L'image des publicitaires est à refaire

Devant la tourmente provoquée par le scandale des commandites, l'industrie de la publicité réfléchit à la possibilité de se doter d'un «guide de bonnes pratiques commerciales».

Hier soir, l'Association des agences de publicité du Québec (AAPQ) a réuni son conseil d'administration afin d'aborder le délicat dossier des commandites et les questions d'éthique que celui-ci soulève. La publicité est une industrie qui s'autoréglemente, accentuant du coup «une fausse perception» de laissez-aller, croit le directeur général de l'AAPQ, Yves St-Amand.

«Le sujet est à l'ordre du jour: comment en arriver à avoir un guide de bonnes pratiques commerciales? Mais notre association n'est pas un ordre professionnel et ne peut donc pas imposer aux membres un mode de comportement. Je dois tenir pour acquis que, si les firmes veulent demeurer en affaires, elles doivent respecter les normes, sinon le marché va les exclure», explique M. St-Amand, qui insiste pour souligner qu'un éventuel guide n'aurait qu'un pouvoir de suggestion.

Les interrogations de l'AAPQ viennent du fait qu'entre 1997 et 2003, le gouvernement du Canada a distribué 250 millions pour commanditer des événements afin de s'assurer une visibilité, principalement au Québec. Ces sommes ont transigé par neuf agences de publicité qui, au passage, ont empoché des commissions représentant 40 % des dépenses totales du programme.

Ainsi, l'univers de la publicité subit les contrecoups du laxisme gouvernemental dont s'est indignée la vérificatrice générale lors du dépôt la semaine dernière de son rapport. La situation est «douloureuse», estime M. St-Amand, qui affirme que certaines entreprises «sont en beau "jupiter"» contre le gouvernement.

«On sent que l'attribution des contrats au Québec provoque une certaine frilosité. Le gouvernement hésite à donner des contrats aux firmes qui sont de bonne foi et qui respectent les processus. Ça nous inquiète. [...] Notre industrie n'a pas un problème de respect des règles et des lois qui sont en place. Il y a des individus, des firmes dont certaines ont été membres chez nous, qui sont, elles, coincées dans cette histoire-là», fait valoir Yves St-Amand.

Déjà au printemps 2002, lorsque le Globe and Mail a révélé les premiers éléments du scandale des commandites avec Groupaction, puis, quelques mois plus tard, quand Le Devoir a montré les nombreux niveaux de rentabilité du programme pour Groupe Everest et sa filiale, Média I.D.A. Vision, l'Association des agences de publicité du Québec a pris ses distances. La firme Groupaction a rapidement cessé ses activités et n'est donc plus membre de l'AAPQ.

«Dans le cas d'Everest, ils voulaient qu'on défende leur position sur la place publique et on ne s'est pas entendus là-dessus. Ce n'était pas à nous de le faire au nom d'un groupe qui manifestement avait fait des gestes qui n'étaient pas recommandables. [...] Ils sont partis en claquant la porte», raconte M. St-Amand.

En mars 2003, le Groupe Everest a été vendu à l'agence de publicité américaine Draft Worldwide. L'ex-dirigeant d'Everest, Claude Boulay, réside maintenant en Caroline du Sud. Le Devoir a joint hier par téléphone sa conjointe, Diane Deslauriers, qui était vice-présidente d'Everest et, à ce titre, responsable du dossier des commandites. Mme Deslauriers a longtemps été organisatrice pour le Parti libéral du Canada et une collectrice de fonds dont l'efficacité était notoire.

Mme Deslauriers s'est montrée réticente à dire si elle et son conjoint entendaient collaborer à l'enquête indépendante instituée par le premier ministre Paul Martin. «Cette enquête suit son cours. À ce que je sache, nous n'avons aucun dossier à la GRC. Nous ne sommes aucunement en cause. Il y a des faits qui seront établis quand viendra le temps. [...] On a toujours collaboré. On est des gens honnêtes. Il y en a probablement d'autres qui sont pervers», s'est-elle bornée à affirmer.

Quant à savoir si elle ou M. Boulay a été en contact ces dernières semaines avec le premier ministre Paul Martin ou son entourage, Mme Deslauriers a laissé tomber qu'elle n'avait rien «d'intéressant à dire», avant de terminer la conversation abruptement.

Claude Boulay a été responsable des communications de la campagne au leadership de Paul Martin en 1990. Mais on retrouve des traces de l'équipe du Groupe Everest dans les cercles politiques bien avant cette date, surtout chez les conservateurs et notamment aux côtés de Jean Charest. D'ailleurs, Everest a travaillé au passage de Jean Charest de la scène fédérale à la tête du Parti libéral du Québec en 1998. Lors de la dernière campagne électorale provinciale, l'ex-vice-président aux communications d'Everest, Michel Guitard, faisait partie des conseillers du chef libéral. M. Guitard, dont la conjointe est directrice générale du réseau d'information continue LCN, a récemment été nommé au cabinet de M. Charest à titre de conseiller.

Selon Yves St-Amand de l'AAPQ, les agences de publicité devraient éviter de faire du bénévolat lors des campagnes électorales, ce qui engendre des renvois d'ascenseurs pernicieux. Cette pratique exerce une pression sur les politiciens qui accèdent au pouvoir et qui se retrouvent avec une dette à payer, croit-il.