Ségrégation sexuelle à la mosquée: Trudeau n’excuse pas sa présence

Justin Trudeau
Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne Justin Trudeau

Loin de s’excuser, le premier ministre Justin Trudeau estime que c’est son devoir d’aller à la rencontre des gens, même si cela implique de se retrouver dans une mosquée à un moment où les femmes sont tenues à l’écart.

Lundi, M. Trudeau s’est rendu à l’Ottawa Muslim Association pour prononcer quelques mots aux musulmans réunis pour célébrer la fête du sacrifice. Pendant la cérémonie précédant la prise de parole du premier ministre, hommes et femmes étaient séparés. Les hommes occupaient le plancher principal, tandis que les femmes étaient reléguées à un balcon à l’arrière. M. Trudeau a d’ailleurs pris la peine de saluer « les soeurs là-haut » au début de son court laïus.

Il s’en est trouvé certains pour critiquer ce choix. L’ancien ministre péquiste Bernard Drainville, celui qui avait défendu la Charte des valeurs québécoises, a écrit sur Twitter lundi soir : « Ségrégation sexuelle cautionnée par Justin Trudeau qui salue “ the sisters upstairs ” à la mosquée d’Ottawa. »

Interrogé à ce sujet mardi, M. Trudeau a quelque peu esquivé la question de la ségrégation sexuelle pour parler de sa responsabilité de bâtir des ponts.

« Les valeurs qui définissent le Canada incluent le respect et l’ouverture envers tout le spectre de la diversité. » Selon le premier ministre, « les politiciens ont la responsabilité de rassembler les gens plutôt que de fomenter la division. Et c’est pourquoi je suis heureux de participer à des événements communautaires dans des églises, des temples, des synagogues et des mosquées ».

M. Trudeau a indiqué qu’il continuera d’aller « à la rencontre des Canadiens partout où ils se trouvent ». Il a au passage déploré que « les autres partis politiques, ou les conservateurs, ces jours-ci, sombrent dans cette politique de la division et de peur », allusion à l’aspirante-chef conservatrice Kellie Leitch qui voudrait détecter les valeurs « anticanadiennes » des nouveaux arrivants.

Ce n’était pas la première fois que M. Trudeau visitait une mosquée. En 2014, lors de son voyage en Israël, Stephen Harper s’était rendu au mur des Lamentations pour une séance de prise d’images à laquelle les journalistes féminines n’avaient pas pu prendre part. Le député de Québec solidaire, Amir Khadir, se rend parfois dans des mosquées montréalaises lors d’événements où la ségrégation est de rigueur, confirme la porte-parole du parti, Stéphanie Guévremont.

C’est dans cette même mosquée de la rue Northwestern que se sont déroulées cet été les funérailles d’Abdirahman Abdi, un homme abattu par les policiers. Une journaliste se souvient avoir dû se voiler et revêtir une jupe plus longue par-dessus la sienne pour assister à la cérémonie… depuis le balcon. Lundi, pour la visite de M. Trudeau, elle n’a pas été embêtée et est restée avec ses collègues masculins.

30 commentaires
  • Nadia Alexan - Abonnée 14 septembre 2016 04 h 40

    La plupart des musulmans rejettent l'intégrisme salafiste.

    «Les valeurs qui définissent le Canada incluent le respect et l’ouverture envers tout le spectre de la diversité». C'est de la lâcheté de la part du premier ministre de s’ouvrir à l'intégrisme et à l'obscurantisme. La grande majorité des musulmans ne vont pas aux mosquées et déplorent les pratiques salafistes minoritaires qui proviennent de l'Arabie Saoudite. Si M. Trudeau veut vraiment s'ouvrir à la diversité, qu'il aille rencontrer la majorité silencieuse de la plupart des musulmans, qui est venue ici pour échapper l'intégrisme étouffant de leur pays d'origine. On banalisant l'inégalité hommes/femmes chez les intégristes, M. Trudeau va à l'encontre de la majorité des musulmans.

    • Jacques Morissette - Inscrit 14 septembre 2016 09 h 36

      Votre point de vue est intéressant. Très possible cependant que J. Trudeau aille à ce genre de rencontre en ayant l'esprit aussi ouvert que «la majorité silencieuse de la plupart des musulmans». Après tout, J. Trudeau saluait peut-être «... “ the sisters upstairs ” à la mosquée d’Ottawa. », par compassion silencieuse envers elle.

