Chrétien élude la question des commandites

Ottawa — Jean Chrétien a éludé hier toutes les questions de la presse portant sur le scandale du programme des commandites. À coup de plaisanteries et de haussements d'épaules, l'ex-premier ministre a donné un aperçu de la façon dont il aurait traité la crise qui secoue le Parti libéral.

«Nous devrions aller faire du ski aujourd'hui, ça vaudrait mieux», a-t-il lancé à la horde de journalistes qui le pourchassaient de son cabinet d'avocats jusqu'au véhicule qui l'attendait.

Quand ils lui ont demandé ce qu'il pensait de la façon dont son successeur Paul Martin réagissait à toute l'affaire, il a badiné: «Je ne pense plus. Pendant 40 ans, j'ai répondu à toutes vos questions. Maintenant je ne suis plus le gouvernement. Maintenant si vous avez des questions, demandez au gouvernement.»

À la différence de M. Chrétien, l'actuel premier ministre est plus que prêt à discuter avec sérieux du scandale. M. Martin avait promis d'être un politicien très différent de son prédécesseur. C'est effectivement le cas dans la crise actuelle, alors qu'il traite de l'affaire avec gravité dans ses entrevues à la télévision, sur les tribunes téléphoniques et dans une série de conférences de presse.

Les libéraux du camp Chrétien n'en reviennent pas. Plusieurs membres de la vieille garde n'ont que mépris pour une approche qui, confient-ils en privé, exacerbe le scandale et menace la survie du gouvernement lors des prochaines élections fédérales.

«C'était un incendie nécessitant trois alertes, qu'ils ont transformé en un incendie de cinq alertes. Au cours des prochaines décennies, les politologues vont étudier cela pour analyser les erreurs commises», a lancé l'un d'eux, sur le ton de la dérision.

Un autre fidèle de M. Chrétien a laissé entendre que la réaction hyperactive de M. Martin était aussi dommageable que le fait de se débattre furieusement dans des sables mouvants. «Une des règles de base de la gestion de crise est de ne pas paniquer, et de ne pas avoir l'air de paniquer», a affirmé ce stratège.