Les «conservateurs culturels» se font entendre

Brad Trost dit représenter par ses positions au moins un tiers des membres du PCC.
Photo: Liam Richards La Presse canadienne Brad Trost dit représenter par ses positions au moins un tiers des membres du PCC.

La course à la chefferie conservatrice comptera au moins un candidat issu de la droite sociale du parti, qui veut s’assurer que sa frange du mouvement conservateur ne soit pas aussi facilement écartée. Anti-avortement, contre le mariage gai, Brad Trost ne cache pas ses convictions. Au contraire, il promet de les inscrire à son programme électoral et somme les aspirants-chefs du Parti conservateur de ne pas oublier cette part des membres qui pense comme lui en tentant de plaire à tout le monde pour remporter la course à la succession de Stephen Harper.

« Les autres candidats ne devraient pas vouloir déplacer [le parti sur l’échiquier politique] pour morceler une coalition », souligne le député saskatchewanais Brad Trost, rappelant que son parti rassemble des conservateurs sociaux, des progressistes-conservateurs, des réformistes et des alliancistes. « Nous avons gagné une majorité [en 2011] avec cette coalition », rappelle-t-il en entrevue téléphonique avec Le Devoir.


100 % conservateur

La course à la direction des conservateurs compte pour l’instant quatre candidats officiels : Maxime Bernier, Michael Chong, Kellie Leitch et Tony Clement. Aucun n’est considéré comme socialement conservateur. Et certains d’entre eux, comme M. Bernier, n’ont pour l’instant proposé que des politiques strictement économiques, déplore Brad Trost.

« Je vais faire campagne en tant que candidat capable de représenter toutes les franges conservatrices. 100 % conservateur. Conservateur sur le plan culturel et sur le plan fiscal. » Le député de Saskatoon préfère parler de conservatisme « culturel » plutôt que « social », pour englober plus d’enjeux, comme la loi et l’ordre, l’abolition du registre des armes d’épaule, ou son opposition au changement apporté en juin aux paroles de l’hymne national en anglais. Mais il convient qu’il proposerait aussi, s’il était élu chef, de rouvrir le débat sur l’avortement.

Je vais faire campagne comme un candidat capable de représenter toutes les franges conservatrices. 100 % conservateur.

 

Et il n’est pas le seul à vouloir aborder de telles questions. Ses collègues Pierre Lemieux et Andrew Scheer, qui partagent ses convictions sociales, songent eux aussi à se porter candidats à la chefferie. Dans le cas de M. Lemieux, un courriel envoyé à des membres de son ancienne circonscription de la région d’Ottawa annonçait ses intentions en le présentant comme un « pro-vie » qui « croit au caractère sacré de la vie de la conception à la mort naturelle » et qui « appuie la définition traditionnelle du mariage comme étant l’union entre un homme et une femme ».

« Cela démontre que mes convictions ne sont pas si marginales », note Brad Trost. Et il serait tout à fait normal, selon lui, qu’un tiers des candidats à la chefferie partagent les croyances d’un tiers des membres du parti qui pourraient être qualifiés de conservateurs sociaux.

Place au débat sur l’avortement

La plateforme électorale conservatrice devrait inclure, de l’avis de Brad Trost, des mesures touchant l’avortement. S’il était élu chef, il s’opposerait aux avortements sexo-sélectifs et ressusciterait un projet de loi qui proposait de criminaliser le fait de causer la mort d’un enfant à naître (vu comme une façon détournée de donner une entité juridique au foetus). Ses députés auraient le droit de voter librement, a-t-il d’abord promis, avant de noter que la seconde proposition pourrait toutefois être considérée comme une question de loi criminelle et non de conscience.

Quant au mariage entre personnes de même sexe, il ne reviendrait pas sur la question. Son parti a retiré de sa plateforme, en mai dernier, la définition du mariage comme étant l’union d’un homme et d’une femme. M. Trost s’y était vivement opposé, craignant qu’un tel changement n’aliène les conservateurs sociaux du parti.

Il accuse d’ailleurs sa rivale Kellie Leitch d’avoir « insulté plusieurs personnes » en proposant de filtrer les immigrants afin de rejeter ceux qui ont des « valeurs anticanadiennes ». Pas juste des immigrants — comme son épouse, qui a immigré de la Mongolie —, mais aussi des conservateurs sociaux. Car la proposition pourrait exclure des gens comme lui en raison de ses positions sur le mariage entre personnes de même sexe ou sur l’identité de genre.

Les conservateurs se choisiront un nouveau chef en mai 2017. Les candidats ont jusqu’à la fin de février pour déposer leur candidature. L’ancien ministre Peter MacKay devrait préciser ses intentions d’ici la fin de septembre, tandis que l’homme d’affaires Kevin O’Leary devrait le faire d’ici la fin de l’automne. Les députés Lisa Raitt et Steven Blaney sont toujours en réflexion.

3 commentaires
  • Maryse Veilleux - Abonnée 8 septembre 2016 06 h 59

    Vous avez bien fait...

    ... d'inscrire le terme "conservateurs culturels" entre guillemets puisque les conservateurs culturels n'existent pas sur le plan social.... hi hi hi ... ils n'ont de culturel que le terme dans l'expression.

  • Patrick Daganaud - Abonné 8 septembre 2016 08 h 12

    Un émule de Harper...

    Brad Trump?

  • Maxime Parisotto - Inscrit 8 septembre 2016 10 h 45

    Conservateurs...hum...inapproprié!
    je propose Arriérés
    PAC