Trudeau accusé de cautionner la ségrégation des sexes

Justin Trudeau s’est rendu lundi à l’Ottawa Muslim Association pour prononcer quelques mots devant les musulmans réunis pour célébrer la fête du sacrifice. 
Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne Justin Trudeau s’est rendu lundi à l’Ottawa Muslim Association pour prononcer quelques mots devant les musulmans réunis pour célébrer la fête du sacrifice. 

La présence de Justin Trudeau dans une mosquée imposant la séparation entre hommes et femmes suscite des remous. Des groupes de femmes se plaignent que ce passage cautionne une pratique misogyne.

C’est le cas du Conseil canadien des musulmanes. Sa directrice, Alia Hogben, rappelle que, « malheureusement, bien que certains d’entre nous, musulmans, s’opposent à la ségrégation des sexes dans les mosquées et dans les rassemblements sociaux, la plupart sont plus traditionalistes et n’ont pas de problème avec la séparation ». Elle assure néanmoins que certaines mosquées permettent la mixité, signe que « ça peut être fait ». « Ç’aurait été bien qu’il réclame que lui et ses ministres féminines s’adressent à l’assemblée en même temps et non de manière séparée. Au moins, cela aurait fait preuve d’égalité des genres. »


Députées voilées

La députée d’Ottawa-Centre et ministre de l’Environnement, Catherine McKenna, était présente à l’événement, mais elle n’a pas pris la parole. Sur les photos placées sur Twitter par le bureau du premier ministre, on voit Mme McKenna et ses collègues députées Karen McCrimmon et Anita Vandenbeld, en compagnie des représentants de la communauté, toutes trois portant le voile.

Aucune des trois femmes n’a rappelé Le Devoir mercredi. La porte-parole de Mme McKenna, Caitlin Workman, a indiqué que la ministre « respecte les traditions de tous et était ravie d’être là à un moment fort de la communauté ». Les musulmans célébraient lundi la fête du Sacrifice.

Pour Djemila Benhabid, auteure du livre Ma vie à contre-Coran et ancienne candidate péquiste, cette visite est la preuve que « les droits des femmes sont si peu de chose aux yeux [de M. Trudeau]. L’égalité s’arrête à la porte de la mosquée ». Que la mosquée sépare les hommes des femmes n’a « rien de nouveau », admet-elle. « Mais que la puissance publique puisse endosser cette posture ségrégationniste par la présence même de notre premier ministre nous en dit long sur le degré de compromission avec un islam incapable de s’élever à la démocratie et de se renouveler. »

Ségrégation

La Fédération des femmes du Québec (FFQ) n’a pas souhaité se prononcer sur le sujet. Pour le droit des femmes du Québec (PDFQ), un groupe ayant vu le jour pour se dissocier de la FFQ jugée trop conciliante sur les questions du port du voile, déplore la visite. La présidente de PDFQ, Michèle Sirois, note que « la ségrégation raciale, on se bat contre depuis longtemps. Je ne vois pas un politicien qui accepterait d’aller dans un endroit où on dirait les Noirs d’un côté, les Blancs de l’autre. Mais pour les femmes, il semble que ce soit moins grave ».

Mme Sirois estime que les politiciens devraient cesser de fréquenter les lieux où l’égalité des sexes n’est pas de mise. Elle rappelle la mairesse d’arrondissement Anie Samson qui s’était voilée dans une mosquée en 2013 pour inviter les fidèles à aller voter afin de bloquer la charte des valeurs québécoise.

Dans les coulisses libérales, on ne comprend pas pourquoi cette visite fait l’objet d’une couverture médiatique. On souligne que ce n’est pas la première fois que M. Trudeau se rend dans une mosquée. On se demande si la communauté musulmane n’est pas prise injustement à partie, dans la mesure où une telle forme de ségrégation envers les femmes se voit aussi chez les juifs, les orthodoxes grecs ou encore dans les gurdwaras sikhs. On ne manque pas de rappeler que l’Église catholique interdit aux femmes de devenir prêtres.

18 commentaires
  • Marc Tremblay - Abonné 15 septembre 2016 05 h 34

    Pas de femmes prêtres

    Il est peu petinent de comparer la situation des femmes dans l'islam et leur situation dans l'Église catholique. Les femmes ne sont pas séparées des hommes dans les églises, des femmes prononcent parfois l'homélie ou lisent les épîtres et elles donnent la communion.
    Trudeau et ses ministres font du clientélisme religieux, notamment ces femmes ministres qui portent le voile.

