Une deuxième ministre dans l’eau chaude

La ministre McKenna a laissé entendre qu’à l’ère des médias sociaux, il y avait probablement moyen d’économiser pour ce type de service.
Photo: Adrian Wyld Archives La Presse canadienne La ministre McKenna a laissé entendre qu’à l’ère des médias sociaux, il y avait probablement moyen d’économiser pour ce type de service.

Une deuxième ministre du gouvernement Trudeau se retrouve sur la sellette pour des dépenses jugées déraisonnables par l’opposition.


Le ministère de l’Environnement et des Changements climatiques (MECC) a déboursé près de 7000 $ pour des photos de la ministre Catherine McKenna et de son personnel qui ont été croquées pendant la conférence de Paris sur le climat, en novembre et décembre derniers.


Le contrat de 6632 $ a été octroyé à un photographe pigiste français, selon les documents consultés par La Presse canadienne, qui avaient d’abord été obtenus par le réseau de télévision de langue anglaise CTV.


Le ministère de l’Environnement et des Changements climatiques, qui avait initialement parlé d’une facture de 6632 euros lundi soir, a corrigé le tir mardi, spécifiant que le montant était exprimé en dollars canadiens dans les documents.


N’empêche, la ministre McKenna — une fervente utilisatrice de Twitter — a laissé entendre que la note lui semblait salée, et qu’à l’ère des médias sociaux, il y avait probablement moyen d’économiser pour ce type de service.


« C’est certain qu’il est important d’avoir des photos pour transmettre le message du travail que le gouvernement fait, mais […] je pense qu’il y a de meilleures façons de faire ça qui sont moins dispendieuses », a-t-elle déclaré en marge d’une annonce faite à Ottawa mardi.


« Comme gouvernement, nous sommes vraiment conscients des coûts [que cela entraîne] pour les Canadiens, alors j’ai demandé à mon ministère de revoir ces pratiques », a enchaîné Mme McKenna.


La députée d’Ottawa-Centre a néanmoins tenu à souligner qu’il s’agissait d’« une pratique habituelle des gouvernements, incluant le gouvernement conservateur ».


Au total, entre 2006 et 2014, le gouvernement Harper a déboursé au moins 2,3 millions de dollars pour photographier ses ministres, selon des informations rapportées l’an dernier par le site de nouvelles iPolitics. Les clichés du passage de l’ex-ministre des Affaires étrangères John Baird aux Nations unies, en 2014, avaient à eux seuls coûté 13 113 $ aux contribuables.


Depuis l’assermentation de Mme McKenna, le 4 novembre dernier, son ministère a dépensé 18 589 $ en frais de photographie — montant auquel il faut ajouter les 869 $, répartis entre six ministères, dont le MECC, pour une annonce faite en juin dernier, d’après les données fournies mardi par le MECC.


La ministre McKenna est le deuxième membre du cabinet de Justin Trudeau à se retrouver dans l’eau chaude en l’espace de quelques jours après la ministre de la Santé, Jane Philpott, critiquée pour ses dépenses de déplacements en limousine.


L’opposition ne s’est donc pas fait prier pour réagir aux nouvelles révélations concernant Catherine McKenna mardi.


« C’est une dépense qui n’a pas sa place. Et encore là, c’est une illustration de ce gouvernement-là ; un gouvernement qui met beaucoup l’accent sur l’image plutôt que la substance », a dénoncé le député conservateur Gérard Deltell.


Son collègue néodémocrate Alexandre Boulerice s’est dit « étonné » que Mme McKenna ait utilisé l’argent des contribuables. Le député estime, de plus, que les circonstances ne valaient certainement pas pareille dépense.


« Ç’aurait pu être un événement historique pour le gouvernement Trudeau s’il était arrivé à Paris avec des cibles de réduction des gaz à effet de serre intéressantes. Mais pour avoir le portrait de Mme McKenna à Paris qui fait son travail, je ne pensais pas que ça valait [6632 $] », a critiqué M. Boulerice.


En marge d’une annonce faite à Barrie, en Ontario, mardi matin, le premier ministre Trudeau a plaidé que cette pratique n’était pas nouvelle mais que son administration allait la réviser.


« Nous avons remarqué plusieurs politiques établies que nous remettons en question. Celle-ci est de celles qu’on examine comme n’étant peut-être pas la meilleure utilisation de l’argent public », a déclaré M. Trudeau.


Le cas de Jane Philpott fera l’objet d’une révision de la commissaire aux conflits d’intérêts et à l’éthique, Mary Dawson, qui tentera de déterminer si la ministre a contrevenu à la Loi sur les conflits d’intérêts en ayant recours à un service de limousine appartenant à un militant libéral.


Le bureau de Mme Philpott a confirmé mardi avoir reçu une lettre de la commissaire. « Notre bureau et la ministre collaboreront entièrement avec la commissaire aux conflits d’intérêts et à l’éthique », a écrit l’attaché de presse de la ministre, Andrew MacKendrick.


Le député conservateur Colin Carrie avait porté l’affaire à l’attention de la commissaire Dawson.


Mme Philpott a annoncé la semaine dernière qu’elle rembourserait personnellement une partie des dépenses réclamées pour des trajets en berline de luxe — environ 3700 $ sur 7518 $ — et qu’elle demanderait à son ministère de se pencher sur les autres.

6 commentaires
  • Pierre Valois - Abonné 23 août 2016 13 h 30

    Kik kodak

    Quand son PM joue les Kid Kodak un peu partout, il ne faut pas s'étonner qu'on l'imite.

  • Tristan Roy - Abonné 23 août 2016 14 h 11

    Insignifiant

    Une dépense de moins de 7000 $... Même pas digne de mention. Le budget de la Presse Canadienne serait mieux dépensé à enquêter sur des dossiers importants. On s'étonne que les électeurs s'intéressent de moins en moins à la politique.

  • Colette Pagé - Inscrite 23 août 2016 16 h 24

    L'argent des contribuables !

    Il est tellement facile d'abuser lorsque c'est l'argent des contribuables.

    Le culte de l'image !

    Pour se racheter de ces abus et soigner son image, le Gouvernement Trudeau a pris la décision de tenir sa rencontre dans une université obligeant les ministres à partager les chambres doubles des étudiants.

  • Sylvain Bolduc - Inscrit 23 août 2016 16 h 25

    L'image c'est important pour Trudeau

    Plusieurs choses me chicotent là-dedans:



    1) D'abord pourquoi ne pas engager un journaliste canadien. Ça crée de l'emploi pour des gens d'ici. J'ai du mal à croire qu'il n'y a pas de photographes officiels au gouvernement.

    2) Il n'y avait aucun photographe officiel d'engagé là-bas? Mon oeil

    3) Nous croire que c'est pour démontrer aux canadiens le travail accompli???

    Je m'excuse mais c'est par des actions concrètes que l'on pourra évalué le travail fait et non par quelques clichés démontrant la "belle ministre canadian".

    Encore une fois on peut voir comment ce gouvernement est tellement superficiel. Tout est dans l'apparence et le contenant plutôt que dans son contenu.

  • James R Godin - Inscrit 23 août 2016 16 h 52

    Malheureusemnt, encore du pareil au même.

    Pratiques existantes ?

    Donc connues et fort dénocé. De plus, ou est le problème? Le gros bon sens pour ne pas dire le jugement et l'éthique dictent de dépenser l'argent des autres comme si c'était la sienne.