPD, a dit souhaiter que le gouvernement libéral de Justin Trudeau prenne des engagements tout aussi importants en matière de développement international, puisque ce dernier va de pair avec la santé publique.

Des dons de partout

Les États-Unis sont en tête des donateurs avec 4,3 milliards de dollars promis pour les trois prochaines années, suivis par la France (1,6 milliard de dollars), l’Allemagne (1,2 milliard), le Japon et le Canada (800 millions de dollars chacun). La décision du Royaume-Uni n’était toujours pas connue vendredi soir.

La France, représentée par André Vallini, secrétaire d’État chargé du développement, a par ailleurs été accusée par cinq ONG (Sidaction, Action Santé Mondiale, Équilibres Populations, Oxfam France et Solthis) de vouloir réduire de 20 % sa participation dans Unitaid, une organisation internationale visant à réduire les coûts des médicaments traitant le VIH, la tuberculose et le paludisme.

M. Vallini a fermement démenti ces affirmations à l’AFP, indiquant que Paris a toujours l’intention de demeurer le premier contributeur à Unitaid et que la participation française serait annoncée en fin d’année, le temps que soient menés des arbitrages budgétaires.