Terrorisme: Ottawa reconnaît les limites des outils de prévention

En mêlée de presse à Ottawa, mercredi, Ralph Goodale a convenu que des méthodes plus efficaces devront être trouvées pour encadrer les personnes jugées susceptibles de se radicaliser.
Photo: Justin Tang La Presse canadienne En mêlée de presse à Ottawa, mercredi, Ralph Goodale a convenu que des méthodes plus efficaces devront être trouvées pour encadrer les personnes jugées susceptibles de se radicaliser.

L’interception in extremis d’un sympathisant du groupe armé État islamique (EI) qui voulait commettre un attentat dans une grande ville canadienne a mis en lumière les « limites » des engagements de ne pas troubler la paix publique, a reconnu mercredi le ministre fédéral de la Sécurité publique.

Le jeune Aaron Driver a réussi à se procurer des explosifs, à planifier une attaque et à tourner une vidéo pour la revendiquer — tout cela alors qu’il était visé par une ordonnance de ne pas troubler l’ordre public.

La Gendarmerie royale du Canada (GRC) a reconnu que le jeune homme n’était pas surveillé constamment par les autorités et que seuls les renseignements transmis par la police fédérale américaine (FBI) l’ont aiguillée sur son plan macabre.

La police fédérale a finalement déjoué l’attaque en abattant celui qui l’avait imaginée, mercredi soir dernier. Mais dans la foulée de ces événements, une réflexion sur l’efficacité des engagements de ne pas troubler la paix publique s’impose, a convenu M. Goodale.

« Ce que l’incident démontre, c’est que les engagements de ne pas troubler l’ordre public sont des outils qui ont des limites. Ce n’est pas une solution parfaite à toutes les situations », a-t-il dit en marge d’un discours livré devant l’Association canadienne des chefs de police, à Ottawa.

« Évidemment, nous en tirerons des leçons […] pour voir quels autres outils et techniques pourraient être plus efficaces », a-t-il poursuivi en mêlée de presse.

Assujettir les personnes susceptibles de se radicaliser à des séances de rééducation avec des experts en cette matière a été évoqué comme l’une des pistes de solution par le ministre Goodale.

« Une idée […] serait d’inclure dans les conditions des engagements de ne pas troubler la paix publique l’obligation, pour l’individu, de rencontrer des professionnels de la lutte contre la radicalisation », a-t-il exposé.

« Il existe actuellement certains centres au Canada qui possèdent cette expertise. Celui de Montréal, par exemple, est particulièrement avancé », a-t-il souligné.

Une douzaine d’individus

Le ministre a précisé qu’il y a actuellement « environ une douzaine » d’individus au Canada qui se sont engagés à ne pas troubler la paix publique après avoir été identifiés à risque de perpétrer un attentat terroriste.

Le gouvernement bougera rapidement pour apporter de nécessaires améliorations à la législation en matière de sécurité nationale. Mais il n’est pas question de céder à la panique et d’accoucher d’un projet de loi « gribouillé au dos d’une enveloppe », a insisté M. Goodale.

« Nous allons le faire de façon appropriée et intelligente. Les bonnes lois ne s’élaborent pas dans la panique », a-t-il martelé.


Consultation sur la sécurité nationale

C’est la raison pour laquelle le fédéral tient à boucler une consultation sur la sécurité nationale, qui « s’accélérera au cours de l’automne » et qui devrait se conclure d’ici la fin de l’année, avant de se mettre à la rédaction d’une mesure législative, a indiqué le ministre.

« Certains des problèmes que nous avons avec les lois adoptées dans le passé, c’est qu’elles avaient été élaborées de façon peu rigoureuse et qu’elles n’avaient pas bénéficié de l’examen approfondi qui s’imposait », a-t-il fait valoir.

En campagne électorale, les libéraux ont promis de créer un bureau de sensibilisation et de lutte contre la radicalisation. Le budget déposé en mars dernier prévoit l’octroi de 35 millions sur cinq ans dès 2016-2017, puis 10 millions annuellement, pour ce bureau.