    • Johanne St-Amour - Inscrite 14 septembre 2016 21 h 03

      Et si c'était des Noirs qui étaient aux balcons et qu'on séparait des Blancs? Je suis certaine que la réaction serait très différente: deux poids, deux mesures?

  • Denis Paquette - Abonné 14 septembre 2016 06 h 47

    Etre jeune et aimer la liberté

    il a au moin le courage de ne pas se laisser influencer par les antagonismes,faire comme si les antagonismes n'existait pas est-il une erreur,je ne pense pas au contraire,peut etre est-ce le chemin a prendre pour le vivre ensemble, que faire alors avec la spécificité, l'identité, l'histoire et les moeurs, peut etre ne pas mettre l'accent sur ce qui nous divise est un premier pas certainement mieux que le cas contraire et il ne faiut pas nécessairement pratiquer une religion pour ca, juste etre assez jeune pour aimer la liberté

    • Jocelyne Bellefeuille - Abonnée 14 septembre 2016 13 h 02

      Je respecte votre point de vue mais ....

      C'est très pénible de vous lire parce que, en 6 lignes, il n'y a aucun "point". Tout s'enchaîne sans reprendre son souffle. Ce serait moins fastidieux pour nous et plus facile de comprendre votre point de vue si vous utilisiez la ponctuation. Merci

  • Maryse Veilleux - Abonnée 14 septembre 2016 06 h 51

    Dérive de M. Drainville

    Il est déplorable de constater l'ignorance de nos élus! Oui c'est ainsi que cela se passe dans une mosquée, et puis? Quelles que soient nos opinions sur le sujet, chaque culture a son profil d'expression de ségrégation. Monsieur Drainville n'a pas sorti dans les journaux pour dénoncer la direction de Postes Canada de ne pas vouloir donner l'équité salariale, qui à mon avis, est bien pire parce qu'elle cause une ségrégation systémique en terme de revenu par ménage et de précarisation de main-d'oeuvre. Que l'on commence par régler les problèmes dans notre cour. Accuser le PM de cela est parfaitement ridicule et montre le peu de connaissance et d'ouverture culturelle.

    • Johanne St-Amour - Inscrite 15 septembre 2016 19 h 27

      L'inéquité salariale est dénoncée depuis longtemps dans notre société Mme Veilleux! Tout n'est pas parfait, mais on en parle, c'est un dossier qui est sur la table.

      Vous ne faites de l'ouverture culturelle ici, vous faites du relativisme culturel! Nuance! Imaginez qu'on remplace les «soeurs» aux balcons, par des NoirEs? Vous auriez la même réaction?

      Et justement, vous employez l'expression dans «notre». Et l'autre cour? Ce sont les «autres», ceux qui font de la ségrégation sexuelle, bien sûr? Ce qui démontre bien que vous ne vous ouvrez pas à eux, en réalité.

  • Jocelyne Lapierre - Inscrite 14 septembre 2016 07 h 07

    Pourquoi ne pas avoir participé aux cérémonies...

    ... du 11 septembre?

    La réponse est pourtant claire après avoir lu les articles sur sa visite d'une mosquée hier, à l'occasion de l'aïd.

    Pas d'amalgame, bien sûr, je connais la rengaine islamo-collabo.

    • Lucien Cimon - Abonné 14 septembre 2016 10 h 42

      Bravo Madame Veilleux pour cet appui important à vos «sisters upstairs»; c'est une façon de s'assurer qu'elles vont garder leur «statut privilégié.

  • Cyril Dionne - Abonné 14 septembre 2016 07 h 39

    Bâtir des ponts sur la ségrégation sexuelle. Honte au premier ministre. Honte au Canada.

    • Jean-Pierre Martel - Abonné 15 septembre 2016 07 h 26

      Serez-vous tout aussi indigné s'il avait visité le club de hockey des Canadiens de Montréal ? Une femme peut-elle devenir hockeyeuse pour ce club ? N'est-ce pas de la ségrégation sexuelle ?

      Honte aux joueurs du Canadien ! Honte à l'équipe féminine de Volley-Ball !

      On se calme M. Dionne.