    • Johanne St-Amour - Abonnée 15 septembre 2016 09 h 34

      La comparaison avec la situation catholique ne tient pas la route M. Tremblay? Tiens donc? Les femmes prononcent l'homélie ou lisent les épîtres et donnent la communion? Mais que c'est intéressant!. Elles ne pourront jamais devenir prêtes, curés, évêques et pape, mais elles peuvent au moins donner la communion! C'est ce que j'appelle le sexisme de faibles attentes.

      Mona Eltahawy, journaliste américaine d'origine égyptienne, militante, féministe, parle, elle, du relativisme culturel, comme le pratique si bien M. Trudeau et ses ministres. (Ne pas vouloir pour d'autres personnes d'origines différentes ce qu'on veut pour nous, pour les femmes d'ici par exemple.) Elle affirme que ce relativisme est du racisme de faibles attentes. Et lorsqu'il se conjugue au sexisme, alors moi je parle de sexisme de faibles attentes: on ne demande jamais la même justice, les mêmes droits, les mêmes aspirations envers les femmes. Désolant!

  • Nadia Alexan - Abonnée 15 septembre 2016 06 h 14

    C'est mieux que le premier ministre se range du côte des musulmans progressistes.

    Ce que M. Trudeau ne veut pas comprendre, c'est qu'il est en train de se ranger du côté des intégristes extrémistes au lieu de s'allier avec la majorité silencieuse des musulmans qui déplorent l'instrumentalisation de leur religion par les intégristes. Les musulmans progressistes sont mortifiés de se trouver otage de ces misogynes qui utilisent le voile, symbole de l'Islam politique, pour propager leur idéologie rétrograde. Ce sont les intégristes qui sèment la division et la provocation avec leurs vêtements ostentatoires.

    • Pierre Robineault - Abonné 15 septembre 2016 11 h 33

      Et surtout, n'arrêtez pas de nous le rappeler, madame Alexan!

    • Yvan Harnois - Inscrit 15 septembre 2016 11 h 59

      Je suis entièrement d'accord avec votre façon de percevoir cette réalité. Le dogme du multiculturalisme empêche J.Trudeau de porter un regard critique sur l'une (intégriste) ou l'autre (progressiste) des cultures musulmanes.

    • Pierre Cloutier - Abonné 15 septembre 2016 13 h 59

      Où sont-ils les musulmans progressisses ?

      Il y a bien AQNAL (Association Québécoise des Nord-Africains pour la Laïcité) qui ont une page Facebook. Mais ils ne sont pas très bruyants et ils ne semblent pas savoir comment se faire connaître des médias.

      Il faut que Couillard et Trudeau cesse cette pratique de fréquenter des musulmans non reconnus pour leur modération et leur tolérance. Et c'est toute la population qui devrait l'exiger. Nous sommes les patrons, ils sont nos employés.

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 15 septembre 2016 08 h 14

    … mécompréhension !

    « Dans les coulisses libérales, on ne comprend pas pourquoi cette visite fait l’objet d’une couverture médiatique. On souligne » (Hélène Buzzetti, Le Devoir)

    Ce genre d’incompréhension n’étonne personne étant donné que les politiques dites multiculturelles du Canada, reposant possiblement sur des principes liés aux accommodements raisonnables, viseraient l’assimilation des « différences » et, par conséquent, leur soumission, leur inexistence !

