Une économie verte et sociale, affaire d’État ou d’individus?

<p>Le président du Conseil du patronat du Québec, Yves-Thomas Dorval, a cité l’exemple du développement des éoliennes en Gaspésie — un geste favorable au développement d’une énergie verte et favorable au développement de l’économie régionale.</p>
Photo: Alexandre Shields Le Devoir

Le président du Conseil du patronat du Québec, Yves-Thomas Dorval, a cité l’exemple du développement des éoliennes en Gaspésie — un geste favorable au développement d’une énergie verte et favorable au développement de l’économie régionale.

La question de l’importance stratégique pour le Québec des économies sociale et verte a fait consensus lors d’un débat entre conférenciers patronal, syndical, coopératif et écologistes, mais leur opinion variait à savoir s’il appartient d’abord au gouvernement de montrer la voie ou à l’individu de faire les bons choix.

La Maison du développement durable avait organisé, lundi à Montréal, un débat qui réunissait entre autres le président du Conseil du patronat du Québec, Yves-Thomas Dorval, le président de la CSN, Jacques Létourneau, le directeur général du Chantier de l’économie sociale, Jean-Martin Aussant, ainsi que des représentants du Mouvement des caisses Desjardins et de groupes écologistes.

« C’est facile de dire l’État ou l’entreprise doit faire ça. Le plus difficile, c’est d’amener l’individu à adopter des comportements et que ça soit dans ses valeurs », a commenté M. Dorval. Prenant exemple du recyclage, où toutes les matières recyclables sont jetées pêle-mêle dans un même bac, même les objets consignés, il a ajouté : « on le fait, mais tant que ça ne brise pas trop mon confort personnel. Donc, ce n’est pas une valeur », a-t-il conclu.

M. Dorval a aussi cité l’exemple du développement des éoliennes en Gaspésie — un geste favorable au développement d’une énergie verte et favorable au développement de l’économie régionale. « Le paradoxe, c’est que quand la population québécoise a su qu’Hydro-Québec devait augmenter les tarifs et qu’en partie, c’était les contrats d’éoliennes, qu’est-ce qui s’est passé ? La population de façon générale a commencé à critiquer », a souligné M. Dorval, pour illustrer le paradoxe.

D’autres conférenciers ont invité à ne pas attendre le consensus absolu au sein de la population et des décideurs pour adopter l’économie sociale de façon plus générale et la transition vers les économies vertes. « Le Québec a tout pour devenir une locomotive » en la matière, a plaidé Laure Waridel, directrice exécutive du Centre interdisciplinaire de recherche en opérationnalisation et développement durable.

« Le grand consensus politique, on ne le fera jamais, a lancé Jacques Létourneau, de la CSN. On avait un gouvernement à Ottawa, il n’y a pas si longtemps, qui niait même la problématique du réchauffement de la planète. Il faut agir sur les pouvoirs politiques, parce que l’État a un rôle fondamental à jouer en matière de politiques de développement. »

« C’est une question de vision et un peu de pédagogie aussi. Ce n’est pas juste les personnes qui vont changer les choses, c’est souvent les gouvernements, par des décisions courageuses », a lancé Jean-Martin Aussant, du Chantier de l’économie sociale.

1 commentaire
  • Jean Richard - Abonné 13 septembre 2016 10 h 12

    Le rôle de l'État ?

    « l’État a un rôle fondamental à jouer en matière de politiques de développement »

    Soit ! L'État a un rôle à jouer, mais il arrive que ce soit l'État qui sabote ses propres scénarios, qui n'étaient souvent que politiques et pire, électoralistes. Un exemple, le recyclage.

    Le recyclage et les matières pêle-mêle dans le bac ? Il y a quelques années, les Montréalais ont été surpris de voir, sans en avoir été avertis, les bacs verts déchargés dans des camions identiques à ceux utilisés pour les ordures ménagères. Plusieurs jours plus tard, la Ville de Montréal a enfin prévenu les gens qu'un nouvel équipement aux centres de tri pouvait permettre cette cueillette pêle-mêle. Et quelques années plus tard, on a appris que le verre allait dans les décharges car il n'était pas vraiment recyclable dans l'état actuel, trop contaminé. Entre temps, il y a eu également cet incendie monstre de papier récupéré, entreposé en attendant preneur.

    Autre domaine de recyclage : l'électronique et certains produits. Il faut aller les porter soi-même (donc avoir accès à une voiture) à un endroit impossible. Alors, quoi faire avec le vieux téléviseur analogique qui ne sert plus à rien, si on fait partie des 50 % de Montréalais qui n'ont pas de voiture ?

    Enfin, la cueillette des matières recyclables étant confiée au privé et c'est à qui tourne les coins ronds pour gagner du temps. Les jours de cueillette, les trottoirs se transforment en dépotoirs à ciel ouvert, une partie du contenu des bacs ou des sacs éventrés tombant par terre plutôt que dans le camion.

    Le recyclage dérape. Et il y a bien des dessous de cette activité qui échappe aux citoyens. On fournit à l'industrie certains matériaux à bas prix, mais où va le reste, l'invendable ? Et puis, a-t-on calculé le coût réel en énergie du recyclage tel que pratiqué ?

    Ni les villes, ni l'État ne font leur travail correctement. Le manque d'éducation du public fait le reste, mais qui contrôle l'éducation ?