Les suspects de terrorisme devraient être surveillés en tout temps, ou emprisonnés, dit Tony Clement

Le député ontarien a choisi de faire de la sécurité nationale l’objet de sa première conférence de presse en tant que candidat à la succession de Stephen Harper.
Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne Le député ontarien a choisi de faire de la sécurité nationale l’objet de sa première conférence de presse en tant que candidat à la succession de Stephen Harper.

Les Canadiens soupçonnés de terrorisme ne sont pas assez contrôlés, de l’avis de Tony Clement. Le candidat à la direction conservatrice estime qu’ils devraient être surveillés en tout temps, à défaut de quoi ils devraient être enfermés en prison. Et ce, jusqu’à ce qu’ils ne représentent plus une menace.

Le député ontarien a choisi de faire de la sécurité nationale l’objet de sa première conférence de presse en tant que candidat à la succession de Stephen Harper. Parmi les mesures nécessaires pour protéger le Canada, selon Tony Clement : resserrer le contrôle des individus qui représentent une menace terroriste et qui ont été soumis à un engagement à ne pas troubler l’ordre public — sorte d’ordonnance de protection qui leur impose certaines conditions.

« S’ils sont dangereux pour la population canadienne au point de se voir imposer un engagement à ne pas troubler l’ordre public, alors je vous dirais que, s’ils ne peuvent pas être surveillés 24 heures sur 24, sept jours sur sept, ils devraient être emprisonnés, a tranché M. Clement à Ottawa. Jusqu’à ce qu’ils ne soient plus une menace. » Le tout se ferait en vertu d’un processus judiciaire qui n’irait pas à l’encontre de la Charte des droits et libertés, a fait valoir le candidat conservateur.

Impossible, a rétorqué l’avocat Paul Champ spécialisé dans les questions de sécurité nationale. « C’est une proposition révoltante qui traduit une ignorance de notre Charte des droits et libertés », a expliqué l’avocat au Devoir lundi. Cette pratique enfreindrait non seulement la Charte, mais aussi le principe de présomption d’innocence et le droit à un procès. « Je serais surpris qu’un juge quelque part soutienne la constitutionnalité d’une telle mesure », a déclaré Me Champ.

D’autant plus qu’un niveau de surveillance comme celui réclamé par Tony Clement est tout simplement irréaliste, selon Stephanie Carvin, analyste en sécurité nationale et professeure adjointe à l’Université Carleton. Traquer ces suspects en tout temps nécessiterait énormément de ressources, et les cas ne sont pas tous les mêmes. Certains risquent réellement de commettre des actes terroristes et devraient être surveillés de près, tandis que d’autres ont peut-être simplement besoin de programmes d’aide. « Si vous épuisez vos ressources de la sorte, vous allez laisser passer entre vos doigts ceux que vous devriez réellement surveiller », a renchéri Wesley Wark, spécialiste des questions de renseignement et de sécurité à l’Université d’Ottawa.

Quant à l’idée de les envoyer tous en prison, Stephanie Carvin estime que c’est « l’une des pires choses à faire », car ces gens radicalisés y propageront leurs idées ou se radicaliseront encore davantage.

Tony Clement en a contre le cas d’Aaron Driver, ce jeune Ontarien abattu par la GRC le mois dernier après qu’il eut enregistré une vidéo dans laquelle il laissait entendre qu’il mènerait une attaque à la bombe. Aaron Driver faisait l’objet d’un engagement à ne pas troubler la paix, mais n’était pas surveillé en continu. Mme Carvin et M. Wark insistent toutefois sur le fait que ce cas reste une exception

Passer les immigrants au peigne fin

Tony Clement veut également resserrer la sélection des immigrants et propose un projet-pilote prévoyant que tous les demandeurs passent une entrevue avec un représentant canadien. Le SCRS vérifie déjà les antécédents de tous les demandeurs, fait remarquer Wesley Wark.

Le candidat à la direction suggère en outre de créer des listes de personnes recherchées et interdites de visite, répertoriant des suspects de terrorisme. Ce qui pourrait « compromettre plusieurs enquêtes de sécurité nationale », craint Stephanie Carvin. M. Clement ramènerait la possibilité de révoquer la citoyenneté canadienne d’un citoyen accusé de terrorisme et détenant deux nationalités. Et il créerait une agence gouvernementale chargée de surveiller tous les organismes de bienfaisance afin de s’assurer qu’aucun ne finance des activités terroristes ou de radicalisation.