    Maintenant, reste à savoir le « pourquoi » de cette éventuelle …

    … mécompréhension ! - 15 sept 2016 -

  • Maryse Veilleux - Abonnée 15 septembre 2016 08 h 54

    Débat ridicule et teinté d'ignorance

    Je défends régulièrement des situation d'injustice pour les femmes, suis allée dans les pays d'Afrique du nord et dans des coins extrêmmement reculés et d'une mentalité totalement opposée à la nôtre. Je trouve ce débat totalement ridicule, ce sont des habitudes culturelles, plus traditionnalistes, ici au Québec nous avons aussi nos modes de ségrégation envers les femmes qui sont différents des leurs, je n'entends aucun débat ni réflexion sur la poutre dans notre oeil. Certe cette façon de faire peut nous frapper mais ce n'est pas parce qu'ils divisent les hommes des femmes qu'ils manquent de respect envers les femmes. Je trouve les jugements étayés par les québécois démontrent de plus en plus d'ignorance et s'apparentent aux critiques que l'on fait aux américains et que l'on traite d'imbécile. Je suis une femme me considérant émancipée et accomplie, me suis retrouvée dans de tels lieux mais jamais je n'ai ressenti de mépris. La même chose se produit dans les mosquées d'Europe et de partout dans le monde et personne n'en parle. C'est quoi le problème? Et si justement vous trouvez que ces gens sont ségrégationnistes, alors il faut aller vers eux et communiquer avec eux, pas les boycotter! Franchement!

    • Johanne St-Amour - Abonnée 15 septembre 2016 19 h 40

      Fantastique! Les «autres», notamment les femmes des pays d'Afrique ont leur habitudes culturelles, plus traditionnalistes et nous, nous avons aussi nos modes de ségrégations contre les femmes. Pas de comparaison possible, semblez-vous dire. Merveilleux! Alors les habitudes culturelles d'autres pays, même si elles sont ségrégationnistes envers les femmes, c'est pas grave, ce sont les «autres». Mais qui vous dit que ces femmes ne veulent pas sortir de ces ségrégations?

      Et vous ne voyez pas les femmes, les féministes, les gens qui luttent ici contre les discriminations que les femmes vivent encore. Êtes-vous revenus d'Outre-Mer Mme Veilleux? Regardez-vous les nouvelles d'ici? Savez-vous que les femmes d'ici d'ailleurs, luttent depuis des années pour la libération des femmes, pour leur émancipation, pour arrêter les violences, les inégalités, les inéquités salariales, etc... Et que nous sommes plusieurs à s'échiner à le faire?

      Donc, il n'y a pas à dire, vous les aimez ces femmes «là-bas» ou ici mais qui viennent de «là-bas», qu'elles s'arrangent avec leurs ségrégations, semblez-vous dire?

      Sachez que le féminisme est universel parce que les discriminations contre les femmes sont universelles!

    • Jean-Sébastien Garceau - Inscrit 16 septembre 2016 10 h 26

      En tout cas, il est bien rare que l'on insurge avec la même ferveur des discriminations systémiques contre les femmes relevant de notre culture : dans la religion chrétienne ou catholique, pour ne nommer qu'un exemple au niveau de la religion.
      Les métiers traditionnellement féminins continuent d'être peu payés et sous valorisés alors que les métiers traditionnellement masculins continuent d'être bien payés et valorisés.
      Voilà bien les rôles de pourvoyeurs et de femmes à la maison, clichés persistants, tenaces mais bon beaucoup plus acceptés par notre société que n'importe quel bout de tissu chargé d'émotivité.
      La mode continue d'être plus importante pour les femmes que pour les hommes. Aucune solution claire n'est présentée pour corriger cette pression sociale de la beauté.
      Et inversons encore : un homme au foyer est-il bien vu? Une femme carriériste, bien loin de ses enfants? Une femme n'ayant pas d'enfant?
      Au cinéma, même bien Québécois, le principe de la schtromphette est-il dépassé? Aux femmes, on donne le blablatage et la beauté et aux hommes on donne l'héroïsme et l'efficacité.
      Le commencement n'est jamais anodin. Pourquoi on cible ce problème parmi tous les problèmes de justice et/ou de discrimination?

  • Colette Pagé - Inscrite 15 septembre 2016 08 h 59

    PM jovialiste !

    Une occasion manquée ! Comme nous sommes en 2016, parole du PM, ne serait-il pas raisonnable que le PM avant de visiter un lieu de culte s'interroge sur l'importance de l'égalité hommes-femmes.

    Et pour faire entrer l'islam dans la modernité le PM n'aurait-il pas été bien avisé d'exiger, comme contribution à l'égalité hommes-femmes que les hommes et les femmes soient sur le même plancher et que ses ministres non musulmanes ne portent pas le voile.

    Aveuglé par le multiculturalisme, le comportement du PM ne s'apparente-il pas de plus en plus à de la flagornerie et à de l'électoralisme ?