Quand Trudeau résonne encore en Chine

Pierre Elliott Trudeau avec Mao Zedong à Chungnanhai, en Chine, en 1973. C’est à l'initiative de Trudeau que le Canada rétablit ses relations diplomatiques en octobre 1970 et manoeuvre pour faire admettre la République populaire de Chine à l’ONU.
Photo: Archives La Presse canadienne Pierre Elliott Trudeau avec Mao Zedong à Chungnanhai, en Chine, en 1973. C’est à l'initiative de Trudeau que le Canada rétablit ses relations diplomatiques en octobre 1970 et manoeuvre pour faire admettre la République populaire de Chine à l’ONU.

Le cadeau peut paraître banal vu de ce côté-ci de l’océan, mais en Chine, sa symbolique n’a échappé à personne. Au premier jour de son premier voyage officiel en Chine, Justin Trudeau a offert une médaille à l’effigie du médecin canadien Norman Bethune, une médaille provenant de la même série que celle offerte 43 ans plus tôt par son père à Mao Zedong.

À lui seul, ce présent résume tout le potentiel que le patronyme du premier ministre représente pour les relations sino-canadiennes… ou au minimum, celui que le Canada aimerait qu’il ait !

Pierre Elliott Trudeau était fasciné par la Chine, allant jusqu’à y entrer illégalement en 1949 pour la visiter. C’est à son initiative que le Canada rétablit ses relations diplomatiques en octobre 1970 et manoeuvre pour faire admettre la République populaire de Chine (RPC) à l’ONU, ce qui survient l’année suivante. Le processus de reconnaissance internationale de la RPC avait débuté en 1950 avec les quatre pays scandinaves, la Grande-Bretagne et la Suisse, mais s’était arrêté avec la révolution culturelle. Le Canada relance donc le bal à un moment où la Chine cherche des cautions internationales.

« Cette reconnaissance a un impact catalytique », s’exclame Yves Tiberghien, directeur de l’Institut de recherche sur l’Asie à l’Université de Colombie-Britannique. Elle sera suivie par la visite du président américain Richard Nixon en 1971.

Photo: Archives La Presse canadienne Pierre Elliott Trudeau avec Mao Zedong à Chungnanhai, en Chine, en 1973. C’est à l'initiative de Trudeau que le Canada rétablit ses relations diplomatiques en octobre 1970 et manoeuvre pour faire admettre la République populaire de Chine à l’ONU.

« Il a été perçu en Chine comme quelqu’un capable de tenir tête aux États-Unis », renchérit Gérard Hervouet, directeur du Groupe d’étude et de recherche sur l’Asie contemporaine de l’Université Laval. M. Trudeau s’était fait traiter de « cryptocommuniste » par le gouverneur de l’Alabama…

Le nom Trudeau résonne encore en Chine, selon les deux professeurs interrogés par Le Devoir. Le premier événement public de M. Trudeau mardi le prouve. Lors d’une séance de questions-réponses avec le China Entrepreneur Club, Jack Ma, considéré comme l’un des hommes les plus riches d’Asie, a lancé : « Notre mission aujourd’hui n’est pas d’établir une amitié et une confiance. Pierre Trudeau et sa génération ont déjà fait cela. » Et selon la version traduite des questions rapportée par le National Post, plusieurs entrepreneurs ont fait référence au père du premier ministre.

Selon les deux professeurs, les Chinois accordent une importance considérable à une perspective de longue haleine. « Les Chinois voient en Pierre Elliott Trudeau quelqu’un qui les comprend et qui apprécie leur histoire de 5000 ans, une connivence rare de la part d’un homme d’État. Alors il y a cet énorme espoir envers Justin Trudeau. » En offrant la médaille, le Canada « joue cette mémoire chinoise », dit-il.

Droits de la personne et commerce

La question reste de savoir si cette inclinaison favorable envers Justin Trudeau se traduira par des gains pour le Canada. Gérard Hervouet n’en est pas certain. Désormais, note-t-il, « on parle plus la langue du commerce que celle des symboles » quand vient le temps de brasser des affaires. « Mais ça va aider pour le contexte général, pour l’atmosphère. » Sur le front des droits de la personne, par exemple, « on va peut-être lui permettre plus de latitude de faire [des commentaires] qu’on l’avait permis à Stephen Harper, qui était perçu comme un donneur de leçons, ce qu’ils détestaient ».

D’ailleurs, une coalition de groupes comprenant Amnistie internationale a invité M. Trudeau et son gouvernement à développer une « stratégie globale » de dénonciation des abus des droits de la personne en Chine, à chaque rencontre, quel qu’en soit le sujet.

« Il y a des racines historiques dans le fait que le père de notre premier ministre actuel a joué un rôle significatif dans le développement des relations sino-canadiennes, et cela sera à l’esprit des représentants chinois, qui écouteront peut-être avec un intérêt différent que celui qu’ils ont eu au cours des dernières années », pense le secrétaire général canadien d’Amnistie, Alex Neve.


Redorer l’image de la Chine

Pékin — Le premier ministre Justin Trudeau estime que la Chine pourrait redorer son image sur la scène internationale en renforçant ses liens avec le Canada.

Prenant la parole mardi devant un groupe d’hommes d’affaires chinois à Pékin, M. Trudeau a témoigné de sa détermination à faire progresser les relations entre les deux pays.

Il a ensuite ajouté que le Canada était en mesure de jouer un rôle de premier plan pour soulager l’anxiété de la planète en ce qui concerne les échanges commerciaux et la Chine en général.

M. Trudeau a dit que le Canada pouvait jouer ce rôle en approfondissant ses liens commerciaux avec la Chine et en aidant ce pays sur le plan de la primauté du droit et de la gouvernance.

Le premier ministre a prononcé ce discours et répondu pendant près d’une heure aux questions du fondateur du site de commerce en ligne Alibaba, Jack Ma, et de membres du China Entrepreneur Club, lors du premier événement officiel de sa visite.

Le premier ministre a soutenu que le Canada était bien placé pour aider la Chine « à se positionner d’une manière très positive sur la scène mondiale ».

Le premier ministre a mentionné les droits de la personne une seule fois durant l’événement qui a duré plus d’une heure.

En conférence de presse à Ottawa, une coalition de groupes militants, dont Amnistie internationale, a exhorté M. Trudeau à ne pas rater l’occasion d’encourager la Chine à adopter des mesures importantes pour le respect des droits de la personne.
La Presse canadienne
1 commentaire
  • Michel Lebel - Abonné 31 août 2016 09 h 52

    Une résonnance à géométrie variable...

    Et les droits de la personne, Justin Trudeau va-t-il les faire résonner en Chine? Après le canola, ce sera bien difficile...


    M.L.