Le choix des candidats du PLC fait grincer des dents - Discrimination positive et exceptions

Pendant que Paul Martin refuse d'intervenir pour mettre fin à la bataille entre Sheila Copps et le ministre Tony Valeri, la section québécoise du Parti libéral du Canada a décidé, elle, de décourager les candidatures masculines contre les députées sortantes ou dans les circonscriptions dites prenables et convoitées par des femmes. Il y a quelques exceptions à la règle cependant, en particulier quand un proche de Paul Martin veut se présenter. Et, dans ces cas, Paul Martin n'hésite pas à afficher son appui.

Ottawa — Après Jean Lapierre qui est devenu candidat officiel samedi, c'était au tour de Dennis Dawson, un très proche conseiller de longue date de Paul Martin, de se lancer dans l'arène politique hier. C'est le premier ministre lui-même qui a annoncé le retour en politique de M. Dawson, son favori dans la circonscription de Beauport.

La démarche n'a pas manqué de soulever des questions après qu'on eut appris dimanche qu'un ancien conseiller de Jean Chrétien, Steven Hogue, s'était fait barrer la route dans Saint-Maurice pour, officiellement, favoriser une femme. Le premier ministre a pourtant refusé d'intervenir pour venir en aide à Sheila Copps qui doit faire la lutte au ministre Tony Valeri dans Hamilton-East-Stoney-Creek.

La politique du Parti au Québec se révèle très différente de celle en Ontario, puisqu'il n'est pas question de laisser un homme déloger une députée sortante. On a même prévu favoriser les candidatures féminines dans les circonscriptions où on pense pouvoir l'emporter. Le moyen privilégié: limiter aux femmes la participation à la course à l'investiture.

M. Martin s'est défendu d'adopter une politique à deux vitesses. Comme plusieurs autres députés, Mme Copps et M. Valeri se sont retrouvés à partager la même circonscription après le redécoupage de la carte électorale, a-t-il dit, et il a décidé de ne pas intervenir dans ces cas-là, préférant laisser les membres choisir leur candidat.

Au Québec, où il y a moins de députés libéraux, on a adopté une autre approche. «Nous avons décidé, parce que c'est très important pour le processus démocratique, d'augmenter le nombre, non seulement de femmes candidates, mais de femmes candidates dans des comtés gagnants. Pour nous, augmenter le nombre de femme est crucial», a poursuivi le premier ministre.

La coprésidente de la campagne, la ministre Hélène Chalifour Scherrer, a renchéri en disant que cela exigeait de prendre des mesures pour appuyer les candidatures féminines dans certaines circonscriptions. Parmi ceux recensés: l'ancien fief de Jean Chrétien, Saint-Maurice, Lac-Saint-Louis actuellement représenté par Clifford Lincoln, Laurentides-Labelle détenu par une bloquiste, Richmond-Arthabaska libéré par le conservateur André Bachand et Charlevoix-Montmorency détenu par un bloquiste.

Il y aurait pu en avoir d'autres, mais cette politique de discrimination positive a des exceptions. Ainsi, les circonscriptions convoitées de Beauport, où se présente M. Dawson, et d'Outremont, où M. Lapierre est candidat, ont été réservées à des hommes. Ces derniers habitent dans ces circonscriptions, mais ont aussi en commun d'être des proches du chef.

D'autres candidats auraient pu leur faire la lutte, mais qui va se frotter ainsi à un favori du chef? Dans Beauport, deux conseillères municipales songeaient à briguer les suffrages. France Dupont a décidé de passer son tour, alors que Lisette Lepage a accepté de déménager ses pénates dans... Charlevoix-Montmorency, une immense circonscription où la bataille sera nettement plus chaude.

«Je savais que le comté était réservé. On m'en avait fait part», a-t-elle confié. Mais comme sa famille réside dans Charlevoix-Montmorency, elle s'est tournée vers cette circonscription, heureuse qu'on ait décidé d'y favoriser une femme. Mme Dupont, elle, aurait aimé qu'on en fasse autant dans Beauport.

Dans Saint-Maurice, l'affaire a pris, dans le contexte du scandale des commandites, des allures de lutte de clans. Steven Hogue, l'ancien adjoint de Jean Chrétien, s'est fait refuser des formulaires d'adhésion au parti. «On refuse de signer mon bulletin de candidature que j'ai déposé il y a environ un mois. On ne me reconnaît donc pas comme candidat», a-t-il confié hier. Il soutient qu'il a fallu un certain temps avant qu'on l'informe de la décision de privilégier une femme. Deux seraient en lice, dont une ancienne adjointe d'Allan Rock, Marie-Ève Bilodeau. M. Hogue refuse de conjecturer sur les motifs de sa mise à l'écart, mais craint l'effet sur l'unité du parti dans la circonscription.

La direction de la section québécoise du PLC et le ministre Denis Coderre nient toute guerre de clans. «Il n'y a plus de clans. C'est le Parti libéral du Canada», de dire M. Coderre qui rappelle sa longue fidélité à Jean Chrétien. «Les gens pensent qu'on doit avoir plus de femmes dans des comtés qui ont des chances de gagner. [...] En ce sens-là, je vais toujours défendre le fait qu'on ait plus de femmes en politique, plus de femmes qui ont accès au pouvoir.»

Le président de l'aile québécoise, Pablo Rodriguez, l'organisateur Pietro Perrino et même M. Dawson soulignent, pour prouver leur bonne foi, que Mme Bilodeau a déjà travaillé pour Jean Chrétien. «Il n'y a pas de guerre. C'est vraiment parce qu'on veut encourager la candidature de femmes», d'insister M. Rodriguez.

M. Perrino explique quant à lui que dans presque toutes les circonscriptions où le parti veut privilégier des candidatures féminines, la persuasion a suffi à convaincre des aspirants masculins de se ranger derrière une des candidates. Car il peut en avoir plus d'une, dit-il, le parti ne cherchant pas à empêcher une course, mais à assurer l'élection d'une femme.