Jason Kenney démissionnera… dans trois mois

Sommé de quitter son poste de député fédéral, puisqu’il se lance en politique provinciale, Jason Kenney a obtempéré jeudi… en partie. L’ex-ministre quittera la politique fédérale dans trois mois, ce qui est insuffisant, selon la Fédération canadienne des contribuables (FCC), que dirigeait lui-même Jason Kenney il y a 25 ans.

Aussitôt le député albertain avait-il annoncé qu’il briguerait la chefferie du Parti progressiste-conservateur (PPC) de l’Alberta, mercredi, que les partisans de la rigueur budgétaire enjoignaient à Jason Kenney de quitter son siège fédéral de Calgary Midnapore. Et immédiatement.

Le politicien le fera, le 1er octobre — date de lancement officiel de la campagne pour la chefferie du PPC albertain. « Je n’assure pas mes arrières. Je vais quitter mon siège au Parlement », a-t-il annoncé jeudi à Edmonton. Mais M. Kenney veut d’abord revenir à la Chambre des communes. « Je crois que c’est une bonne tribune pour parler au nom des Albertains sur des enjeux comme l’énergie et les oléoducs. »

Si vous êtes payé pour faire un boulot, vous devriez être en train de faire ce boulot

 

Or, de l’avis de la Fédération canadienne des contribuables, un député fédéral payé par les contribuables canadiens doit s’acquitter de ses fonctions à temps plein. « Si vous êtes payé pour faire un boulot, vous devriez être en train de faire ce boulot », a tranché le directeur fédéral de la FCC, Aaron Wudrick. Le salaire annuel d’un député fédéral se chiffre à 170 400 $. M. Kenney touchera donc le quart — 42 600 $ en trois mois — tout en faisant campagne au provincial. « Idéalement », selon M. Wudrick, Jason Kenney aurait dû démissionner « le jour où il a annoncé » sa candidature provinciale.

Il y a 25 ans, un dénommé Jason Kenney présidait cette même fédération, après en avoir dirigé la branche albertaine en 1989. « On ne fait pas de passe-droit, a rétorqué M. Wudrick. On ne va pas fermer les yeux juste parce que quelqu’un a travaillé pour la FCC. »

Le néodémocrate Alexandre Boulerice est d’ailleurs du même avis. « Si la chose acceptable à faire quand on se lance à la course au leadership d’un parti d’un autre ordre de gouvernement, c’est de démissionner comme député fédéral, pourquoi attendre le mois d’octobre ? »

Kenney n’est pas le premier

L’ex-ministre conservateur et proche de Stephen Harper a cependant rappelé que plusieurs avant lui avaient conservé leur siège fédéral tout en briguant un poste en politique provinciale. « La norme, c’est que, quand des gens briguent un poste de chefferie, ils conservent le poste pour lequel ils ont été élus. Mais je vais déroger à cette norme pour démontrer clairement à quel point je suis dévoué à ce projet d’unir les Albertains. Pour moi, pas question de faire marche arrière », a fait valoir Jason Kenney, qui briguera la chefferie du PPC en promettant d’unir le parti au Wildrose, plus à droite.

Aaron Wudrick en a cependant marre d’entendre des politiciens se justifier en citant leurs prédécesseurs. « Parfois, il faut faire ce qui est juste et non pas pointer les autres et dire qu’ils l’ont fait, donc on le fait aussi. »

L’an dernier, le collègue de Jason Kenney Patrick Brown a conservé son siège de Barrie, en Ontario, tout en sollicitant la chefferie du Parti progressiste-conservateur ontarien. Il a démissionné à la Chambre des communes le 14 mai 2015, après avoir gagné son pari le 9 mai.

L’ex-chef libéral Bob Rae a fait pareil en briguant la chefferie du NPD en 1982. Poste qu’il a remporté le 7 février 1982, avant de quitter son siège fédéral le 2 mars suivant.

D’autres ont carrément hérité d’un poste de premier ministre. Le libéral Brian Tobin a quitté les Communes le 25 janvier 1996, la veille de sa victoire le 26 janvier au leadership du Parti libéral au pouvoir à Terre-Neuve-et-Labrador. Catherine Callbeck a quant à elle quitté le Parlement fédéral le jour même de son élection à la tête du Parti libéral au pouvoir à l’Île-du-Prince-Édouard, le 25 janvier 1993.

Les règles parlementaires ne prévoient pas la possibilité qu’un député réclame un congé sans solde tout en conservant son siège.