Homme ou femme, pourquoi poser la question?

Déjà en 2012, Passeport Canada disait s’interroger sur la pertinence d’inscrire le sexe du détenteur sur son document de voyage.
Photo: Tom Hanson La Presse canadienne Déjà en 2012, Passeport Canada disait s’interroger sur la pertinence d’inscrire le sexe du détenteur sur son document de voyage.

Sexe ? Rien à déclarer. La présidente de la Commission canadienne des droits de la personne estime qu’il est grand temps que le gouvernement fédéral s’interroge sur la pertinence de demander encore aujourd’hui aux citoyens s’ils sont des hommes ou des femmes. Cette conception binaire de la société heurte les personnes transgenres et n’est peut-être pas utile.

« C’est fait par habitude alors que la question fondamentale que les autorités doivent se poser, c’est quel est le rationnel [la logique] derrière cette demande de s’identifier », dit en entrevue avec Le Devoir la présidente de la Commission, Marie-Claude Landry. « Il faut repenser quand on demande cette question quel en est le rationnel qui la sous-tend. S’il n’y a pas de rationnel — par exemple pour des questions de recherche, pour démontrer que certaines catégories de personnes ont moins accès à l’emploi que d’autres —, alors cette information ne devrait pas être demandée. Parce que quand on demande l’information, on met une étiquette sur quelqu’un. Et ce qu’on entend, c’est qu’il ne devrait pas y avoir d’étiquette sur les gens. […] Ce n’est pas parce qu’une pratique est là qu’elle est bonne et est en soi acceptable. »

Nous sommes en train d’effectuer une révision de l’ensemble des circonstances dans lesquelles le gouvernement exige ou produit des documents d’identité afin de ne pas exclure les gens dont l’identité de genre ne correspond pas à la norme binaire

 

La Commission a mené des tables rondes dans plusieurs villes du pays pour entendre les préoccupations de la communauté transgenre. (Celle de Montréal aura lieu d’iciquelques jours.) La préoccupation principale entendue ? L’omniprésence des « petites cases » précisant l’identité sexuelle sur les documents gouvernementaux d’identification. Certains s’en plaignent parce qu’étant en processus de transition, il est difficile de répondre à la question. D’autres déplorent que la présence de cette case impose aux personnes transgenres de faire modifier leurs documents lorsqu’ils changent de sexe. D’autres enfin n’aiment pas devoir choisir un sexe alors qu’ils ne s’identifient à ni un ni l’autre en totalité.

Réflexion générale

Le gouvernement de Justin Trudeau se dit disposé à entreprendre cette réflexion. « Nous sommes en train d’effectuer une révision de l’ensemble des circonstances dans lesquelles le gouvernement exige ou produit des documents d’identité afin de ne pas exclure les gens dont l’identité de genre ne correspond pas à la norme binaire. Ça pourrait inclure la neutralité dans plusieurs situations », indique l’attaché de presse du premier ministre, Cameron Ahmad.

Un des documents qui sera certes dans la ligne de mire du gouvernement est le passeport. Déjà en 2012, Passeport Canada disait s’interroger sur la pertinence d’inscrire le sexe du détenteur sur son document de voyage. Quel a été le résultat de cette réflexion ? Personne n’a répondu aux demandes du Devoir mardi.

Marcella Daye, qui est responsable de ce dossier à la Commission, estime que la question pourrait être réglée facilement. Elle rappelle que l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI), qui établit les normes internationales de conception des passeports, permet déjà que l’espace prévu pour spécifier le genre du détenteur soit rempli d’un « X ». « Cela peut indiquer que l’individu se déclare comme un X ou que l’État émetteur du passeport a décidé de ne pas préciser le genre des individus. »

« Le fait qu’on permet ce champ d’être rempli par un X nous donne peut-être une indication qu’on peut avoir des passeports qui procurent un bon niveau de sécurité et assurent une identification correcte sans que le genre de l’individu soit précisé, continue Mme Daye. Cela laisse entrevoir la possibilité d’instaurer des méthodes d’identification plus inclusives. »

Mme Daye sert cependant une mise en garde à ceux qui voudraient faire l’économie d’une réflexion en profondeur. « Certaines entités suggèrent d’offrir le X comme troisième choix, que ce serait une solution acceptable. Mais nous invitons les organisations à penser à cela attentivement. Les personnes transgenres nous ont dit que si elles sont obligées de cocher X, elles seront forcées dans les faits à se révéler. » Et cela aussi pourrait déranger.

