Une stratégie coûteuse, selon un ex-commandant

Quelques-uns des 30 000 civils Nuer réfugiés dans une base des Nations unies, dans la capitale Juba, au Soudan du Sud
Photo: Jason Patinkin Associated Press Quelques-uns des 30 000 civils Nuer réfugiés dans une base des Nations unies, dans la capitale Juba, au Soudan du Sud

Les Casques bleus ne doivent pas servir de monnaie d’échange en vue de la reconquête d’un siège au Conseil de sécurité des Nations unies (ONU). C’est le message que lance un ex-commandant des forces canadiennes de maintien de la paix déployées en Bosnie dans les années 1990.

Le major général à la retraite Lewis MacKenzie a pris la plume pour y aller de ce plaidoyer, alors même que le ministre de la Défense, Harjit Sajjan, effectue un « voyage d’enquête » en Afrique avec le lieutenant-général à la retraite Roméo Dallaire et la juge à la retraite Louise Arbour.

Dans une lettre ouverte publiée mercredi dans les pages du quotidien torontois The Globe and Mail, il exhorte le gouvernement libéral à abandonner son « obsession de remporter un coûteux siège temporaire au Conseil de sécurité ».

Il y plaide que le déploiement de Casques bleus n’est plus pertinent dans le contexte post-guerre froide et fait valoir que le Canada devrait plutôt contribuer à d’autres agences onusiennes plus efficientes, comme l’UNICEF ou l’Agence des Nations unies pour les réfugiés.

Une fausse quête

 

Le premier ministre Justin Trudeau a confié au ministre Sajjan et à son collègue aux Affaires étrangères, Stéphane Dion, le mandat d’accroître le soutien du Canada aux opérations de maintien de la paix. Il s’agit de l’une des pierres angulaires de la stratégie pour reconquérir un siège.

Le porte-parole adjoint du Parti conservateur en matière de défense, Pierre Paul-Hus, reproche au gouvernement de « se chercher une mission qui n’existe pas, tout simplement pour se donner une bonne image face aux Nations unies, pour essayer de regagner un siège au Conseil de sécurité ».

Il est vrai que, « pour pouvoir jouer dans cette compétition-là, les pays doivent montrer qu’ils sont impliqués dans le maintien de la paix à travers l’ONU », expose Marie-Joëlle Zahar, directrice scientifique au Réseau de recherche sur les opérations de paix (ROP).

Mais il est aussi vrai que certaines missions de maintien de la paix pourraient desservir les intérêts économiques et géopolitiques canadiens, a fait remarquer la chercheuse en entrevue téléphonique.

 

« Le Canada a un intérêt à ce que certains pays africains soient stables, notamment parce que nous y avons des intérêts commerciaux très importants. C’est en Afrique qu’une grande partie de nos compagnies minières travaillent », a soulevé Mme Zahar.

Répartition des Casques bleus canadiens (missions de l’ONU)

MINUSTAH (Haïti) : 80 (75 policiers et 5 soldats)
 
MONUSCO (République démocratique du Congo) : 8 soldats
 
UNFICYP (Chypre) : 1 soldat
 
UNMISS (Soudan du Sud) : 13 (7 soldats et 6 experts militaires)
 
UNTSO (Proche-Orient) : 4 experts militaires
 
Total : 106
 

Source : ONU (données au 30 juin 2016)


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