45 000 $ pour entendre cinq personnes

L’idée du Comité des anciens combattants était de laisser toute personne ayant une histoire à raconter venir le faire. Sur cette photo, on aperçoit les vétérans Patrick Drake et George Pattinson.
Photo: Darryl Dyck La Presse canadienne L’idée du Comité des anciens combattants était de laisser toute personne ayant une histoire à raconter venir le faire. Sur cette photo, on aperçoit les vétérans Patrick Drake et George Pattinson.

La consultation est au goût du jour à Ottawa depuis l’élection des libéraux de Justin Trudeau. Mais dans certains cas, la facture est quelque peu salée. Ainsi, le Parlement a dû débourser près de 45 000 $ pour envoyer un comité de députés entendre le témoignage de… cinq vétérans.

Le Comité permanent des anciens combattants a mené ce printemps une étude sur la prestation de services aux vétérans. Comme c’est le cas pour toutes les études des comités parlementaires, des audiences ont été tenues à Ottawa et des témoins ont été convoqués. Certains, comme le président du groupe Vétérans Canada, Donald Leonardo, ont comparu par vidéoconférence. Cependant, dans un souci d’aller à la rencontre des gens concernés, le comité a décidé de se rendre aussi à Montréal et à Toronto. Sept des dix députés membres du comité ont été du voyage.

L’idée était d’ouvrir les portes et de laisser toute personne ayant une histoire à raconter venir le faire. « Le but premier est de déterminer si les prestations et services existants atteignent leurs objectifs pour les individus qui devraient en bénéficier, c’est-à-dire les vétérans et les membres de leur famille »,est-il écrit dans le communiqué de presse annonçant le voyage.

Les personnes qui voulaient prendre la parole n’avaient qu’à s’enregistrer sur place. Les intervenants seraient invités au micro dans l’ordre de leur arrivée. Une plage horaire de trois heures avait été prévue dans chacune des deux villes. Même si le temps alloué aux intervenants dépendrait de leur nombre, le comité avait prédit qu’ils auraient chacun environ deux minutes pour s’exprimer.

Mais voilà : presque personne ne s’est présenté. À Montréal, seulement deux personnes ont pris la parole à la rencontre du 14 juin. La veille, à Toronto, il y en avait eu trois, dont un qui s’était présenté à mi-chemin de la rencontre. Au final, chaque témoin a parlé une dizaine de minutes. À Toronto, pour meubler le temps, le président du comité a, en début de séance, invité chacun des sept élus à se présenter. À Montréal, la rencontre n’a duré que la moitié du temps prévu.

En outre, au moins un des cinq témoins aurait pu s’adresser aux élus à Ottawa. Jerry Kovacs, qui s’est rendu à la rencontre de Montréal, est un habitué des travaux du Comité permanent des anciens combattants. Il y a témoigné, dans la capitale fédérale, à trois reprises : en 2012, en 2013 et en 2014. En septembre 2015, il s’était rendu à un rallye électoral d’Ottawa où Stephen Harper devait prendre la parole. (Il en a d’ailleurs été expulsé, les conservateurs craignant qu’il chahute le chef.)

Des frais en hausse

C’est d’un commun accord que les membres libéraux, conservateurs et néodémocrate du comité ont décidé de se rendre à Montréal et à Toronto pour poursuivre leur étude — qui n’était en outre pas obligatoire. Ils en ont profité pour visiter des installations, notamment à London. Il a été convenu d’allouer 42 513 $ à ce voyage. Le coût final de cette tournée n’est pas encore connu puisque les factures n’ont pas encore été toutes traitées, indique dans une lettre au Devoir le président du comité, le libéral Neil Ellis.

En fait, les comités parlementaires coûteront plus cher aux contribuables cette année. Le 16 juin dernier, le Bureau de régie interne de la Chambre des communes a accepté de bonifier de 800 000 $ l’enveloppe consacrée aux déplacements des comités, aux dépenses des témoins convoqués ainsi qu’à l’embauche de consultants et d’experts. Ce budget passera ainsi à 3,1 millions de dollars.

Cependant, à la Chambre des communes, on prend soin de rappeler qu’il y a cinq ans, ce budget s’élevait à 5,25 millions. Il a été réduit de plus de moitié dans le cadre des réductions de dépenses imposées à tout l’appareil gouvernemental.