Brazeau veut demander des comptes au Sénat

Patrick Brazeau a rencontré les médias jeudi dans son bureau sénatorial, au lendemain du retrait des accusations qui pesaient contre lui.
Photo: Sean Kilpatrick La Presse canadienne Patrick Brazeau a rencontré les médias jeudi dans son bureau sénatorial, au lendemain du retrait des accusations qui pesaient contre lui.

Le volet judiciaire du scandale des dépenses de Patrick Brazeau a beau être clos, le sénateur québécois n’a pas pour autant dit son dernier mot. De retour sur la colline parlementaire, il a prévenu qu’il demanderait des comptes à ceux qui l’ont blâmé et suspendu sans salaire il y a plus de trois ans.

Car ces dernières années ont été de vraies « montagnes russes » pour lui, a confié aux médias Patrick Brazeau, visiblement fort nerveux et émotif à l’idée de retrouver son bureau sénatorial après que la GRC eut retiré les accusations de fraude et d’abus de confiance qui pesaient contre lui.

Le sénateur ne regrette rien, pas même d’avoir accepté la nomination de Stephen Harper en 2009. Mais il en veut encore à ses collègues conservateurs qui lui ont reproché d’avoir touché des indemnités auxquelles le Sénat lui aurait dit qu’il avait droit, et de s’être ensuite ligués pour l’expulser de la Chambre haute sans salaire en novembre 2013. Les chèques de paie sont revenus, avec le déclenchement de la campagne électorale l’été dernier, mais une part de son salaire était alors saisie pour rembourser le montant réclamé par le Sénat.

« Ce qui m’est arrivé au Sénat, c’était injuste. Et quelqu’un doit être tenu responsable. Et je vais travailler fort pour m’assurer que le ménage soit fait dans cet endroit-là », a tranché le sénateur, sans préciser ce qu’il avait en tête. Toute cette affaire, à son avis, est entièrement « politique ». Et il entend interroger ceux qui ont statué sur son cas. « Il y aura un moment et un lieu, quand le Sénat reprend ses travaux [en septembre], et ce sera probablement l’occasion opportune pour entamer ce processus […] pour obtenir réponse à certaines de mes questions. »

« Fausses accusations »

Les dernières années ont été difficiles pour Patrick Brazeau, qui a avoué avoir fait une tentative de suicide cet hiver. Il a été accusé de voies de fait et de possession de cocaïne — il a obtenu une absolution conditionnelle pour cela —, de se trouver dans un véhicule avec des facultés affaiblies et d’avoir refusé un alcootest en avril.

À ceux qui se demandent s’il a encore la crédibilité nécessaire pour siéger au Parlement, le sénateur réplique qu’il n’a pas eu de problèmes de consommation ou de démêlées avec la justice avant ses problèmes au Sénat. « Je ne me vois pas comme une victime. Mais en même temps, j’ai été une victime peut-être d’un scandale politique. […] Oui, j’ai pris de mauvaises décisions dans les trois dernières années — et je n’essaie pas de me justifier, je prends mes responsabilités. Mais ç’a été difficile », a affirmé Patrick Brazeau, tout en confiant qu’il est aujourd’hui en thérapie. « Une réputation, ça se rebâtit. »

Patrick Brazeau a été accusé de fraude et d’abus de confiance, en février 2014, après que le Sénat lui eut reproché d’avoir injustement touché des indemnités de logement en plaidant à tort qu’il habitait à plus de 100 kilomètres d’Ottawa, chez son père à Maniwaki — alors qu’il habitait Gatineau. Il avait été sommé de rembourser 55 016 $ au Sénat.

Il n’exclut pas l’idée de se tourner désormais vers la justice pour récupérer ces sommes, de même que le salaire dont il a été privé pendant des années. Mais son avocat, Christian Deslauriers, a reconnu qu’un recours civil contre la Chambre haute serait ardu. « Toute décision du Sénat est une décision parlementaire, donc c’est très difficile de l’attaquer en cour. Mais il y a peut-être une façon de s’y prendre à l’interne », a-t-il avancé mercredi. Le Sénat et le comité qui gère les finances des sénateurs demeurent à majorité conservatrice.

Un cinquième sénateur conservateur quitte le caucus

Un cinquième sénateur conservateur a claqué la porte de son caucus en moins d’un an. L’Albertain Doug Black a choisi à son tour de siéger comme indépendant. Nommé par Stephen Harper en 2013, le sénateur dit avoir été témoin des décisions de ses collègues et constaté un changement de ton au Sénat, de plus en plus indépendant des partis politiques. M. Black souhaite accélérer la tendance. « J’en suis venu à la conclusion, en voyant ces changements au Sénat, que la meilleure façon de le faire pour moi était de siéger comme indépendant, pour que je puisse agir continuellement de façon indépendante. Je crois que c’est dans l’intérêt supérieur du Sénat et des Albertains et du mien », a-t-il expliqué au Devoir, en plaidant qu’il voulait être « le plus efficace possible ». Quatre sénateurs conservateurs et trois libéraux ont quitté leur caucus depuis l’automne dernier.
2 commentaires
  • Pierre Valois - Abonné 15 juillet 2016 07 h 31

    Comment a-t-il fait pour retrouver la chambre du Sénat?

    Lui qui, résident de la ville de Gatineau prétendait demurer à Maniwaki, comment a-t-il bien pu faire pour retrouver aussi facilement son chemin jusqu'à son siège du de sénateur?

    Il se serait présenté à l'Assemblée Nationale que nous aurions compris qu'il avait un problème en orientation spatiale. Mais, du premier coup, frapper à la bonne porte. À moins qu'il ait un flair de chien. Qui a dit que l'argent n'avait pas d'odeur!

  • Pierre Robineault - Abonné 15 juillet 2016 10 h 45

    Où en sommes-nous?

    Nous en sommes rendus au point où notre pourtant Sénat ne sait vraiment pas comment se débarrasser d'une "persona non grata"! Au diable la sagesse!