18 commentaires
  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 6 juillet 2016 06 h 54

    … personne ?!?

    « La présidente de la Commission canadienne des droits de la personne estime (…) Cette conception binaire de la société heurte les personnes transgenres et n’est peut-être pas utile. » (Hélène Buzzetti, Le Devoir)

    Si, de cette conception binaire, homme-femme, il est préjudiciable et impertinent de poser la question sur ou concernant l’identité sexuelle des personnes, et ce, à des fins d’obtention de passeport ou de carte d’identification (permis de conduire, carte soleil … .), quel genre de question devrait-il être proposé ?

    Si la CCDP, dotée de son génie habituel, possède assez de lucidité-compétence pour y répondre, qu’elle s’y mette à l’œuvre ay plus vite, afin de ne pas faire tourner en rond ou brusquer pour rien la ou les communautés d’intérêts !

    Entre-temps, qui sommes-nous ?

    Des femmes, des hommes, des transgenres ou …

    … personne ?!? - 6 juillet 2016 -

    • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 6 juillet 2016 12 h 01

      "ay" : Lire, plutôt "au" (nos excuses !)

    • Robert Beauchamp - Abonné 6 juillet 2016 14 h 14

      Allons-y tant qu'à y être: la couleur des yeux, la langue parlée, la taille, moulons-nous dans le flou et le mou. Franchement,refuser de me définir pour ne pas déranger. Allons donc!

  • Chantale Desjardins - Abonnée 6 juillet 2016 07 h 35

    Il existe deux sexes Masculin ou féminin. Les transgenres idientifiés par la médecine et par l'état civil et qui remplit les conditions peut inscrire F ou M. On ne peut être que masculin ou féminin. On ne peut décider par soi-même de son sexe sans avoir obtenu une certificat officielle. On ne peut être mi-homme ou mi-femme. Il en est de même pour un homo ou une lesbienne et se déclarer un bon matin qu'on est un ou l'autre sans avoir obtenu une certificat officielle. Une société a ses normes qu'on doit respecter et non se lever un bon matin en se déclarant un ou l'autre. Sinon, c'est l'anarchie.

    CL

    • Lyne Jubinville - Abonnée 6 juillet 2016 08 h 40

      Madame Desjardins, votre raisonnement est juste et, qui plus est, la médecine ne définit aucument le genre.

    • Sylvie Forest - Abonnée 6 juillet 2016 11 h 16

      La question n'est pas là... Votre opinion ne répond pas à la question : à quoi sert d'inscrire masculin ou féminin sur un passeport ou sur un formulaire. Qu'est-ce que ça change réellement dans quelque situation que ce soit?

      Bonne journée

    • Lyne Jubinville - Abonnée 6 juillet 2016 14 h 36

      Madame Forest,

      Retenez que le genre n'est qu'un construit social qui a donné lieu à des stéréotypes de genre (rose et poupées pour les filles, bleu et camions pour les garçons) contre lesquels nous avons lutté et que nous avons tenté de toutes nos forces d’éliminer dans les années 80, principalement nous, les femmes.
      Le sexe est un fait biologique inscrit dans les gênes des gens. L'autodétermination ne changera jamais rien à ce fait. D’ailleurs, depuis que les prétentions transgenres sont à la une, les stéréotypes de genre les plus flagrants sont revenus en force : la photo de C. Jenner dans le Vanity Fair en est une des manifestations les plus désolantes.
      Et que dire de ce projet de loi 103 adopté en catastrophe à la fin de la dernière session parlementaire québécoise qui permet à des parents – sûrement bien intentionnés par ailleurs – de faire administrer des hormones et des bloqueurs de croissance à leurs enfants pré-pubères de qui ils auraient observé des comportements prétendument atypiques (comme un garçon qui aime le rose et les poupées) ? Et ce, avec l’approbation et l’assistance de professionnels de la santé.
      Pourquoi est-ce que porter les cheveux longs décorés de rubans, une robe, du rimmel, des talons hauts, des boucles d’oreille et un maillot moulant serait féminin seulement ? Comment se fait-il que personne, PERSONNE ne se pose cette question ? Comment se fait-il qu’au lieu d’y réfléchir, on change notre code civil pour permettre le changement de mention de sexe et ce, sans aucune expertise médicale et sans opération ?
      Je rêve du jour où un homme en robe et maquillé se présentera à une entrevue d’embauche et obtiendra le poste grâce à ses compétences. Ce jour-là, les hommes et les femmes auront avancé sur le chemin de la liberté.

  • Lyne Jubinville - Abonnée 6 juillet 2016 08 h 25

    Inclusion, quand tu nous tiens

    En ce qui me concerne, je ne veux pas qu'on mette ma date de naissance sur mon passeport parce que ça dévoile mon âge et que je ne m'identifie pas à ma tranche d'âge.

  • Richard Boudreau - Abonné 6 juillet 2016 09 h 08

    Macho?

    Je ne me considère pas très macho, mais j'aime bien affirmer mon appartenance à une certaine identité sexuelle, autant que pourrait vouloir le faire une personne qualifiée de transgenre. Ça me fait tout drôle de penser que sur mon passeport on ne retrouverait pas cette information en ce qui concerne un aspect important de mon identité.
    Existe-t-il une solution qui pourrait plaire à tous?

    • Sylvie Forest - Abonnée 6 juillet 2016 11 h 19

      Techniquement, si vous aimez qu'on sache à quel sexe vous appartenez, je suis persuadé que ça doit visiblement être facile à dire. La question est: avez-vous besoin d'écrire que vous êtes un homme sur les formulaires que vous remplissez en ligne pour... vous sentir « homme »?.. Je suis certain que non ;).

  • Diane Guilbault - Abonnée 6 juillet 2016 09 h 24

    Le sexe biologique n'est pas une étiquette

    Le sexe biologique n’est pas une étiquette, c’est un fait, comme l’âge et le nom de la personne. Ce sont des données d’identité. On laisse chaque fois entendre que les personnes intersexes pourraient éventuellement être intéressées par une 3e case, mais ce ne sont pas celles-ci qui revendiquent pas une telle case. On a plutôt affaire à un groupe de pression qui milite pour abolir la notion de sexe, sur une base idéologique. Des représentations ont déjà été faites pour abolir cette mention du sexe sur l’extrait de naissance, comme si l’information n’avait aucune importance. Certains de ces militants ont même plaidé pour éliminer les mots mère et père puisque la vie des personnes transgenres qui ont des enfants s’en trouverait compliquée. Jusqu’où la société doit-elle aller pour accommoder une chimère?

    • Diane Guilbault - Abonnée 6 juillet 2016 12 h 06

      Pour faire suite... La représentante de la CCDP, mélange allègrement «genre » et «sexe». Sur mon passeport, c’est mon sexe qui est indiqué, pas mon genre. Est-ce parce qu’elle ne connait pas la différence? C’est inquiétant. Par ailleurs, mon petit-fils de 10 mois a dû faire reprendre sa photo de passeport parce qu’il souriait… Si le Bureau des passeports est aussi exigeant pour un sourire de bébé, comment peut-il logiquement laisser passer une énormité comme d’enlever la mention du sexe?

    • Jean-Yves Arès - Abonné 6 juillet 2016 12 h 49

      Voilà, la description physiologique d'une personne n'est pas une étiquette. Et n'est pas un jugement de valeur quelquoncque, c'est simplement une information de base.

      Tout comme la taille et la couleur des yeux l'est sur un permis de conduire.